‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 127 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LA MÈRE THIBAUT, JACQUELINE ; puis, NAPOLÉON ; puis, JÉRÔME,

JACQUELINE

Je suis bien aise que M. Krettly soit revenu, moi... C'est un bon enfant et gai comme un pinson...

LA MÈRE THIBAUT

Dis donc, Jacqueline, s'il veut, le général, on lui donnera la chambre de mon fils...

JACQUELINE

Par Dieu! et il n'y sera pas mal; cette chambre est gentille et soignée, comme si M. Julien était encore ici... Voilà des cavaliers qui arrivent au galop... Us s'arrêtent devant la ferme...

LA MÈRE THIBAUT

C'est sans doute ce général qni arrive... NAPOLÉON, entrant et se retournant sur la porte.

C'est bien; qu'on m'attende-là Bonjour,

Madame...

LA MÈRE THIBAUT

Votre servante, Monsieur...

NAPOLÉON

Ne vous dérangez pas restez... J'attends

quelqu'un, et, jusqu'à ce qu'il arrive, je n'ai pas besoin d'ètreseul... (A Jacqueline, qui lui donne une chaise.) Merci !.. (Il s'assied près de la cheminée. — A part.) Voyons ce que Caulaincourt me dira du congrès de ChCuillon... Je veux le voir, à

l'abri des curieux ; il faut que ces négociations restent secrètes, et que le premier vuuu ne se crois pas en droit de les raisonner...

Jérôme, entrant.

Eh! dites donc, il paraît que le père Pascal en récolte des camarades pour aller batire le gibier... En voilà un garde-champêtre qui est crânement patriote!.. (A Napoléon.) Excnsez-moi. Monsieur ; j'ai idée que j'ai laissé mes sabots dans un coin de la cheminée...

NAPOLÉON

Voyez, mon garçon, voyez... JéroME.

Non... Ils n'y sont pas... je les retrouverai plus tard... (Il "regarde Napoléon.) Ah ! Dieu de Dieu!.. (Bas.) M1" Thibaut, Jacqueline!..

LA MÈRE THIUAUT et JACQUELINE.

Eh bien ?

JÉRÔME

Vous ne savez donc pas qui est-ce qui est là, dans votre cheminée?.,

LA MÈRE THIBAUT

C'est un général...

JÉRÔME

Merci, un général !.. c'est l'Empereur!..

LA MÈRE THIBAUT

L'Empereur!..

JÉRÔME

Le véritable Empereur!.. Je l'ai vu d'assez près, à Montmirail pour le reconnaître à toujours...

JACQUELINE

Est-il bien possible!..

NAPOLÉON

Qu'y a-t-il ?..

LA MÈRE THIBAUT

Ah! pardon, Sire, bien des pardons! Nous ne savions pas... c'est Jérôme qui vient de nous dire...

NAPOLÉON

Eh bien ! oui, ma bonne femme ; je suis l'Empereur... Remettez-vous; asseyez-vous!.. Cette ferme vous appartient ?..

LA MÈRE THIBAUT

Oui, oui, Sire...

NAPOLÉON

Vous la faites valoir vous-même?..

LA MÈRE THIBAUT

Non pas, Sire, je suis trop vieille pour cela... mais, j'ai de braves garçons en qui j'ai confiance...

NAPOLÉON, à Jérôme.

Pourquoi n'ètes-vous pas à travailler, vous?..

JÉRÔME

Oh ! le travail pour le moment c'est de faire lâchasse aux Cosaques, et j'attends des camarades pour cela...

napoléon, à part.

Ah ! le peuple est toujours là quant il s'agit de se lever pour la patrie !.. Le peuple pauvre et dévoué !..

JACQUELINE, bas à Jérôme.

Je veudrais-t-y vous avoir mis là le beau fauteuil qui est dans la chambre à M. JrJien!..

JÉRÔME

Oh ! ça lui est bien égal, va !..

NAPOLÉON, à la mère Thibaut.

Avez-vous des enfans?..

LA MÈRE THIBAUT

Sire, j'ai un petit-fils qui est à l'armée...

NAPOLÉON

Ah!.. Comment l'appelez-vous ?..

LA MÈRE THIBAUT

Julien Thibaut... Il est maréchal-des-logis dans le 6e de chasseurs...

NAPOLÉON

Y a-t-il long-temps qu'il est au service?..

LA MÈRE THIBAUT

Il y a cinq ans qu'il est parti comme volontaire, et en voilà bien trois qu'il n'est venu par

NAPOLÉON

Vous voudriez bien le revoir, n'est-ce pas?..

LA MÈRE THIBAUT

Ah ! si le bon Dieu me faisait cette grâce ; quand je ne le verrais qu'une fois avant de mourir !.. (Elle laisse tomber sa quenouille qu'elle tenait dans ses mains : Napoléon la ramasse et la lui rend.) Ah ! pardon et excuse, Sire!., quand je parle de ce pauvre Julien, je suis si tremblante que je ne puis rien tenir dans les mains...

NAPOLÉON

Vous le reverrez, bonne mère, vous le reverrez...

LA MÈRE THIBAUT

Sans vous commander, est-ce que la guerre finira bientôt ?..

NAPOLÉON

Je l'espère... mais, cela ne dépend pas de moi seul...

LA MÈRE THIBAUT

Nous le pensons bien, Sire... vous faites toujours pour le mieux !..

napoléon, à part.

Résignée, malgré ses souffrances maternelles ; et ceux que j'ai comblés de biens et d'honneurs, m'accusent et songent peut-être à m'abandonner !..

PASCAL, au dehors.

Eh! Jérôme, Jérôme !..

(Jérôme ouvre la porte.)

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