SCÈNE in
MARIE , D'OSBORN
d'osborn. Marie, ainsi que je vous l'avais promis, dans quelques jours vous quitterez la forteresse... Une voiture, des chevaux sont commandés, et Burl a reçu l'ordre de vous conduire à Rittersdorf... Je ne pourrai vous accompagner. (Mouvement de Marie. Après un silence. ) L'électeur de Bavière vient de mourir sans laisser d'héritier direct; Joseph II se prépare à envahir ses états, mais Frédéric n'a pu consentir à laisser s'accroître la puissance de l'Autriche, et la guerre est déclarée. Malgré ses soixante-six ans, le roi veut se montrer encore à ses vieux soldats, il vientd'établir son quartier général en Silésie, et mon devoir m'appelle auprès de lui. J'espère obtenir le commandement d'un de ses corps d'armée. La guerre sera, dit-on, poussée avec vigueur, et la mort m'attend peutêtre sur le premier champ de bataille. ( Nouveau silence. Marie n'a point regardé d'Osborn. ) Avant de me séparer de vous, pour toujours, sans doute, j'ai dû prendre quelques dispositions qui ont besoin d'être approuvées par vous. Le contrat qui nous unit et dont toutes les clauses furent dictées par le roi lui-même, laisse à chacun de nous la libre disposition de ses biens. Pour détruire l'effet de ce contrat, pour vous pouvoir laisser tout ce que je possède, j'ai fait dresser un acte qui vous assure, après moi, ma fortune tout entière. *
marie , froidement. Vous n'avez pu croire que j'accepterais...
d'osborn , vivement. Oh ! j'avais deviné que vous ne voudriez rien me devoir... aussi, pour triompher de votre dédaigneux refus, j'ai fait faire un acte de donation mutuelle. (Ici Marie regarde d'Osborn.) Cette convention qui nous donne à chacun les mêmes droits vous dispense de toute gratitude, de toute reconnaissance.
marie. A la bonne heure ; je commence à vous comprendre.
* Marie, d'Osborn, Christine.
d'osborn , virement. Et vous n'hésiterez plus à mettre votre signature sur ce parchemin, qui, vous le \oyez, porte déjà la mienne.
marie , le regardant en face Je suis donc bien près de mourir ?
d'osborn. Que dites-vous ?
marie, se levant. Je dis que vous avez mal attaché votre masque et qu'il vient de tomber. Je ne signerai pas cet acte.
Elle passe devant d'Osborn et gagne la droite*.
d'osborn, se contenant. Songez-y, madame, après l'indigne soupçon que vous avez pu concevoir, refuser votre signature serait un insupportable outrage.
marie. Je ne signerai pas.
d'osborn , se contenant à peine. Marie, ne comprenez-vous donc pas tout ce que votre persistance aurait de pénible, de blessant pour moi?
marie. Ne composez plus votre voix et votre visage, monsieur, ne contenez plus le dépit furieux qui vous déchire le cœur. Ne savons-nous pas bien l'un et l'autre que vous me détestez autant que je vous hais. Vous avez appris par votre médecin que ma lente agonie approchait de son terme, alors vous vous êtes souvenu que ma mort vous enlevait cette fortune, que vous aviez payée de votre honneur et du salut de votre âme. Pour ressaisir cette fortune qui vous échappait, vous avez joué une misérable comédie dont le dénoùment, vous le voyez, ne sera pour vous qu'une honte de plus.
d'osborn. Prenez garde, si vous croyez m'avoir deviné, vous devez savoir, alors, qu'il vous faudra m'obéir. Vous me connaissez, Marie, et vous vous souvenez d'Ernest de Fridberg.
marie. C'est parce que je vois sans cesse le cadavre d'Ernest entre nous deux, c'est parce que je vous connais que je vous méprise et que je vous brave.
d'osborn. Prenez cette plume et signez.
marie. Jamais !
d'osborn , lui prenant la main et l'attirant violemment vers la table. Signez, vous dis-je!
marie. Misérable ! porter la main sur une femme , cette lâcheté vous manquait encore.
d'osborn, avec force. Cette main signera, ou je la briserai.
marie. Assassin! vous me tuerez , mais je ne déshériterai pas mon enfant 1
d'osborn, reculant. Qu'entends-je î
marie. Est-ce que je vivrais encore si je n'étais pas mère ?
Elle tombe sur le fauteuil. Christine parait au fond. * D'Osborn, Marie.
STELLA
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