SOLDATS ET VALETS
d'osr'irn. Placez-vous là, Marie; ce feu et ce cordial vous ranimeront.
marie. Pourquoi nous arrêter ici?...
d'osborn. Parce que nous avons encore près d'une heurs de marche pour arriver h la forteresse, et que vos forces pourraient vous trahir. (Sur un signe de d'Osborn, tout le monde se retire. Burl et Christine sortent à gauche avec lespaysans. Les deux soldats à droite. Marie, assise , reste immobile, et semble éviter les regards de d' Osborn; celuici lui a présenté le cordial, mais Marie a repoussé la main de d'Osborn ; celui-ci debout, et avec une douceur affectée:) Marie, pourquoi ne prenez -vous pas ce cordial? avez-vous oublié déjà les recommandations expresses du docteur? voulez-vous donc ne plus lutter contre cette langueur qui vous tue et qui me désespère?
M\RIE. Oh! monsieur, faites-moi grâce de cette sollicitude exagérée qui a succédé tout à coup à la haine... à la brutalité... Pourquoi ces hypocrites soins? craignezvous donc qu'à son lit de mort votre victime vous maudisse et vous démasque?
d'osborn. Que vous êtes injuste, Marie!
ne savez-vous pas bien que sous cette haine apparente se cachait une profonde douleur?
marie. Encore cet odieux mensonge! de l'autour.. . dans ce cœur bas et impitoyable, qui a pu concevoir la trahison la plus lâche, le crime le plus abominable...
d'osborn. Marie... sans doute j'ai été cruel, impitoyable... mais vos dédains, vos mépris avaient ulcéré mon cœur.
marie. Méritez-vous donc autre chose que haine et mépris, vous qui avez menti indignement à la foi jurée... Si vous aviez tenu votre serment; si, par vous, M. de Fridberg avait été publiquement justifié, j'aurais pu tout oublier; j'aurais pu devenir pour vous une sœur... Mais vous avez été déloyal et infâme!... M. de Fridberg mort, vous avez brûlé l'unique preuve de son innocence pour qu'il fût impossible de réhabiliter sa mémoire... puis, pour mieux vous assurer l'impunité, vous m'avez entraînée ici. moi, seul témoin de votre crime, et vous m'y avez enterrée vivante. Toute faible, toute expirante que je sois, vous craignez encore qu'un dernier souffle m'échappe et vous accuse. Rassurez-vous; encore quelques jours, et vous pourrez dormir cri paix enlre deux tombeaux.
d'osborn. Ncr cette affreuse prophétie ne s'accompliéri pas., j'effacerai les traces d'un pasié fui,Qf& . Marie... Dieu pardonne... ne pardaaûfcrar'» eus donc pas?...
Marie. iTie'ô!... savez-vous quels rêves sa miséricorde daigne parfois m'envoyer... (Elie se lève.) Quand la fatigue ou l'épuisement de mes forces amène en lin le sommeil sur mçf paupières, . presque toujours Ernest m'appa-
rait... non pas couché dans son cercueil... mais enchaîné dans le fond d'un noir cachot. Je le v<»is luttant contre ses bourreaux... et sa voix me crie: « Marie, Marie, espère, Dieu nous voit. »
d'osborn, à part. Que dit-elle?
HABIB. Si ce rêve était un avertissement; si vous m'aviez trompé... si Ernest n'était pas mort...
d'osborn. Plût au ciel !
marie. Si ce que vous m'avez dit est vrai, si M. de Fridberg n'est plus, que pouvez-vous craindre de moi?... pourquoi me retenir ici prisonnière?... pourquoi m'interdirc toute correspondance?...
d'osborn. J'avais tort, Marie... mais, d'ici à quelques jours, je vous rendrai cette liberté après laquelle vous soupirez .. si vous le voulez même, vous pourrez l'aire un voyage à Berlin, à Ritlersdorf..
marie, avec joie. A Rittersdorf?... ai-je bien entendu?... est-ce bien vous qui me parlez ainsi?... Je reverrais Rittersdorf .. Gertrude... {A part.) Ma fille... peutêtre...
d'osborn. A tout cela, Marie, je ne mettrai qu'une condition.
marie. Quelle est elle?
Ici la neige commence à tomber.
CHRISTINE, venant de gauche. Pardon , madame... mais Burl et tout le monde là-bas voudraient vous voir rentrer... le temps menace... le vent s'élève. .. et la neige commence à tomber. . .
Burll, les Paysans et les Soldats rentrent en scène.
D'OSBORN. Nous allons nous remettre en route... enveloppez bien votre maîtresse. ( Christine prend le manteau fourré et le place sur les épaules de Marie. ) Nous presserons le pas pour arriver au château avant que la tempête éclate. (A part.) Elle consentira.
Le cortège se remet en marche, on sort par la gauche. A peine les personnages se sont-ils éloignés que la neige tombe et que le vent souflle avec violence. Au milieu de l'ouragan, on voit passer sur le pont, Stella, toujours sous les habits de Tonio, mais déchirés, couverts de neige ; elle se traîne avec peine jusqu'à la masure.
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