SCENE VI
Les Mêmes , LA MERE CHAILLOT.
LA mère Chmllot. Julie, Claire, mes bonnes filles, embrassez-moi bien vite, car je m'en vas.
JULIE. Que dites-vous?
Claire. Vous nous abandonnez?
LA mi:re chmllot. Il le faut bien... il va se passer ici des choses que je ne puis approuver, que je ne veux pas voir.
claire. Qu'est-ce donc?
la HÈRE chmllot. Le domestique de M. de Wolmar est là , il cause avec ton mari ; dans un instant son maître sera dans ce château...
jllie Déjà !
Saint-preux. Ah! sans le connaître , que je le hais, cet homme ?
la mère cn.AiLLOT. Ma chère Julie , il >ût été si doux pour moi de te savoir bien
LA NOUVELLE HÉLOISE
mariée... à un jeune homme... par exemple .. à monsieur... non, non, pas à lui... il ne faut plus avoir de ces pensées-là... Mais dire que tu vas être sacrifiée...
SAInt-pkeux. Eli ! n'est-il aucun moyen pour empêcher ce mariage?
jllie. Bonne cousine . donne-nous un conseil...
claire. Eh ! que voulez-vous que je vous dise... d'Orbe est entêté comme...
la mère CHAILLOT. Et certes il ne le sera pas plus que nous.. Ah! ah! ce n'est pas moi qu'on marierait ainsi contre mon gré... Voyons, il ne s'agit pas de pleurer, il faut du courage, et si tu veux m'en croire, Julie, tu refuseras tout net le méchant parti qu'on te propose. Un Non est aussi facile à prononcer que le qu'on te demande... et quand il s'agit du bonheur de toute la vie... ça mérite qu'on y regarde à deux fois.
SAiNT-rREUX, s' adressant à Julie. Julie! JULIE, à Claire. Claire...
Claire. Eli bien! essayons... justement j'entends mon mari.
la mère ciiaillot. C'est ça, un refus bien formel que j'appuierai de toutes mes forces... Le voici, tenons-nous bien.