‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1404 sur 1577 · MARIE, CHRISTINE · texte numérisé non relu

MARIE, CHRISTINE

CHRISTINE , entrant vivement par le fond. Victoire, madame, victoire, nous partons dans trois jours.

marie. Trois jours 1

Christine. Oui, madame, nous allons dire adieu aux ponts-levis, aux herses, aux contrescarpes... nous allons respirer le grand air. Pour ma part, j'étouffais dans ce château comme dans une armoire.

marie. Comment savez-vous ?

Christine. Je viens d'entendre le docteur dire à monsieur d'Osborn, en le quittant : L'air natal peut seul sauver la comtesse ; conduisez-la à Rittersdorf, et je vous réponds d'elle. Là-dessus, monsieur votre mari a dit : Elle partira dans trois jours. Une fois sorties d'ici, et pour n'y plus revenir, j'espère, nous retrouverons à Rittersdorf, vous, la santé, le calme; moi, la gaieté. On m'appelait autrefois l'alouette du pays, mais l'alouette ne chante pas en cage... et je crois que j'aurais fini par devenir mueile ici.

marie. À\ez-vous donc habile Rittersdorf?

Christine. Non , madame , j'avais là un vieil oncle que j'allais voir souvent. Je suis née au petit village d'Ossenbach.

MARIE. D'Ossenbach ?

Christine. A deux lieues de Rittersdorf.

marie. Dites-moi. . . à quelle époque avezvous quitté ce village?

Christine. Tiens, vous connaissez mon pays? c'est grand comme la main, mais c'est gentil à mettre sous verre.

marie. Répondez-moi.

Christine. Je suis partie pour Berlin avec mon père, il y a bien douze ans. J'étais encore petite fille, mais déjà rondelette; aussi, le dimanche, les garçons commençaient à me regarder... je ne savais pas encore pourquoi; mais c'est éga1, ça me faisait déjà plaisir.

marie. Avez- vous connu là une bonne, une excellente femme, nommée Gertrude Buklau?

Christine. Je crois me rappeler que bien longtemps avant mon départ d'Ossenbach il y avait une dame Gertrude qui habitait toute seule une petite maison à volets verts, où personne n'entrait jamais.

marie. Oh! souvenez-vous bien, cette femme ne devait pas être seule.

Christine. Vous avez raison... elle avait avec elle une nourrice. .. un enfant.

marie. Une petite fille...

Christine. Oui, et qu'on appelait...

MARIE. Stella.

Christine. Stella. . . oui, c'est bien ce nomlà... et la petite fille était jolie.

marie. Tu l'as vue ?

Christine. Je l'ai même embrassée.

marie. Tu l'as embrassée, toi ! Oh ! ma bonne Christine, ( elle l'embrasse ) si tu savais le bien que tu me fais.

Christine. Mon Dieu, madame, vous voilà toute en larmes.

marie. Oh! parle-moi de Gertrude, de cette enfant, surtout.

d'osborn, entrant par le fond et parlant à la cantonade. Burl 1

marie. D'Osborn.

d'osborn. 'Quand le notaire que j'ai fait appeler se présentera, tu viendras m'avertir.

marie, à Chrislme, Plus un mot... mais

qaaodje serai seule lu reviendras... tu reviendras \

D'Obborn entre et du geste renvoie Christine ; celle-ci va sortir, d'Osborn la retient.

d'osborn. Christine, vous êtes une servante (idole, dévouée à voire maîtresse... je m'en souviendrai.

CHIISTINK, s' éloignant, et à part. Décidément, il n'est plus reconnaissable; c'est égal , il doit y avoir de bien longues griffes sous ses grosses pattes de velours.

Elle sort par le fond. Marie va s'asseoir près de la table.

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