RAYMOND, AZÉLIE
azélie. Venez, venez... fuyons de ce côté.
Raymond. Mais nous sommes seuls, et Régailb'tte et Canuche?
azélie. La fatigue aura triomphé de leur courage... il faut les arracher au sommeil.
Raymond. Rentrer dans ce château maudit, où l'esprit s'engourdit, où l'énergie, la force et la volonté vous trahissent sans cesse.
azélie. Nous ne pouvons cependant les abandonner.
Raymond. Soit donc, puisque vous le voulez!
la voix de canuche, dans la coulisse.
Au secours!... au secours!...
Régaillette, dans la coulisse. Au feu!... au feu !...
Raymond. Qu'entends-je ?
azélie. La voix de ma sœur et celle de Canuche.
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Les Mêmes, CANUCHE, RÉGAILLETTE.
CANUCHE, apercevant Azélie et Ray-
mond. Ah! c'est vous!... flambé-je... ou brûlé -je!...
régaillette. Et moi. . . brûlé -je?... ou flamber (je?
azélie. Que signifie ?
Raymond. Que veut dire ce langage ?
canuche. Répondez, d'abord... brûlé-je encore?
régaillette. Flamberge encore ?
Raymond. Mais, au nom du ciel, êtesvous fous?
canuche. Fous, je ne sais pas; mais grillés, j'en réponds.
azélie. Grillés!
canuche. Oui , grillés. .. on nous a mis sur le gril comme de simples harengs.
RÉGAILLETTE.
Air de Calpigi.
Grand Dieu, les drôles d'aventures !
CANCCDE.
Sur mon lit, dans mes couvertures, Je m'enveloppais comme il faut.
Car je voulais avoir bien chaud. . .
RÉGAILLETTE.
L'excès en tout est un défaut.
En uu gril notre lit se change, Et nous allions, c'est bien étrange !
Expirer, c'est désespérant !
Parle supplice du hareng, (bis).
canuche. Oh! là, là!... je dois être cuit à point... je ferai d'excellents biftecks...
LES SEPT CHATEAUX DU DIABLE
j'ai les pieds grillés, les entre-côtes rôties, et la cervelle frite.
azêlie. Pourquoi ne pas être plus raisonnables? pourquoi toujours vous séparer de nous? ,
canuche. Au fait, elle a raison, Régaillette; pourquoi ne pas être plus raisonnable; pourquoi toujours vous séparer de nous ?
régaillette. Ce n'est pas moi, c'est Canuche, qui est un curieux et un fainéant, et qui se laisse tenter par tout ce qu'il voir.
canuche. Ah! si l'on peut dire... Régaillette, vous me faites de la peine... vous m'en faites beaucoup, même... pour vous... Mais écoutez-moi, il me vient une idée.
EÉGAir.LETTE. Pas possible.
canuche. Vous allez voir... Nous sommes à peu près à moi ié chemin de l'ermitage?
Raymond. Sans doute; et si l'on ne s'était pas arrêté à chaque instant, iuus aurions déjà atteint le but de notre voyage.
canuche. Eh bien ! faisons comme si nous l'avions atteint, et retournons à Pornic. La moitié pour aller, la moitié pour revenir, nous aurons fait le voyage tout entier.
BÉGAILLETTE. Tl a raison , retournons à Pornic. .. nous avons assez pèlerine comme ça.
azélie. Y penses-tu, ma sœur? et notre promesse?
canuche. Puisque nous avons mis le temps nécessaire à la chose , nous dirons : c'est fait, et on nous croira.
azélie. Mentir aux hommes... mentir à Dieu.
Air:
Oubliez-vous, quand la foudre grondait, Quand les éclairs brillaient sur notre tête, Tout présageait une affreuse tempête, Lorsque du port mon père s'éloignait, Ma sœur et moi sur le rivage, Les mains vers Dieu, dans ce cruel moment,
D'accomplir un pèlerinage
Nous avons fait le serment!
Partons, partons, c'est le ciel qui l'ordonne ! Croyez-vous donc qu'au parjure il pardonne? Malheur, malheur à qui se fait un jeu Du serment solennel qu'il a fait à son Dieu !
canuche, après le couplet. Ah ! que c'est bien dit... que c'est bien dit... {Chantant. ) Malheur à celui qui veut retourner à Pornic !
régaillette. Plus souvent que je voudrais... c'est bien fini, je ne m'arrête plus nulle part.
canuche. Ni moi non plus ; que pour manger, boire, dormir, me reposer, etc.
azélie. Croyez-moi, ne tardons plus, remettons-nous en chemin.
Air : Profitons. ( De M. Béancourt. ) Profitons De cet instant, partons Avant peu nous aurons Terminé le voyage. ,
Maintenant Un père nous attend; Cela doit en partant Doubler notre courage.
REPRISE
Profitons, etc., etc.
Raymond et Azélie sortent.
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