SCÈNE I
HAILLOT, assis près de la cheminée, JÉRÔME, puis JACQUELINE.
JÉRÔME
Voilà encore des soldais qui entrent dans le village, à ce qu'il paraît...
nAILLOT.
Oh ! il en viendra suffisamment...
JÉRÔME
Est-ce que vous croyez, M. Haillot, qu'on va se battre bientôt, de nouveau ?..
HAILLOT.
J'en ai quelque idée... Pourquoi?..
JÉRÔME
Parce que nous sommes une trentaine dans le village qui avons tiré quelques coups de fusil autour de Montmirail; et nous voudrions recommencer, tout paysans que nous sommes...
IIAILLOT.
Ce n'est pas de refus... Puisque les Russes, les Prussiens, les Autrichicnset autres Cosaques, se gobergent dans notre boutique, c'est naturel de taper dessus, dans tous les coins et recoins...
JÉRÔME
Savez-vous qu'ils se sont diablement avancés?..
IIAILI.OT.
Assez comme ça... Ils n'ont pas fait uneétape
de cette longueur, dans le temps, en 91?.. Mais, bah! on a voulu tout changer!..
JACQUELINE, entrant.
Ah! ah! M. Haillot, j'en apporte un peu de tabac, et du bon!..
n AILLOT.
Ça me va... je fumerai une pipe...
JACQUELINE
Tenez!., je suis allée tout exprès au fin fond du village pour vous apporter ça... Et je suis bien sûre que notre maîtresse, M°" Thibaut, ne grondera pas; elle aime que les militaires, qui sont logés ici s'y trouvent bien et contens....
HAILI.OT.
Il n'y a rien à contrôler relativement au bivouac...
JÉRÔME
Ah! voici la mère Thibaut...
MMWMMWNMMNMNMWatMMMtMMMMWNini»
Les Mêmes, EA MÈRE THIBAUT.
LA MÈRE THIBAUT
Bonjour, mes enfans, bonjour... Tu n'es donc pas aux champs, Jérôme?.,
JÉRÔME
Oh! ma foi, mère Thibaut, c'est le moment de laisser un peu l'ouvrage de côté... Tout le pays est plein de troupes; l'Empereur n'est pas loin, et on dit qu'il va y avoir encore des coups de canon... Tout ça fait qu'on n'a pas l'idée à soigner les choux et les carottes...
LA MÈRE THIBAUT
Il n'y avait pas de lettre, à la poste, Jacqueline?..
JACQUELINE
Non...
LA MÈRE THIBAUT
Allons, c'est bien cruel pour une mère, de ne plus savoir où est son fils... Mon pauvre Julien! dire qu'il vient tant de militaires par ici, et qu'il ne viendra pas, lui!..
JÉRÔME
Faudra voir, mère Thibaut, faudra voir!..
LA MÈRE EHIBAUT.
Ah ! mon Dieu, je n'ai pas cette espérance.... Personne ne m'en donne des nouvelles... Voilà M. Haillot qui ne sait même pas où est le régiment de Julien...
HAILLOT.
La cavalerie, voyez-vaus, je ne la fréquente pas, et votre petil-fils y est inclus en qualité de maréchal-Jes-logis, à ce que vous m'avez dit.... le jeune homme reviendra... Me voilà, moi, et je puis dire que j'en ait fait de ces étapes...
LA MÈRE TAIBAUT.
C'est que je suis trop vieille pour l'attendre encore loug-temps...
JACQUELINE
Laissez-donc, Mme Thibaut, vous êtes faite pour vivre jusqu'à cent ans... D'ailleurs, on dit que l'Empereur arrêtera la guerre un de ces jours, et même qu'il passera par ici...
LA MÈRE THIUAUT.
L'Empereur !.. je voudrais le voir !.. Vous l'avez vu, sans doute, M. Haillot?..
HAILLOT.
Comme je vous vois, et souvent, dans les temps surtout, avant qu'il ait autour de lui une troupe de particuliers tout cousus d'or et de diamans des pays étrangers... Enfin !..
JACQUELINE
Voilà un cavalier qui s'arrête à la porte de la ferme... Tiens! j'ai l'idée que c'est le même qui était un ami à vous, M. Haillot, et qui a resté deux jours ici...