‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1391 sur 1577 · CHRISTINE, JOBIN · texte numérisé non relu

CHRISTINE, JOBIN

chbistine. Monsieur Jobin !.. . si près de moi!...

jobin. ÇaJ vous étonne?... O Christine!

vous n'avez donc pas lu mes lettres?

Christine. Vos lettres... vous m'avez écrit ?

jobin. Trente-trois fois depuis la semaine dernière... ce gros Prussien qui était là tout à l'heure s'était chargé de...

Christine. Il aura craint de se compromettre. Si vous voyiez la terreur que M. d'Osborn inspire à ceux qui l'entourent !

JOBIN. Burl m'a pourtant promis de me faire avoir un emploi dans la citadelle.

Christine. Il s'est moqué de vous... heureusement; car vous ne savez pas ce que c'est <pie de vivre là-dedans.

JOBIN. Je sais que je serais auprès de vous, et ça me suffit.

chbistine. Pauvre garçon... il n'y a que les Français pour aimer comme ça !...

~^bin. Aussi je suis décidé, maintenant, à accepter la place que M. Burl me proposait tout à l'heure.

Christine. Quelle place?

jobin. Celle d'un monsieur qu'on doit pendre dans la soirée.

Christine. Remplacer un geôlier... vous!

jobin. Je me présenterai d'abord comme surnuméraire... et je ne demanderai que vous pour appointements.

* Burl, Jobin. Christine.

STELLA

Christine. Mais cette place est promise... donnée.

jobin. Déjà!...

Christine. Le geôlier en chef a reçu dernièrement une lettre de sa famille. Dans celte lettre on lui annonçait que son neveu et filleul , qu'il n'avait pas vu depuis son baptême, était si vicieux, si méchant, qu'on ne savait qu'en faire ; que, de plus, ce petit garnement était devenu muet par suite d'accident... Méchant et muet, c'était là un excellent fond de geôlier... aussi le petit misérable a-t-il été proposé à M. d'Osborn , qui l'a accepté pour faire un service spécial dans la grande tour où sont enfermés les prisonniers d'état, et on attend ce muet aujourd'hui ou demain.

jobin. Eh bien, Christine, puisque je ne puis pas entrer dans ce maudit château, sortez-en ; venez avec moi à Paris, rue Quincarapoix... Une fois arrivés, nous nous mettrons à l'ouvrage tout de suite. .. nous ferons des éventails pour tout, le monde... et quelques petits Jobins pour nous.

Christine. Merci, monsieur Jobin; vous êtes bien gentil , niais ça ne se peut pas. Depuis trois mois que je suis au service de j\|me d'Qsborn, je n'ai pu la voir si bonne, si malheureuse , sans l'aimer ; et je lui ai promis de ne la quitter jamais.

jobin. Jamais... c'est bien long... n'importe, j'attendrai.

Christine. J'entends du bruit. (Indiquant la droite.) C'est M. d'Osborn... qu'il ne vous voie pas avec moi... partez vite.

jobin. Si je m'en vas, c'est uniquement pour vous obéir ; mais, Christine, je vous reverrai. ..demain... ce soir... On aura beau fermer les portes, je passerai dessus, dessous, ou au travers.

11 sort par la gauch". Aussitôt la sortie de Jobin, Christine va à la cheminée. Burll, qui entre par la droite, avec les deux Soldats, aide Christine à placer la tahle près du feu. Ouapprocheégalementrescabeau.queChristine couvre àVec le manteau qu'elle a apporté. Paraît alors M. d'Osborn , donnant le bras à Marie, qui marche lentement et parait souffrante. Les Paysans suivent et restent au fond. Marie vient s'asseoir près de la table. Christine a pris dans son panier le verre et le flacon, elle emplit le verre et le donne à M. d'Osborn , qui le présente à Marie.

Page 1