SCÈNE XI
ERNEST, LE ROI, assis, tous les O/ficiers et les Pages au fond, les Gardes à l'extérieur.
ernest. Sire ! appelé à Berlin par votre majesté, j'attendais la faveur d'être admis devant elle... quand, tout à l'heure, un ami m'est venu dire : On te soupçonne... on t'accuse.,, mais il n'a pu m'apprendre de quelle forfaiture on me supposait coupable.
le roi. Je vous l'apprendrai, moi... Connaissez-vous cette 1 ettre ?
Il la lui présente.
ERNEST. Je la reconnais, sire ; c'est une lettre écrite de Saint-Pétersbourg à monsieur le grand chancelier par l'ambassadeur de votre majesté près la cour de Russie.
LE roi. Vous l'avez lue ?
ernest. Monsieur le grand chancelier étant malade, le premier j'ai dû ouvrir cette lettre et en prendre connaissance.
le roi. Lisez-la de nouveau, à haute voix.
ernest, lisant. « Monsieur le grand chan- » celier, une conspiration a été ourdie dans » l'ombre contre le czar Pierre III. Ellcn'é- » date que dans huit jours, mais je ne pour-
' Ernest, Gustave, le Roi, Guillaume, Marie, Gerlrnd*.
» rai rien pour la prévenir. Je vous donne » avis que le premier acte d'autorité de l'im- ,, pératrice Catherine il sera de rappeler le i corps auxiliaire russe <|iii, sous les ordres » du général Czernicheff, seconde notre ar- » inre devant NÏiucidnitz. Prévenez le roi, „ pour que la place soit poussée et prise » avant la défection des Russes. Si l'Autriche » était seulement avertie du secours inespéré » qui va lui arriver, le maréchal Daiinn réus- » sirait certainement à faire lever le siège, et » la prise de Schweidnilz c'est le succès de » la campagne. »
LE ROI. Vous aviez compris, monsieur, l'importance de cette lettre?
i;iïm:st. Kl j'en ai fait immédiatement adresser copie à votre majesté.
LE ROI. Et l'original, que vous tenez en vos mains, qu'en aviez-vous fait?
ERNEST. Il a été déposé par moi-même dans les archives du royaume confiées à ma garde... et je ne puis comprendre encore...
LE ROI. Vous mentez!...
ernest. Sire...
le ROI, se levant vivement. Vous mentez, monsieur. Vous connaissez le lieutenant Mulgrave ?
ernest. C'est mon ami, mon camarade d'enfance.
LE roi. Et votre complice.
ernest. Mon complice !
le ROI. C'est à lui que vous avez remis cette dépèche, que l'impératrice Marie-Thérèse devait sans doute vous payer bien cher.
ernest. Oh! sire!
le ROI. On a saisi cette "lettre sur le soldat qui avait été chargé de cette abominable mission... Oserez-vous nier encore?
ernest. Sire 1 je suis le jouet d'une infâme machination... mais par la mémoire de mon père mort à votre service... par tout ce que j'ai de plus cher au monde.... je vous jure que je suis innocent.
le roi. C'est à présent devant vos juges que vous aurez à vous disculper... Les clefs de votre bureau, monsieur, vous les avez sur vous?
ernest. Les voici.
LE ROI, appelant. Monsieur de Mittau, [monsieur de Mittau approche) prenez ces clefs, et en présence de monsieur de Fridberg , examinez tous les papiers que vous trouverez chez lui, emparez-vous de toute correspondance particulière, quelque étrangère qu'elle vous semble devoir être au procès; vous remettrez ces papiers à monsieur le général d'Osborn, que j'ai chargé de l'instruction de cette allai. 8.
Il traverse la scène nvec agitation*.
epnest\ Sire! sur mon âme et sur Dieu,
* ve Roi, Ernest.
je n'ai pas désnonoré le nom que je porte ; sur mon âme et sur Dieu, je n'ai démérité ni de mon roi ni de mon pays. Je disputerai à mes juges non pas ma vie, mais mon honneur, noble héritage que m'avait transmis mon père, proclamé par vous le plus honnête homme de votre royaume; le coup terrible qui me frappe à présent n'est pas le seul qui m'ait été porté ; il en est un autre que votre majesté détournera de mon cœur... sire...
M. de Mittau a détaché quatre Gardes de la baie formée extérieurement. Ils sont près à marcher.
LE roi. Monsieur de Mittau vous attend, monsieur, et nous n'avons plus rien à nous dire.
ernest. Vous ne refuserez pas de m'enm'en tendre.
le roi. A votre retour peut-être. (A M. de Mittau.) Allez, monsieur.
■ ernest. Oh! Marie! Marie!
Il sort entre les quatre Gardes et avec M. de Mittau, par le fond, à gauche. M. d'Osborn entre quelque seconde; après, par la droite.