SCENE PREMIÈRE
BURL, DEUX PAYSANS, DEUX SOL- DATS.
Au lever du rideau, les Paysans font du feu dans la cheminée délabrée.
BURL , assis devant le feu. Quel chien de temps !. .. c'est un véritable hiver de Sibérie ! (Au Soldat.) I! y aura encore quelque nez gelé cette nuit.
le soldat, assis sur le bout de la table et coupant un pain noir dont il mange. Ce pauvre Karl a été trouvé perclus, ce matin, dans sa guérite.
BURL. Quel métier que celui de soldat !... parlez-moi du mien, à la bonne heure, rien à faire ; j'étais né pour ce métier-là !
le soldat. Comment monsieur le gouverneur, qui est si dur , si exigeant pour tous ses domestiques, a-l-il tant d'indulgence pour vous?
burl. Il aime ma société... c'est uniquement pour lui tenir compagnie qu'il y a quinze ans il m'a pris à sou service, après ro'avûir fait sortir du guêpier où m'avait fourré ce gueux de Clakuiann... A cette époque il m'a prévenu que je ne le quitterais plus, que je le suivrais partout...
le soldat, riant. Et comme depuis quinze ans, dit-on, monsieur le gouverneur n'est pas sorti trois fois de la citadelle...
burl. J'y suis toujours resté; mais ça va
changer.
Madame d'Osborn , qui était
condamnée aussi au régime de la citadelle à perpétuité, n'a pu s'y faire; encore jeune et délicate, l'air lui manquait là-dedans, et je crois qu'elle aurait fini par aller respirer au Paradis, si le médecin n'avait déclaré la chose à monsieur d'Osborn... Après la consultation, il a été décidé qu'on ferait tous les jours une promenade de deux heures.
le soldat. Faire promener une malade d'un temps pareil !
burl. (Test vrai que, pour une première sortie, on aurait pu désirer mieux. Aussi, mon maître, qui est devenu tout à coup an agneau pour sa femme, a-t-ii ordonné de préparer ici un bon feu et quelques cor- \
diaux, pour que madame d'Osborn pût faire halle et se réconforter un peu, en revenant à la citadelle. ( Se levant. ) A-t-on couru prévenir la femme de chambre de madame la comtesse ?
le soldat. Oui ; mademoiselle Christine va apporter ici tout ce qu'il.. .
jobin , arrivant du fond à droite. Christine! qui est-ce qui parle de Christine?
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