SCÈNE XVII
D'OSBORN écrivant, MARIE et GER- TRUDE.
gertrude, bas. Voilà monsieur d'Osborn... il est officier , il doit être homme d'honneur...
marie. O mon Dieu! aurai-je assez de force?
gertrude. Dieu vous en donnera , mon enfant!... Je suis là!... songez qu'il ne vous reste que quelques minutes.
Elle rentre.
marie. Allons, je n'ai plus d'espoir qu'en la loyauté de cet homme.
d'osrorn, apercevant Marie. Mademoiselle de Rittersdorf !
marie, se soutenant à peine. Oui, monsieur... je venais... je voulais...
Elle chancelle.
d'osborn , allant à elle. Vous pâlissez , mademoiselle !...
marie. Je me sens mourir!.
Elle tombe dans un fauteuil.
D'OSBORN, courant aune sonnette. Je vais appeler du secours !
marie, se levant avec effort. Par pitié, monsieur, n'appelez pas... il faut que je vous parle... à vous... seul.
D'osborn. Je suis prêt à vous entendre.-, mais remettez-vous d'abord.
Il veut la ramener au fauteuil, mais Marie se laisse glisser à genoux.
Marie. Non.. . c'est à genoux que je vous parlerai.
d'osborn. A genoux! devant l'homme qui dans quelques minutes scia voire époux!
marie. Mon époux!!... oh! vous n'avez donc pas vu la rougeur qui couvre mon front? voub n'avez donc pas compris tru'entre ^yus
et moi , monsieur, il y a une barrière insurmon table... il y a une faute?
d'osborn. Que dites-vous?
marie. Cet aveu... je l'aurais dû faire au roi ; mais ce matin, et devant tout ce inonde, le courage m'a manqué!... Si Dieu m'avait donné un frère, ce frère m'aurait prise en pitié, il aurait été demander à Frédéric grâce pour sa sœur coupable , grâce aussi pour l'homme qu'elle ne peut accuser; car elle l'aime... Ce frère aurait été pour moi un bon ange, un sauveur. (Retombant à genoux.) Oh! soyez ce frère, monsieur, sauvez-moi!
d'osborn. Relevez-vous, mademoiselle; retenez, s'il se peut, vos larmes, et prêtezmoi, je vous prie, toute votre attention... (A mi-voix.) L'incomplet aveu que vous venez de me faire était inutile, je savais tout.
marie. Vous saviez...
d'osborn. Les droits qu'a sur vous monsieur de Fridberg...
marie. Vous saviez cela, monsieur, et vous consentiez...
d'osborn. Je consentais à un déshonneur caché pour me soustraire à une honte publique... Je consentais, parce que si je ne suis pas votre époux aujourd'hui... je suis perdu demain. Rang, crédit, considération, tout m'est enlevé.
MARIE. Mais, monsieur...
d'osborn. Oli ! d'avance je me suis dit ce que vous voulez me faire comprendre... mais (plus bas encore) qu'est-ce a près tout que ce mariage? un heureux hasard qui met notre mutuel honneur à l'abri... Ce mariage n'est véritablement pour nous qu'une formalité.. . Nous sommes et nous resterons étrangers l'àh à l'autre... Le passé nous sépare à jamais dans l'avenir. Un frère vous aurait sauvée, disiezvoûs tout à l'heure; eh bien, avec le titre d'époux, c'est un frère que vous trouverez en moi.
MARIE. Vous oubliez, monsieur, qu'il est un homme auquel j'ai juré d'appartenir, un homme auquel je suis unie devant Dieu.
p'oSBORN. Cet homme est accusé, coupable... condamné d'avance.
marie. C'est impossible.
d'osborn. Cet homme enfin mourra, si je le veux... et je le voudrai , si vous résistez aux ordres du roi.
marie. Oh!. ..vous n'avez pas dit qu'Ernest mourrait?
D'OSBORN. .l'aidit cela... et j'ajoute que vous seule vous pouvez encore le sauver.
marie. Moi!
d'osrorn. Vous savez de quel crime on l'accuse?... Lisez cette lettre du lieutenant Mulgrave.
marie, qui a lu. .Te disais bien qu'il était innocent mon Ernest : en voilà la preuve.
D'OSBORN, fa)ixnant la 'ettrs. Mais celte
preave esl la seule qu'il puisse invoquer, cetic preuve est entre mes mains.. . et... (// Rapproche de la cheminée} il nie suffit d'un geste <t d'une seconde pour que cette preuve disparaisse.
marie. Vous savez Ernest innocent, et vous le laisseriez condamner?
D'OSBOBN. Consenti-z, et j'envoie celte lettre au roi ; refusez... je la livre aux flammes... et c'est vous , vous , qui aurez perdu monsieur de Fridberg.
marie. Mais ce que vous me proposez est horrible, infâme !
d'osrorn. Voulez-vous qu'Ernest de Fridberg vive?... voulez-vous qu'il meure?
marie, vivement. Oh! sauvez-le, monsieur, sauvez-le... Mais cette preuve...
D'OSBOBN, lui donnant la lettre. La voici, comtesscd'Osborn... vous allez... vous-même la porter au roi.
MARIE, un moment interdite et regardant le papier avec une sorte d'effroi. Moi-même?. . . au roi?
D'OSBOBN, à part. Llle hésite!... j'en étais sur!...
marie. Mais j'y songe, mon Dieu! aller moi-même implorer la grâce d'Ernest!... Si le roi devinait...
D'OSBOBN, jouant la terreur. Ah! vous avez raison, madame!... pour votre honneur, pour le mien... nul ne doit soupçonner ce j secret.
'1 reprend la lettre, la cache furtivement dans sa ceinture, I
puis il s'approche de la table et y prend un pli sous lequel il renferme son rapport. M. de Mittau sort de chez II
m: MITTAU, au Colonel. On n'attend plusfine les futurs époux. C'est à moi que sa majesté a réservé l'honneur de conduire la fiancée à l'autel.
d'osrorn, Rapprochant^ leplià latnam.
Monsieur de Miltau, dans quelques instants j'aurai reçu les serments de mademoiselle de Rittersdorf , et vous irez l'annoncer au roi. Veuillez en même temps remettre à sa majesté cette pièce importante ; elle décide du sort de monsieur de Fridberg.
DE mittau, prenant la lettre. Elle sera sous les yeux du roi aussitôt la cérémonie et avant le départ de sa majesté... Mademoiselle...
11 indique à Marie que des Officiers, des Dames et des Pages viennent d'entrer, puis il remonte un instant vers eur.
GERTRDDE, qui est sortie de l'appartement
et i'ett approchée de Marie. Eh bien?
marie, avec égarement. Ernest est sauvé!
D'OSBORN, à part, près de la cheminée, et
montrant monsieur de Mittau. C'est l'arrêt
de mort de mon rival qu'il emporte.
Il jette au feu le papier qu'il tenaitcaché dans sa ceinture.
gertrldk, bas à Marie. Mais ce mariage?
marie, de même. Ce mariage me tuera!... Toi, Gertrude, veille sur l'orpheline... sois la mère de Stella!
De Mittau lui présente la main, qu'elle accepte , tandis que d'Osborn reçoit les félicitations de tout le monde.
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