SCÈNE XV
LES MÊMES, moins MARTIAL et CABOT, BARBILLON, Ouvriers, Einfants*.
Barbillon entre suivi par des ouvriers et des enfants. 11 tient sa blouse ft ••a cravate sous son bras, il remet ses bretelles; ses cheveux sont mouillés, on voit qu'il sor' de l'eau.
les enfants. Bravo , Barbillon! bravo, l' sauveur !
barbillon. Taisez-vous donc, tas de moucherons !
Guillaume. Qu'est-ce qu'il y a donc?
barbillon. Y a que j' suis comme un crin à cause que c'est une injustice qu'on m' fait.
GUILLAUME. Qui?
barbillon. L'inspecteur du canal.. . une vieille cassure !.. . En v'Ià un qui peut tomber à l'eau, c'est p*s moi qui s' mouillera la cheville pour le repêcher!... Va donc, vieille pomme ridée.. . Tiens, v'Ià pour toi !
Clarisse. Il est donc arrivé un malheur?
barbillon. Voilà la chose... Je tlànochais le long du canal, les mains dans mon paletot [il montre sa blouse) comme un argent de change qui se promène à la bourse en attendant les pigeons. V'Ià qu'au dé our du faubourg du Temple , j' guigne un caporal qui sortait de chez le manezingue. .. un joli caporal qui a\ait son nez... oh 1 mais un nez... quéqu' chose de bien. Il faisait des festons , des zigzags... Jine dis : Toi, si lu longes le canal, tu prendras un bain de santé... et ça fera vingt-cinq francs pour son sauveur.
Guillaume. Apièsdonc?
barbillon. J'emboîte le pas du troupier. Il enfile le quai Valmy... Bon ! que je m dis: lâchons nos bretelles!... il marche... il marche... la grande air lui tape sur la coloquinte... ça l'émeut de plus en plus ; je retire ma pelure ! Le héros s'approche du bord ; il éprouve le désir de se mirer dans l'eau douce à l'instar du beau Narcisque. .. c'est là que je guettais mon fantassin ! Au premier mouvement de tète il en pique une d'autor. .. et il disparaît sous les flots...
Clarisse. Ah ! mon Dieu !
barbillon. Plus de caporal; plus rien qu'un grand rond sur le canal avec un petit glouglou dans l'milieu en signe que la cruche g'emplisait.
CLARISSE. Le malheureux s'est noyé!
barbillon. Minute... j'étais là, moi Barbillon, dit le Sauveur... En deux temps je suis à l'eau, je plonge , j'empoigne le pantalon garance par le bas des reins... et j* le
* Mathieu, Galou, Barbillon, Guillaume, Clarisse, Armand, M"1' Gervais.
ramène triomphant à la surface des ondes!
Clarisse. Il était sauvé!...
barbillon Fallait encore atteindrel' bord, et je travaillais ferme des pieds et des mains, quand un chien... ô polissonne de chance !... un intrigant de chien vient saisir mon pioupiou par une jambe, se met à tirer avec moi de toutes ses forces , et nous abordons ensemb'e sur la terre ferme. C'était le chien de mon pochard !
Clarisse. Oh ! la pauvre bête !. ..
barbillon. Lue alTreuse bétel... un quadrupède sans principes... un filou qui faitde la concurrence et qui tue le commerce...
Guillaume Que mal qu'il t'a fait?
barbillon. Oh ! que mal !.. j'aime assez vot' mot!... que mal!... il est cause que quand j'ai réclamé à I inspecteur mon certificat de vingt-cinq francs, il n'a voulu m'en reconnaître que douze francs cinquante, sous prélesse que le terre-neuve avait partagé ma gloire ! C'est une injustice... j'en rappelle !
Mathieu. Tu regagneras ça sur les promeneurs.
Clarisse. Comment, les promeneurs ?
BARBILLON. Via ce que c'est : quand il se trouve des amateurs qui ont de la monnaie de trop, je les invite à la jeter dans le canal, et je plonge pour la ravoir.
Guillaume. Vià-t-il un métier de paresseux !...
barbillon. Ah ! vous croyez que c'est pas fatigant!... l'été ça rafraîchit... mais quand il gèle comme c' l'hiver. .. ça n'réchauffe pas.
Guillaume. Tu ferais ben mieux d' travailler, gamin.
Clarisse. On vous occuperait dans le chantier.
barbillon. C'est que j'ai pas d' vocation pour la bût lie... et puis 1' père Laroche, sans vous ollenser, n'est pas commode... Tiens, à propos de monsieur Laroche, bonne nouvelle que je vous apporte ! C'est fini tle rire, je Viens de le voir...
Clarisse. Mon père?
Guillaume el les ouvriers. Le bourgeois!
Ils entrent dans le chantier
Armand. Il arrive !... [À part.) Ah ! quel bonheur !
barbillon. Oui, mes enfants... j'ai poussé tantôt jusqu'à la gare... et j'ai vu vot' patron sur son bateau le Saint-Nicolas. Que crâne bateau !
Clarisse. Lui avez-vous parlé?
barbillon. Au bateau ?
Guillaume. Non, bêiâ... à M. Laroche.
BABIULLON. Ah! voui !... même qu'il m'a donné une calotte en me disant : Tu diras à Cuillaume que je serai demain à midi devant le chantier, et que, si tout le monde n'est pas à son poste, on aura affaire à moi !
g.iLou. As-tu vu monsieur pas commode?. . adieu l'plaisirl... c'est le lendemain de la
noce
Clarisse, à part, avec tristesse. Jamais rien pour moi... jamais un souvenir d'amitié !...
Les ouvriers remontint.
GUILLAUME. Allez vous reposer, enfants; demain il y aura de la besogne sur le port.
MATHIEU. Et le bourgeois n' rit pas 1
barbillon. Moi , je vas faire ma promenade nocturne sur le canal , et si je rattrape mes douze francs cinquante , je paye le blanc.
GALOU. Petit, t'as mon estime.
BARRIi.lon et les OUVRIERS. Salut, mamselle; adieu, Guillaume.
Les ouvriers sortent, ainsi que Barbillon. Armand entre dans la maison parle p<-tit escalier. Guillaume allume son falot et souflle la lanterne.
Clarisse. Il est tard... rentrons, madame Gervais... Tiens, monsieur Armand est déjà ■ monté dans sa chambre !
MD,e gervais. Il est si dormeur!
Guillaume. Dites donc qu'il est éreinlé , ce garçon.
Clarisse. Bonsoir, Guillaume!
Guillaume. Bonsoir , mamsellel bonne nuit!
Clarisse rentre, M™e Gervais la suit; on l'entend fermer la porte en dedans. Un moment après on voit de la lumière dans une chambre du premier étage.
ttWHWWW VVI. WVWVW VWW WXWWWV/WWVWWM <VWV\Vl w»