‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1467 sur 1577 · SURREY, RICHMOND · texte numérisé non relu

SURREY, RICHMOND

stjrrey, virement it avec expansion, Henri ! cher duc! cher Henri! c'est eu ce moment que lu peux dire que je suis heureux ! oh ! «>ui, bien heureux! mais une seule Beur manque à la couronne de bonheur dont mon Iront est pare, une seule émotion a mon cœur ta présence dans le cortège du couronnement, près du tronc, | rès • le moi.

niCHHOHD.

Ma place est a la Tour de Londres, et non dans les splendeurs d'une fête... Mais passons. ..c'est la cuise de ce bonheur égal à l'ivresse que je veux connaître. Oh! parle, Henri, j'aime tant à te savoir joyeux, surtout quand je suis triste! cela inc console.

SURREY

Mon ami, un amour comme lésion, c'est la brûlante extase du cœur, c'est la vie du ciel! Mon Ricbmond, le roi sait que jxaime Géraldine, la noble fille de son fidèle duc Gérald, el il est content de. cet amour, et tout- a-t'heurc dans le palais de Whilt-Hall, en pleine salle du tronc, en présence de tous ceux qui m'aiment, en face de tous ceux qui m'envient... devant les noms les plus élevés et les plus fameux de Strafford, de Cantorbéry , le roi m'a appelé, et me présentant à la nouvelle reine : Voici, lui dit-il, le plus illustre poète de mon règne, et de tous mes gentilshommes celui qui m'est le plus cher. Notre confiance en son cœur et en son épée est grande et bien placée: bientôt, je l'espère, nous saurons le lui prouver. Km brasse- moi, comte de Surrey , je te décore de l'ordre de la Jarretière. Tous ont applaudi.. .Clinton seul a croisé les bras. Sur Dieu! j'en suis content: je le remerciede m'avoir épargné son hypocrite approbation... cl elle, Richmoud, ma Géraldine, doucement penchée sur la duchesse île Sulïolk, j'ai cru surprendre une larme qui tremblait a ses beaux cils! Oh! n'est-ce pas, n'est-ce pa>, ami, que je suis bien heureux?

I11CIIMOMD .

Comme lu mérites de l'être.

Sur cette réplique, l'espion traverse le fond du théâtre, avec une prudence mystérieuse, el dès qu'il aperçoit lord Surrey en entrelicu avec Unit Richuiond, il s'avance s.ms bruit, <i vase blottir, écoutant dans I. renfoncement de la petite porte de la I our : i! est presque entièrement ca< !"■ ju\ yeux du spectateur.

SIRRSY.

b'.t pourtant, je te le jure, Ricbmond, pai la

' s.iiule amitié qui im'uiiiI a loi ; si je suis recon -

naissant envers le loi Henri vill des brillantes laveurs et de l'affection qu'il me prodigue, destines dont il me décore; ce n'est pas, non, croismoi, parce que titres et faveurs me permettent de marcher l'égal des premiers du royaume el <ie faire résonner aussi hautque tous les autres lords mes éperons de chevalier sur les dalles du palais de Saint-James; non, mon ami, ce n'est point une pensée de vanité qui me domine, c'est une pensée de vengeance... Rappelle-toi, Ricbmond, ce jour à jamais fatal où le palais de Norfolk mremplit des soldais du roi; où mon père, si vaillant, si grand cœur, si riche de vertus, si dévoué à sa patrie, fut arraché à nos larmes et aux caresses de ma mère, et jeté sur la terre d'exil parce qu'il avait noblement refusé de trahit ses sermens de chrétien et de se faire apostat; rappelle-toi qu'il est mort... flétri comme un rebelle et un traître aux yeux de son pays! et quand je viens à songer que tous ces tristes evénemens qui m'ont brisé le cœur se sont accomplis par les persécutions et les calomnies d'un misérable courtisan, la honte de l'Angleterre, qui a fait de ma mère une veuve et de moi un orphelin! Oh! je poursuivrai dans Clinton une vengeance insatiable sans relâche ; nous sommes dans cette cour comme deux élémens contraires qui se combattront sans cesse; haine pour haine, douleur pour douleur! F.t si je me brise contre lui, Ricbmond , ma chute sera noble, mon devoir sera rempli.

RICHMOND

Oui, el pour t'aider dans cette noble tâche, ne te sers jamais de la feinte amitié de tous ces courtisans qui encensent le plus haut placé, et frappent du talon la colonne qui l'élève, appuietoi toujours sur mon affection et mon dévouement qui ne s'altéreront jamais. Henri, je ne veux pas l'alarmer, seulement le rendre prudent, mais, sache-le bien, ton esprit qui domine, tes titres qui éblouissent, ne te vaudront que des bravos ■ hypocrites el de traiireuses affections. SURRSY, avec énergie.

Par le sang de mon père! s'ils m'attaquent avec la langue, j'ai ma tète et ma plume pour leur répondre; et s'ils m'attaquent avec la main, j'ai mon bras et mon épée.

Pendant cesderniers mots, l'espion mti brusquement dp

l'endroit où il iiaii caché, et s'enfuit sans précaution pa/

la droite.

RICHMOND, se retournant.

On nous écoutait.

Que dis-tu? c'est impossible.

UlCilMOND.

Un homme était caché sous la porte de la Tour. [Remontant ta »cènë.) Tiens, regarde-le 1 suauRv .

Oui, il fuit en toute hâte.

RICUMOND.

Pourvu qu'il n'aii pas entendu nos Imprudentes paroles^

LORD SURREY

HUCT.

Eh bien! nous en répondrons devant tous.

C'est un espion de Clinton, sans doute.

SURREY

Après tout, que nous importe ?

RICHMOND

Je te l'avais bien dit, l'envie ne menace pas en face, elle espionne, elle rampe.

SORREY.

Alors je la foule aux pieds! et l'envie de qui donc, à bien prendre? l'envie de Clinton, comte de Lincoln, qui voudrait échanger les fleurons flétris de sa couronne contre les perles de comte de celle deFitz-Gérald ; Clinton, qui aime Géraldine, et qui la veut pour épouse... mais c'est une dérision!

RICHMOND

Henri VIII l'admet dans ses conseils intimes, il *s t le plus souple complaisant de ses plaisirs secrets .

SORREY.

Mais ce Clinton est entre les mains de Henri VIII un de ces instrumens qu'on casse d'un mot quand ils ne sont plus utiles. Mon père lui avait enlevé le commandement de la guerre d'Ecosse, parce que mon père était un loyal et valeureux gentilhomme digne de ce commandement, et que Clinton est un mauvais soldat ; je lui enlève le cœur d'une femme que son ambition tente à posséder, et il me hait; tant mieux! mais après lui, le plus vil de tous, je n'en vois pas d'autres.

RICHMOND

Henri VIII peut-être.

SURREY

Mais que dis-tu là, Richmond? le roi qui deux fois m'a rapproché de lui par ses alliances , car Jeanne Seymour est aussi ma parente par ma mère, le roi qui me traite comme un fils, le roi qui m'embrassait tout-à-Pheure!

RICHMOND

Il y a un mois, il embrassait Anne de Boulen.

sdrrey, avec tristesse.

Oui, tu as raison, et Anne de Boulen a descendu les marches de Whitt-Hall pour monter celles de la Tour de Londres. (Se découvrant avec tristesse.) Chrétien, je prie pour elle; poète, je célébrerai sa mort; Anglais, je la plains. Il va s'asseoir à droite, surpris par une mélancolique rêverie.

BiCBMOND , vivement avec une feinte gaieté.

EhJ quoi, mon pauvre Henri, mes noires prédictions ont altéré ta gaité ! le jour qui se lève est si sombre, ami, qu'on a toujours peurdulendemain ; mais non, rêve toujours une victorieuse destinée, ton étoile luira long-temps pour le bonheur de ta fiancée et la gloire de l'Angleterre. sorrey, toujours avec mélancolie, levant les yeux avec contemplation.

Celle de la reine morte lui était plus utile que la mienne, puisqu'elle reflétait ensemble et sa gloire et son bonheur... elle s'est pourtant bien vite obscurcie!

richmond, avec une feinte gaité.

Ton imagination est une folle qui te «ivre la

guerre; soutient» la, et écris ce soir l'annonce de notre visite au fantastique Cornélius Agrippa, qui seul a les secrerts de l'avenir, et nous aurons l'honneur d'aller consulter le mystérieux savant, le médecin de Tampereur Charles IV ; voyons, acceptes-tu le combat? d'elle ou de toi, nous verrons qui sera vainqueur.

sorrey, souriant.

Tu as raison, je suis un fou sans confiance en moi, sans force dans mon cœur... Eh bien, oui, j'y consens, demain, demain chezCornélius Agrippa nous ferons de la nécromancie.

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