SCÈNE II
BAABTLLON, CLARISSE.
BARBILLON, tntr' ouvrant la porte et passant su tête. Peut-on entier, niamselle Clarisse ! t. .
< i kRlSSE, vivement. C est lui !
BABBILLON. Soi-mêine, en personne.
< i PRISSE. Je ne vous attendais plus 1 BARRILLON. U est Mai que j'ai un peu
tardé a venir, mais je vas me justicier.
CLARISSE. In mot, uu seul... A\ez-vous vu Gui laumeî .t .
barbillon. Oui, mamselle... Comme j ai j'ai une protection dans l'établissement, on m'a honoré d'une permission , et j'ai vu le vi« il ami, je l'ai pressé dans mes bras, le vieil
ami- • • • ^a-m
Clarisse. Et moi qui vous accusais déjà !
barbillon. Quand je lui ai dit que je venais de voire part, il m'a sauté au col, et il m'a embrassé à m'étouffer !.. {Avec émotion.) Ça m'a fait un plaisir...
Clarisse. El que pense-t-on de son pro- .. car on ne me dit rien... je ne sais rien, moi !
rarrillon. Ah! dam... je mettrais ma main au feu qu'il est innocent; mais je ne suis pis son juge, moi !
i LARiSSE. Quoi! vous pensez qu'on pourrait le condamner 2... mais ce serait affreux!
rarrillon. Aussi il faut épargner ce malheur au\ braves gens qui rendent la justice... il ne faut pas que Guillaume soit jugé, et pour ça fai-e, j'ai monté un coup.
Clarisse. Vous!
barbillon. Moi! Barbillon!... (Bas et avec mystère.) Il y a , dans la prison, une connaissance à moi... pas un voleur, au moins... c'est uu garçon qui était comme m«'i sur le canal... -Il avait imaginé une industrie... ce loustic-là, c'était d'avoir des amis qu'il sauvait censément de la plaine liquide, et ils partageaient ensuite la récompense... Des inspecteurs l'ont pincé, et on lui a offert un appartement gratis.
Clarisse. Mais je ne vois pas quel rapport. . .
rarrillon. Attendez, attendez... Ce gnrçon-là, c'est un vrai rat, un pur mulot qui creuserait un puits artésien avec ses griffes...
de sorte que , pas plus tard que ce soir, il a trouvé un procédé souterrain pour s'évader de la prison I
Clarisse. Ah ! je commence à comprendre.
rarbillon. Petit, que je lui ai dit, je connais ton plan ; eh bien ! il y a pas mal de sonnettes pour toi, si tu veux emmener Guillaume et lui faire respirer la grande air.
Clarisse. Et cet homme a consenti?
barbillon. Sans se faire prier.
CLARISSE. Quel bonheur!
B a r bi llon. Oui , mais c'est G uillaume qu'il fallait décider, et c'était pas facile !
CLARISSE. Pourquoi ?
barbillon. Voilà pourquoi : Des 'autres, qu'd me disat, ça m'est égal, qu'ils m'accusent, qu'ils me condamnent , j'ai ma conscience pour moi... .Mais si je me sauve, mamselle Claiisse me croira coupable, et je reste !
Clarisse. .Mais il fallait lui répéter ce que je vous ai dit, que ce crime, je suis sûre, n'est pas le sien, que j'en ferais serment devant Dieu!
barbillon. C'est ce que j'ai fait, moi pas bête !
Clarisse. Ah ! c'est bien! c'est bien!...
rarrillon. Pour lors , si vous l'aviez vu ce pauvre brave homme , il pleurait , il sanglotait, il sautait de joie. .. tout ça en même temps.... Iinfin, bref, il consent, et ce soir, sur le coup de neuf heures , je les attends pour les conduire dans un endroit où l'on sera bien malin si on les retrouve.
Clarisse. Ne perdez pas un instant, courez, courez vite tout préparer...
barbillon. Je prends mes jambes à mon cou/ [S'arrêlant et revenant. ) JMais j'y pense.. . j'oublie le principal , moi... et l'argent?
Clarisse. L'argent !
barbillon. Dam ! des services pareils, ça ne se paye pas avec des noyaux de cerises... et... dam !
Clarisse. Ce soir... je m'y engage... je donnerai tout ce qu'il faudra.
barbillon. Alors , maintenant à la garde de Dieu! Quand neuf heures sonneront à Saint-Ambroise, si vous entendez sous vos fenêtres ma voix, mon refrain... c'est qu'il sera sauvé !... Si , au contraire , vous n'entendez rien...
Clarisse. Eh bien?
rarbillon. C'est qu'alors le coup aura manqué.
Clarisse. Vous me faites frémir!
barbillon. Rassurez-vous , mamselle; le bon Dieu est juste... D'ailleurs, j'ai fait un vœu... Si ça réussit, je vous promets de ne
* Clarisse, Barbillon.
LE CANAL SAINT-MARTIN
plus être un flâneur, un feignant... je travaillerai, je gagnerai honnêtement ma vie... car, v<>yez -vous, dès ce moment-là, il me semble que je serai devenu un homme...
Adieu, mamselle Clarisse, adieu.
11 sort en courant.
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