‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1344 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CLARISSE, puis LAROCHE.

Clarisse. Bravegarçon! ah'.son dévouement esi bien au dessus du mien , car il ne doit rien à Guillaume, lui!... Mais il faut que je voie mon père à l'instant môme... dût-il me repousser, j'attendrai à celle porte, jusqu'à ce qu'il consente à m'écouler*... [Elle se dirige vers le cabinet de Laroche. En ce moment celui ci entre silencieux et pensif. ) Le voilà ! Comme il est pâle! comme il paraît inquiet ! Mon Dieu ! la nouvelle que je vais lui annoncer le rendra peut-être plus calme 1

Laroche , l'apercevant. Ah ! c'est vous , Clarisse.

Clarisse. Oui, mon père... et j'ai besoin que vous m'entendiez un moment.

laroche. Cette entrevue, je la désirais

aussi , car j'ai à \ous dire des choses les plus

graves. Mais parlez, d'abord... je vous

écoute.

Clarisse. Mon père... il s'agit de Guillaume.

Laroche. Guillaume ! j'allais aussi prononcer son nom.

clari.-se. Ah! je crois vous deviner!

Cette accusation portée contre lui, il n'était pas en \otre pouvoir de la démentir... mais vous seriez heureux, n'est-ce pas, s'il pouvait fuir. .. loin de la France ?

Laroche. Expliquez-vous.

Clarisse. Dans son malheur, Guillaume a trouvé des amis, le ciel a béni leurs efforts, et aujourd'hui, moyennant une somme d'argent que j'ai promise en votre nom , Guillaume pourra s'évader **

La roche, allant s'asseoir. C'est une bonne pensée que vous avez eue la , Clarisse, et aucun sacrifice ne m'eût coûté pour vous seconder... Mais ce sacrifice de ma part, ce dévouement de la vôtre sont maintenant inutiles!

Clarisse. Je ne vous comprends pas.

Laroche. Demain... aujourd'hui peutêtre , l'innocence de Guillaume sera reconnue.

Clarisse, avec joie. O mon Dicn! je vous reoiercie.

Laroche, avec un sourire forcé. Oui, remerciez le ciel : demain Guillaume sera

* Clarisse, Laroche.

'"Laroche, Clarisse.

libre ; mais moi, votre père, j'aurai pris sa place !

Clarisse. Mais c'est impossible... Qui donc pourrait vous trahir ?

Laroche. Martial !

Clarisse. Lui !. .. lui qui pour ne pas vous perdre a nommé Guilaume !

Laroche. Vous connaissez le faux témoignage, mais vous ignorez les conditions qu'il y met.

Clarisse. Il vous demande de l'or? Eh bien , il faut lui en donner!

Laroche. Ce n'est pas de l'or seulement qu'il demande?

Clarisse. Qu'est-ce donc, grand Dieu?

Laroche. Il veut que vous lui donniez votre m;iin.

Clarisse. Moi, la femme de cet homme!

oh!

Laroche. Son silence est à ce prix !

Clarisse. Mais il a outragé ma mère. .. il a voulu attenter à vos jours... il a perdu Guillaume?... Mais enfin, monsieur, ma main est promi-e et mon cœur est donné !

LAROCHE , fro dément. Je sais tout cela... Aussi je ne vous demande rien , je suis résigné ; et nous nous voyons aujourd'hui pour la dernière fois.

Clarisse. Mais n'est-il donc aucun moyen de le forcer au silence ?

laroche. Ce qu'il a dit, il le fera... Ce qu'il veut, il faut que je le veuille... Et comme vous ne pouvez pas être sa femme , il me conduira à l'échafaud!

Clarisse. Oh ! ne me parlez pos ainsi, je vous eu supplie... donnez-moi quelques jours pour prier, pour me préparer à celte idée affreuse...

laroche. Ce qu'il exige... il l'exige aujourd'hui même.

CLAhisse. Aujourd'hui! (A elle-même.) O mon Dieu! je vous implore., insj irez-moi.

laroche. Il veut que le contrat soit signé à neuf heures!

Clarisse, à elle-même. Neuf heures I l'heure à laquelle Guillaume peut être libre!

laroche, à part. Elle hésite... tout n'est pas désespéré !

Clarisse, d'part. Oh! vous m'avez entendue, mon Dieu ! vous m'avez dicté ma conduite, et je vous obéirai !... A l'un je dois la vie, à l'autre toute ma tendresse... Eh bien! ils vivront... car, pour prix de mon dévouement, vous aurez pitié de la pauvre ClarisM' !

laroche, qui s'est levé. Ma fille, je n'ai plus rien à vous dire : vous allez quitter cette maison, car l'heure fatale approche, et il ne faut pas que vous sojez témoin de mon arr caution...

11 se dispose à sortir.

Clarisse, avec fermeté. Je resie , mon

larochb, ^arrêtant. Qu'enlends-je ?

CLABISSE. Ecoutez-moi... Guillaume a élevé mon enfance, je lui dois les jours les

litun n\ de ma vie : je ne sais quel sentiment inconnu m'attache a lui et me dit qu'il espère en moi. ..

LAROCHB. Eli bien?

CLARISSE Eh bien ! ce soir, avant la signature du contrai , je saurai s'il est sauvé ou perdu à jamais... S'il est perdu, ne me demandez rien, n'exigez rien de moi... ce serait au-dessus «le uns forces... je ne pourrais donner ma main à celui qui aurait livré l'innocent au supplice... une voix secrète me dit ipie ce serait un affreux sacrilège !

laroche. Mais s'il est sauvé?

CLARISSE. S'il est sauvé... 'avec effort) tout ce (pie vous voulez, tout ce que cet homme exige. .. je m'y soumettrai !...

LAROCHE. Quoi! vous consentiriez?...

CLARISSE. Oui.

i kROCHE. Aujourd'hui 1

CLARISSE. Aujourd'hui.

MARTIAL, en dehors, .le vous dis que monsieur Laroche m'attend.

CLARISSE, troublée. C'est sa voix î

LAROCHE. Du calme... en sa présence.

Clarisse. Le voir... maintenant !... oh ! non! non ! pas avant neuf heures!... D'ici là je désire... je veux être seule !... [A part, en rentrant chez elle.) O mon Dieu! mon Dieu! ne m'abandonnez pas!...

LAROCHE, à lui-même. Allons, mon salut dépend de celui de Guillaume !

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