‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1466 sur 1577 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

RICHMOND , JEAN D'OXFORD , les Seigneurs.

RICHMOND

Oui, et si dans son infinie clémence il veut pardonner, ce sera plutôt à toi, à toi qui peux croire le châtiment mérité, qu'au tyran cruel, qu'aux lâches complaisans qui t'ordonnent de frapper... Venez-, mylords.

jban d'oxford.

A-t-il tenu parole ?

RICHMOND, déployant le mouchoir.

Regardez, voilà la seule dépouille de celte malheureuse reine, notre amie, notre parente chérie, digne de toutes les joies et de toutes les félicités de ce monde, tuée à dix-huit ans, flétrie aux yeux de toute l'Angleterre, dont elle était le plus pur et le plus gracieux ornement.

JEAN d'oxford.

Où passera le cortège funèbre ?

RICHMOND

Sur la place voisine. (Il indique à sa droite. ) Car ils ne veulent même pas qu'on puisse pleurer sur sa tombe...

Faisant plusieurs paris du mouchoir avec son poignard. JEAN D'OXFORD

Nous pourrons l'escorter sans danger.

KICHMOND.

Mylords, avant de nous partager cette sainte relique, rappelons-nous qu'elle appartenait à une fervente réformiste, rappelons-nous surtout qu'il nous faut prendre son trépas pour exemple, et pour pensée sa vengeance.

TOUS

Nous le jurons !...

Toni Wood cniita gauche.

RICHMOND

Jean d'Oxford, voici votre part :1a vôtre, Exeter; la vôtre, Northumberland, et la mienne.

tom, s'avançant.

Vous en oubliez une, mylord...

RICHMOND

Comment! qui es-tu?

TOM

Vous ne m'avez donc pas bien regardé , que vous me demandez : qui es-tu ?.. un brave et loyal Anglais, un homme du peuple, Tom Wood, lis boucher de Tyburn.

JEAN D'OXFORD

Celui qu'on nomme l'Hercule de la Cité?

tom, fièrement. Vous pouvez dire du royaume.

RICHMOND

Tom Wood , qui, le jour du couronnement , à Westminster, lendit la foule et se précipita aux genoux d'Anne de Boulen, en criant: Soyez heureuse... soyez bénie?

IOM.

Lui-même.

KICHMOND.

Oui suivait sa voilure dans la rue. et sa barque

•sur la Tamise?

TOM

Lui-même.

jean d'oxford.

Tu l'aimais donc avec bien du dévouement?

TOM

Comme un homme du peuple aime son bienfaiteur.

RICHMOND

Prends donc aussi ta part.

tom, avec attendrissement.

Merci, mylord, merci.

Marche funèbre en sourdine.

jeàn d'oxford, regardant a droite.

On ouvre la porte de la Tour...

richmond. regardant. C'est le convoi...

tom, avec rage.

Il est donc bien vrai qu'ils l'ont assassinée!...

jean d'oxford.

Un seul pasteur l'accompagne.

TOM

Son ame n'en a pas besoin pour aller au ciel.

RICHMOND

Non, puisque c'est celle d'un ange!... ( A Tom an moment oit il sort.) Et ne pouvoir vous suivre.... mais vos prières suffiront; j'attends le jeune comie de Surrey à la taverne de la reine Anne, j'y attendrai ensuite le boucher Tom Wood.

TOM

Moi?

RICHMONU

Voulez-vous y venir?

TOM

Puisque vous le désirez, mylord...

R!CHMOND.

Beaucoup.

TOM

J'y viendrai

Us surlenl tous.

RICHMOND, seul.

Accomplissez ce pieux devoir, c'est beau à vous ! O pauvre patrie! si tous ceux qui envient (a Iciiilo indépendance, vivaient dans Ion sein, s'ils parcouraient tes places où les bûchers du supplice sont toujours en flammes, les potences toujours dressées, ô mon pays! ils te prendraient en pilié comme je t'y prends moi-même! Mais, au milieu des atteintes de cette fièvre de mauvaises passions, un seul peut-être est demeuré fidèle à son nom it a sou génie. O comte de Surrey ! O Henri Howard, enfant de dix-huit ans, si grand cl si beau de cœur cl d'esprit, toi que la noble Anne de Boulen appelait l'aigle de- l'Angleterre, que m es heureux! ta patrie le nomme son plus gracieux, -un nlus brillant poêle, et son plus brave gcniil-

MAGASIN PHEATRAL

homme; travaille toujours poui sa gloire et pour >,,., bonbeui : mai» redoute quand le roi t'embrasse au front en l'appelant son favori : ton protecteur <-si ombrageux, il renverse qui tend .-■ s'élever .. redoute surtout qu'il ne- se souvienne un , mr que tu es resté catholique, el que, dans un raprire de réforme, ta religion n'abatte ta tête

Page 1