‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1421 sur 1577 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

D'OSBORN , puis BURL.

d'osborn. Vienne à présent l'inquisiteur dont on me menace, je le placerai entre la mère de Stella et la tombe de Fridberg. [Avec un sourire.) L'une et l'autre seront muettes. ( Il sonne. Au valet gui parait en haut de l'escalier. ) Ulrich Burl ! qu'il vienne à l'instant. ( Le valet sort. ) Celui-là aussi m'appartient corps et âme.

burl , du haut de l'escalier. Présent, gouverneur.

d'osborn. Approche.

BURL, descendant. Il s'agit de la petite?

d'osborn. Non... c'est de toi qu'il s'agit.

burl. De moi?

d'osborn. Tu sais ce que j'ai fait pour toi il y a seize ans.

burl. Oui, exœllence; vous m'avez sauvé du feu de peloton à la simple condition que je ne parlerais jamais à personne de la lettre du lieutenant Mulgrave.

d'osborn. A cette époque, je t'ai fait quitter Berlin et conduire dans cette citadelle. A ma sollicitation on avait consenti à étouffer cette affaire, qui s'était arrêtée au jugement qui te condamnait par contumace à être fusillé.

STELLA

r.URL. Il était temps d'arrêter la chose.

d'osborn. Eh bien, mon pauvre Burl, toute cette affaire, que je croyais oubliée, a été mise dernièrement sous les yeux de sa majesté.

burl. Hein?

d'osborn. Je viens de recevoir l'ordre de te livrer à un commissaire du roi qui doit arriver demain et faire exécuter la sentence prononcée contre toi...

burl. Demain!... et vous dites qu'on a mis les paperasses sous les yeux du roi !... Je vois d'où vient le coup ; de douanier qu'il était, ce gredin de Clakmann se sera fait espion et m'aura dénoncé!... Demain!... miséricorde!... Est-ce qu'on ne pourrait pas obtenir une petite remise à quinze ans ?

d'osborn. Je ne vois plus qu'un seul moyen de te sauver.

burl. Je choisis celui-là !

d'osborn. Je te signerai, cette nuit même, un passe-port à l'aide duquel tu pourras, sous un nom supposé, traverser la frontière, qui n'est qu'à trois lieues d'ici.

burl. Trois enjambées.

d'osborn. De plus, je te donnerai dix frédérics d'or. . .

burl. Dix frédérics.

d'osborn. Tu partiras...

burl. Tout de suite...

d'osborn. Quand tu m'auras rendu le dernier service que je vais te demander.

burl. Oh ! vous pouvez être sûr d'être servi promptement. Ce n'est pas le moment de flâner ici.

d'osborn. Le cercueil destiné au prisonnier...

burl. A été déposé sur les marches de la chapelle, dont vous avez gardé la clef. Quand vous le voudrez, on y pourra coucher le pauvre diable.

d'osborn. C'est là précisément le service que j'attends de toi.

burl. Ah! bah!

d'osborn. A minuit, quand tout le monde reposera, je te donnerai la clef de cette chapelle, éloignée, comme tu le sais, des postes et des factionnaires... Tu trouveras le prisonnier dans l'état où je l'ai laissé...

burl. Mort...

d'osborn , baissant la voix. Endormi 1

burl. Hein?

d'osborn. Ce soir, quand , seul , je suis descendu dans la chapelle où on l'avait transporté, je l'ai vu luttant contre le long évanouissement occasionné par sa chute, et qui avait eu pour nous tous les apparences du trépas. Après avoir prononcé quelques mots sans suite , il est retombé dans un sommeil léthargique où tu le trouveras encore plongé.

bukl. Voilà un miracle !

I d'osborn. Ta entreras dans 3a chapelle...

On ne pourra ni te voir ni l'entendre, lui...

d'ailleurs, quelques minutes te suffiront...

! une fois le cadavre placé dans le cercueil

burl. Le cadavre !

d'osborn. Tu viendras me remettre la i clef, et tu recevras en échange le passe-port et l'argent que je t'ai promis. (Mouvement de Burl. ) Qu'as-tu donc ?

burl. Rien... c'est un froid qui m'a passé partout. . .

d'osborn. Hésiterais-tu?

burl. Étouffer un homme!... dans une chapelle encore !

d'osborn , à mi-voix. Tu préfères donc aller demain sur la plate-forme ?

burl. La plate-forme !

d'osborn. Tu comprends que je ne peux pas te laisser vivre, toi qui sais mon secret... Tu comprends qu'il faut m'obéir aujourd'hui, ou être fusillé demain .

burl. C'est juste!... je demande à réfléchir. (A part. ) Si je refuse, un autre prendra ma place à la chapelle, et personne ne voudra la prendre sur la plate-forme. Le prisonnier n'y gagnera rien, et j'y perdrai tout.

d'osborn. Eh bien ?

burl. J'accepte... mais, donnant donnant, je veux avoir tout de suite le passe-port promis.

d'osborn. Comment?

burl. Après le vilain coup que j'aurai fait, je ne veux pas rester une heure ici... je ne me défie pas de votre délicatesse; niais je veux tenir ie passe-port.

d'osborn, allant se placer pour écrire.

Soit.

burl. Quant à vos écus , je n'en veux pas.

d'osborn se met à écrire , puis s'arrête. Après un moment de réflexion, à part. Il a hésité ce soir.. . il pourrait se repentir demain.

Il continue à écrire.

burl, à lui-même. Si je n'avais pas été racolé par ce gueux de Clakmann, tout ça ne me serait pas arrivé... Oh! scélérat!... s'il s'agissait de t'étrangler, toi!...

d'osborn , se levant et lui donnant un papier . Voilà ce que tu m'as demandé. . . tu viendras prendre la clef de la chapelle.. . ici, à minuit. ..

Il monte l'escalier.

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