‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1371 sur 1577 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LE ROI, puis D'OSBORN, Officiers.

le roi. Le fds de mon vieux Fridberg... déloyal et traître... cette preuve est sans réplique.... il n'a su que répondre. [A d'Osborn.) Eh bien, ce soldat...

d'osborn, des papiers à la main. Va nfêtre amené, sire.

LE roi. J'ai ordonné qu'on vous apporte tous les papiers qui seronttrouvés chez monsieur de Fridberg J'attendrai votre rapport pour agir contre ce jeune homme, que j'aimais et que je voudrais pouvoir estimer encore. Vous examinerez toute cette affaire avant l'heure fixée pour la célébration de votre mariage.

Il rentre dans les appartements à gauche, suivi de ses Officiers et précédé de ses Pages.

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D'OSBORN, pais ULRICH.

d'osborn. Mon mariage! dernière ancre de salut! port inespéré qui s'offre à moi quand l'orage grondait menaçant et terrible... encore une heure d'attente. Ah ! que cette aiguille marche avec lenteur !

Quatre Soldats amènent Ulrich, de la droite.

DEUXIÈME OFFICIER, qui commande le détachement. Général, voici le déserteur Ulrich Ilttrl.

nr.if'H. au milieu des soldats. Qui dit

STELLA

déserteur dit fusillé ! Eli bien, j'aime mieux qu'on dise de moi le fusillé Burl que Burl le soldat.... ça vous étonne, vous autres — mais je m'ennuyais infiniment dans votre compagnie.

Sur un signe d'Osborn, l'Officier et les Soldats se retirent au fond.

D'OSBORN. Ulrich Burl.

ULRICH, saluant. Présent, mon général.

d'osborn. Approche et réponds.

Il s'assied sur le canapé.

Ulrich, avançant. Me voilà et j'attends, mon général.

d'osborn. Tu as déserté. I

Ulrich. Oui, mon général.

d'osborn. Pourquoi?

Ulrich. Par goût, mon général.

d'osborn. Tu voudrais en vain me tromper. Tu étais le complice du lieutenant Mulgrave et du baron de Fridberg. C'est à l'instigation de l'un ou de l'autre que tu as

quitté ton drapeau peut-être de tous

deux.

ULRICH. Faites excuse, mon général, celui qui est cause de tout, ça n'est ni mon lieutenant , que je respecte , ni monsieur de Fridberg, que je n'ai jamais connu; c'est un grand escogriffe nommé Glakmann, c'est celui-là qui m'a instigué.

d'osborn. Ce Clakmann serait-il aussi du complot?

ULRICH. C'est lui qui a tout fait à lui tout seul.

D'OSBORN , feuilletant les papiers qu'il tient. Ce nom ne figure pourtant sur aucun de ces procès-verbaux. Où et comment as-tu connu cet homme?

llrich. Où? au cabaret. Comment? en buvant du vin du Rhin. Ohl le gueux de vin! imaginez-vous, mon général, de la pure eau-de-vie, c'était comme qui dirait une

flamme qui vous grillait le gosier et qui

vous retournait la cervelle aussi. A la deuxième bouteille je n'y voyais plus qu'un peu, j'entendais encore moins et je ne comprenais plus du tout; alors mon escogriffe fait apporter du papier, je crois que c'est pour faire le menu, car il ne m'avait encore rien donné à manger, le Judas! il griffonne quatre mots et me dit de signer, je fais une croix, qui est tout ce que je sais de l'écriture, et puis je tombe le nez dessus la table. Quand je m'éveillai , j'étais dessous.

d'osborn. Cet homme était donc?...

Ulrich. Un raccoleur, mon général. Il m'annonce, en riant, que j'étais soldat du roi; je ne voulais pas le croire; pour me faire entrer la chose dans la tète on me donne

la shlague tout de suite il n'y avait plus

à en douter, j'étais soldat. De désespoir, j'en devins comme enragé, je sautai sur mon

raccoleur.... je l'étranglais, mon général.... malheureusementonme dérangea. Je n'étais que depuis un mois au régiment, que je n'avais plus que deux idées fixes, déserter d'abord, puis finir d'étrangler Clakmann. Par un temps de brouillard je sors du cantonnement; je n'étais pas à dix portées de fusil des lignes, qu'un gendarme m'arrête. Pour courir plus vite j'avais jeté mes armes, pas moyen de résister. Arrivé au corps, je regarde celui qui m'avait remis clans la nasse, c'était mon Clakmann, de raccoleur il s'était fait gendarme. Cette fois-là, comme j'avais les mains liées, je ne pus que le mordre ; mais je l'aurais dévoré, si on ne m'avait encore dérangé. Vous voyez, mon général, que ce Clakmann était ma perdition en culotte de peau.

d'osborn. Abrège!

ulrich. Il y a trois jours, le lieutenant Mulgrave, qui connaissait mon opinion sur l'état militaire, car je ne la cachais pas, me fit venir et me dit : Je puis te donner un congé pour aller à Lubben, ville frontière; arrivé là, tu n'auras plus que quelques pas à faire pour sortir de Prusse; je ne ferai tort au roi que d'un mauvais soldat, et en reconnaissance de la liberté que je te donnerai, tu n'hésiteras pas, toi, à me rendre un service. Il n'y avait pas "moyen de refuser ; j'allais enfin avoir le bonheur de déserter tranquillement, les mains dans les poches.

d'osborn. Et quel service te demanda le lieutenant?

Ulrich. Il me remit un papier cacheté.

Arrivé à Lubben, il fallait le soir même aller de l'autre côté de la frontière, et à un endroit qui m'avait été désigné, je devais trouver un homme qui m'aurait dit : « Marie- Thérèse et Mulgrave. > A cet homme j'aurais donné le papier cacheté, et là-dessus j'avais cinquante florins pour le port et toute l'Autriche pour me promener.

d'osborn. Nous y voilà.

ulrich. Je n'étais pas au rendez-vous depuis cinq minutes, qu'un poignet que je crois reconnaître me saisit et m'enlève — Je regarde... et je reconnais mon Clakmann qui de gendarme s'était fait douanier. Cette fois je résolus d'en finir avec lui. Une petite rivière était à deux pas, j'y roule avec mon Clakmann ; je le tenais la tête dans l'eau, il buvait comme une éponge, lorsque ses camarades arrivèrent. Je fus arrêté, fouillé, garroté et ramené, toujours par mon Clakmann. Si je dois être pendu, je suis sûr que c'est lui qui tiendra la corde.

d'osborn. Quand monsieur Mulgrave te remit ce papier, savais-tu ce qu'il contenait?

ulrich. Non, mon général.

Tùisr.orw. IN'as-tu pns cherché à le savoir ?

ULRICH. Tout ce qui est écrit est sacré pour moi... je ne sais pas lire.

n'osnoRN. Avec Mulgrave n'as-tu jamais vu monsieur de Fridberg?

ULRICH. Je ne connais pas monsieur de Fridberg !

d'osborn. Monsieur Mulgrave n'a-t-il jamais prononcé ce nom devant toi.

Ulrich. Jamais. Mon lieutenant ne m'a parlé que d'une personne, d'un ami qu'il ne m'a pas nommé, mais dans l'intérêt duquel il m'a chargé d'une dernière commission. Voilà la chose : quand on nous eut confrontés et enfermés ensemble, il me dit : « Mon pauvre Ulrich, dans ma déposition j'ai fait de mon mieux pour toi; quant à moi, je sais un moyen d'éviter le sort qui m'attend; mais avant tout je dois, je veux justifier un ancien camarade dont j'ai indignement trahi la confiance, et dont la tête innocente pourrait bien payer ma faute. Je vais te donner une lettre qui contiendra le récit exact des faits, et qui mettra mon ami à l'abri de tout danger; tu seras interrogé ce matin sans doute, et tu remettras ma lettre à l'officier devant lequel tu seras amené. » Là-dessus il se mit à écrire ; comme la lettre était longue, je m'endormis. Je rêvais que je brûlais Clakmann à petit feu dans un four , quand un grand bruit m'éveilla : le lieutenant avait fini sa lettre et venai ide se faire sauter la cervelle.

d'osborn. Cette lettre ?

ulrich. ' La voilà, mon général.

d'osborn. Tu n'as pas autre chose à dire?

ulrich. Rien autre, mon général, sinon que si la fusillade doit s'ensuivre, j'attendrai là-haut mon Clakmann pour lui faire rendre la pareille, si toutefois dans l'autre monde on connaît la charge en douze temps.

Sur un signe de d'Osborn , le deuxième Officier et les quatre Gardes emmènent Burl.

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