‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1389 sur 1577 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes , JOBIN , avec un manchon, un bonnet et des bottes fourrées*.

burl. Eh! voilà monsieur Jobin... l'amoureux !

jobin , grelottant. Oh ! oui ! amoureux!... mais parfaitement transi... En apprenantque vous étiez sorti de la forteresse, j'ai couru pour vous joindre, et dans mon empressement je n'ai pas pris le temps de me couvrir...

Il va se chauffer.

burl. Vous êtes frileux, à ce que je vois.

JOBIN. Songez donc, mon cher, que je suis Français, méridional.. . natif de Toulon... pays des olives et des galériens. (Au Soldat.) Mettez une bûche, mon ami... (A Burl.) Vous disiez donc que Christine...

BURL. Sera ici dans dix minutes.

jobin. Dix minutes!... ô Prussien! je vous embrasserais. . . si je n'avais pas l'onglée.

burl. Décidément, vous l'aimez donc bien cette pelite Christine?...

jobin. Si je l'aime!... Mettez encore une bûche, s'il vous plaît!... Mais j'en suis fou, furieux, imbécile... Pour elle, j'oublie mon pays, mon soleil, ma gloire... car, tel que vous me voyez, je suis un homme célèbre... A Paris, j'étais éventailliste breveté de la marquise de Pompadour... In beau matin, il me prend envie de voyager.. . je vais droit à Berlin, où le roi Frédéric faisait, disait-on, un accueil distingué à toutes les grandes repu ' S'il.lnt*, Jobin, Burl , rav>ans.

niions., exemple : monsieur de Voltaire... I,. n'avais encore gagné qu'on rhume, dont •e cherchais à me défaire, lorsqu'en toussant e regardai par hasard la fille de mon hôtelin... je m'en coiffai; malheureusement, Christine s'était engagée déjà au service de madame la comtesse d'Osborn, qu'elle vint bientôt rejoindre dans cette forteresse. Aussitôt, je quittai Berlin et j'accourus m'étahlir au petit village qui est au bas de la citadelle. A tout prix, je voulais revoir Christine... Le hasard me lit vous rencontrer, Prussien; i appris (pic vous étiez le domestique intime de monsieur d'Osborn, et je vous promis cinquante florins si, sur un prétexte quelconque, vous me faisiez entrer dans cet affreux nid de vautours où Christine doit maigrir en n'attendant

Il vient en scène.

burl. Vous introduire dans la citadelle... impossible!. .. le gouverneur ne plaisante pas a?ec la consigne... Il est défendu sous les peines les plus sévères de laisser pénétrer qui que ce soit dans notre maison de plaisance.

jobin. Ah ça , c'est donc vrai ce qu'on dit dans le village ?

burl. Que dit-on?

jobin, à mi-voix. Qu'il y a là-bas, dans le plus profond des cachots , un prisonnier d'état que personne n'a jamais vu, et dont il est même dangereux de parler. Un geôlier est attaché, dit-on, spécialement a ce criminel. BURL. C'est vrai... j'y songe... si vous voulez un emploi... la place de ce geôlier va être vacante?

jobin. Ah!... il monte en grade!

BURL, Il va être pendu.

JOBIN. Pendu !

BURL. On a surpris un projet d'évasion. Le pauvre diable a tout avoué, et ce soir, comme je le disais tout à l'heure, la place sera vacante.

jobin. Merci... j'en aimerais mieux une autre.

le soldat. Voici mamselle Christine.

jobin. Christine!.. Cachez-moi un peu pour que je la surprenne.

Il se cache entre la cheminée où brille un grand feu, et Burl.

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