STELLA, THÉODORE
STELLA, au fond. Victoire! il est parti !... Eh bien , que dis-tu de mon expédient ?
Théodore. Je dis que je suis enchanté qu'on nous ait l'un et l'autre empêchés d'aller à Anspach.
' Stoila, Fritz.
STELLA. Pourquoi?^.
Théodore. Parce qu'à la ferme nous aurions étélrois, et qu'ici nous ne sommes que deux.
Stella. Théodore , sais-tu pour quel motif on nous a refusé à tous deux d'aller à la ferme ?
Théodore. Je le devine. On craint que je ne pense trop à toi.
Stella. Par exemple ! Je pense bien à toi
toute la journée n'avons-nous pas été
élevés ensemble? ne suis-je pas ta sœur? n'est-tu pas mon frère?
Théodore. Non pas tout à fait. Quand nous étions enfants, je t'appelais ma petite femme , tu m'appelais ton petit mari. A mon retour de l'université, pourquoi as-tu renoncé à cette douce habitude d'aulrefois?
Stella. Tu étais si grand... j'ai eu peur que tu te moques de moi.
Théodore. Mais tu dois être rassurée...
tu sais maintenant que pour toi mon cœur est toujours le même. Stella, veux-tu être encore ma petite femme ?
Stella. Vois donc... est-ce qu'à présent je peux t'appeler mon petit mari? Non, nous ne sommes plus d'âge à jouer toi surtout... qui es si savant.. . à ce que dit Fritz.
Théodore. Oh! ce que j'ai appris, ma Stella, c'est que ma tendresse pour toi n'était
pas un jeu, comme tu le supposes à
l'université je n'avais, comme ici, qu'une pensée... toi , toujours toi.
stflla. Sais-tu que c'est bien gentil ce que tu me dis-là ?
Théodore. J'ai appris encore que cette tendresse n'était pas seulement de l'amitié... Non... tous mes camarades me l'ont dit... c'est de l'amour....
Stella. De l'amour !...
THÉODORE. Aimer d'amour, Stella, c'est... Stella. Taisez-vous, monsieur : puisqu'on n'envoie pas les filles à l'université, c'est qu'elles ne doiveut pas savoir ce qu'où y apprend aux garçons.
Théodore. Pourtant...
STELLA. Pour moi, je t'aime tout simple- l ment d'amitié. Ce qui me console de ton départ, c'est l'espoir de ton retour. Je sens que je n'aimerai jamais personne autant que toi, et que je mourrais de chagrin si tu ne m'aimais plus.
Théodore. Mais, Stella, c'est de l'amour cela.
stella. Vraiment ! Eh bien, j'ai appris ça toute seule. Voyez donc à quoi sert l'université.
Théodore. Il est bien clair, bien prouvé que nous sommes amoureux l'un de l'autre, et quand on est amoureux... on se marie. Dès aujourd'hui j'avoue tout à ma mère,
le
clic approuve mon choix, fail la demande de la main à madame Mullcr, et dans huit jours tu .seras ma femme.
STELLA. Et alors nous forons tout ce que nous voudrons; nous ne serons plus forcés de nous cacher pour lire ensemble les livres que lu prends dans la bibliothèque de madame la comtesse et qui nous intéressent tant. Théodore, pendant que nous sommes seuls, veux-iu reprendre la lecture que Fritz a interrompue hier?
Théodore. Je veux tout ce que tu désires.
Stella. Et moi, je désire tout ce que tu veux. Quel charmant petit ménage nous allons faire!... Monsieur mon mari, mettezvous là, près de moi.
Ils s'asseyent sur le banc de pierre sous la persienne.
Théodore*. Me voilà. Fritz ne viendra me déranger qu'à cinq heures, nous aurons le temps de finir le volume.
STELLA, prend son livre. Elle lit. Page 109... C'est cela. « Cette lettre tant désirée » arrriva enfin. Elle apprenait à Ursule que » son père , blessé grièvement, était mourant <) à l'hôpital militaire.. . Ursule pleura d'a- » bord... puis elle songea que Maurice » allait succomber, peut-être faute de soins, » et que dans son abandon, il appelait sa » fille. Ursule résolut d'aller à l'hôpital » d'Inspruck ; mais comment pourrait-elle » entreprendre un si long voyage , seule , » sans guide, sans appui? Dieu l'inspira! » elle aperçut au mur de la chaumière l'uni- » forme de son frère de lait, jeune soldat, » mort en congé. Elle quitta ses vêtements » de femme, se couvrit de cet uuiforme.... » puis se recommandant à sa sainte pa- » tronne. . . elle partit. » (Parlan ?. ) Oh ! c'était bien cela. ( Continuant. ) « L'hiver était » rigoureux cette année, la misère était » grande; la pauvre voyageuse avait deux » cents lieues à parcourir. » ( Parlant. ) Deux cents lieues ! ! ( Elle lit. ) « Le peu » d'argent qu'elle avait emporté lui fut ■ volé dans une auberge, et il lui fallut im- » plorer la charité publique. Vingt fois elle » faillit succomber. Enfin elle tomba un soir » sur la route, presque morte de froid et de » faim... mais ce soir-là elle était aux portes d'Inspruck. » ( Parlant. ) Vois-tu , Théodore, c'est Dieu qui l'avait soutenue jusqiTe-Ià.
Théodore, se rapprochant. C'est trèsintéressant; continue.
Pendant la lecture de ces dernières lignes, M»« Muller est entrée par la droite, Fritz et M*<> de Ricca par la gouehe.
' Stella, Théodore.
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