SCÈNE V
CHRISTINE, seule.
Pour cette pauvre dame à présent j'irais au bout du monde, et Terchen n'est qu'à six lieues. Une fois hors d'ici je prends mes jambes à mon cou, et ce soir j'arrive au quartier-général; les grenadiers ne me font pas peur, je m'adresse au plus grand, je lui demande : Sa Majesté le Roi, s'il vous plaît. Plus les grenadiers sont grands, plus ils doivent être aimables; celui-là me prend sous le bras et me mène au vieux Frédéric. Je fais la révérence, je deviens rouge et je donne ma lettre. Après l'avoir lue, le roi monte à cheval, sa cavalerie me prend en croupe, nous arrivons ici, et nous faisons pendre le gouverneur. Ça ne peut pas finir autrement... Mais je dois commencer par me faire chasser, et pour en arriver là, il me faudrait. . . (Jobin entre par la porte à droite. ) Ah ! monsieur Jobin !
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CHRISTINE, JOBIN, entrant par la porte adroite; il porte sur son épaule plusieurs bûches attachées avec une corde; il tient à lamain une petite hache.
JOBIN, laissant tomber les bûches et la hachette. Christine ! je savais bien que je la trouverais.
Christine. Vous dans la citadelle... Comment y êtes-vous entré ?
jobin. Par la grande porte. Quand j'ai vu que mon gros Prussien se moquait de moi, je me suis dit : Je me passerai de lui. Hier j'ai gagné , enjôlé, suborné un honnête homme de peine qui, employé ici tous les samedis à fendrele bois, a consenti à me louer pour un jour sa hachette vingt écus. Après bien des si, des mais, je suis entré. Ce n'était pas tout, il fallait vous trouver sans rien demander à personne, sans prononcer même votre nom. Pour ça, j'ai fait une distribution générale de combustible, j'en ai mis partout. Hélas l à chaque feu que j'allu-
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unis, je pensais à vous, je vous cherchais du coeur... Enfla unis voilà, je vous Hf ns, et je ne vous quitte plus.
CHRISTINE. Comment?
jobin. Je ne sors plus d'ici... qu'avec vous.
l'iMSTiNE, le regardant, puis comme frappée d'une idée subite. Oh! la bonne idée!
jobin. Oui, je crois qu'elle n'est pas mauvaise.
CHRISTINE. Voilà ce qu'il me fallait.
. JOBIN. Oui... je crois encore que je ne vous serai pas superflu, Christine.
CHRISTINE. Vous arrivez juste pour me rendre un grand service.
JOBIN. Très-bien'. En quoi?
Christine. Vous allez d'abord vous cacher.
jobin. Très-bien ; pourquoi?
Christine. Je tiens à vous avoir là tout près de moi.
jobin. Oui, sous la main, ça me va, où est votre chambre ?
Christine. Ma chambre...
jobin. Pour que je m'y insère.
CHRISTINE. Non, vous seriez trop loin.
jobin. Trop loin , mais où veut-elle donc me mettre ?
Christine, allant ouvrir la porte perdue dans la boiserie» Entrez là.
jobin. Tout de suite. ( Il s'arrête tout à coup. ) Ah! dites donc, c'est bien noir làdedans, et ça sent le renfermé en diable.
Christine. Personne ne va dans ce cabinet, c'est pour ça que vous y serez mieux que partout ailleurs.
jobin. Vous croyez? Il doit y avoir des souris là-dedans.
Christine. Qu'importe, entrez , entrez vite.
jobin. Je vous obéis, Christine, mais je vous préviens que j'ai horreur de ces animaux-là.
Christine, le poussant et fermant la porte. Entrez donc !
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