CORNÉLIUS, SURREY
surrey, entrant, à Cornélius avec tendresse. Mon ami!
Cornélius, lui tendant la main.
Henri, mon enfant!
SURREY
Serai -je heureux? serai-je heureux longtemps ?
CORNÉLIUS
Prends pour règle ces deux mots : justice honneur! et tu le seras toujours.
Le duc de Norfolk, mon père, a gravé cette sainte devise sur la lame de son épée; et vous le savez, il lui est resté fidèle , car son épée est la plus pure de l'Angleterre.
CORNÉLIUS
Tu as hérité de cette épée , et nul peut-être n'héritera de ton génie; ton père était une des gloires de sa patrie, et tu es la gloire la plus enivrante de ton père. Eh quoi! tu viens me demander à moi de te prédire des jours heureux? mais cette prédiction est écrite au camp du drap d'or. Quand François Ier disait à Henri VIII: Mon cousin, je vous envie un aussi beau génie et
LORD SURREY
un aussi beau courage; et François Ier te désignait du doigt. Elle est écrite sur le sol de l'Italie, quand Florence, en chantant tes ballades, en récitant tes sonnets , disait à l'Angleterre : Nous avons eu Pétrarque, nous avons Arioste ; mais vous, vous avez Surrey. Elle est écrite encore sur les champs de bataille de l'Ecosse, quand le duc de Norfolk s'écriait: Voilà mon bien, mon fils! voilà bien mon sang ! dans ton passé est inscrit ton avenir, enfant... Quelle autre prédiction veux-tu maintenant?
SURREY
Pas d'autre, père, pas d'autre, ami. Vous avez raison; celles-là doivent suffire à ma fierté et calmer les troubles de ma confiance alarmée. Cornélius, avec douceur.
Eh ! de quoi ?
Oh! l'imagination est une fée qui m'enchante ou me désespère; elle colore d'une merveilleuse façon ou rembrunit de sombres couleurs toutes les phases saillantes de mon existence de poète et de soldat. Tenez, mon pèrel hier, dans cette imposante basilique de Westminster... au milieu des pompes du couronnement... de ces hymnes de divine harmonie... de ces flots d'encens qui m'embaumaient, ma prière catholique montait vers Dieu plus fervente que celle du prélat. La poésie avait pour moi des mots nouveaux, des inspirations inconnues ; elle versait tous ses trésors dans mon ame... obi j'étais heureux, j'étais ravi, j'étais au ciel!...
CORNÉLIUS
Enfant,... tout d'amour et de poésie.
SURREY
Oui, la poésie, l'amour, voilà mes croyances... voilà mon culte saint; pas un battement de mon cœur qui ne soit pour elles ; pas une pensée impure qui ait souillé ces sœurs chéries... elles m'enlacent de leurs bras, me caressent, m'enivrent des plus suaves et des plus délicieuses émotions; et si un jour en face du danger le triomphe manque à mon courage , elles du moins , oh ! mon père, elles ne me trahiront jamais!
CORNÉLIUS
Qu'elles soient bénies toutes deux... mon enfant, puisque l'une t'a fait illustre et que l'autre te fait bienheureux.
SURREY
L'amour de Géraldine , l'amitié de Henri VIII ont enfanté autour de moi l'envie et la haine; mais le duc Gèrald n'a qu'une affection, sa fille, qu'un désir, son bonheur, et ce bonheur est pour elle dans le titre de mon épouse.
Plusieurs coups à la porte du fond.
CORNÉLIUS
On frappe...
SURREY
Eh bien ! je suis en bonac compagnie, allez ouvrir.
CORNÉLIUS
Non, pas avant que tu ne soi» entré dans mon oratoire.
SURREY
Et pourquoi ?
CORNÉLIUS
C'est lord Clinton peut-êlre, et je voudrais éviter à vos regards de se rencontrer ici.
SURREY
Oui, vous avez raison.
On frappe encore*
Cornélius, remontant la scène.
A-t-il donc subi quelques disgrâces hier , qu'i' vient me consulter aujourd'hui?
surrey, remontant la scène.
Prédisez-lui que Géraldine le déteste.
Cornélius, souriant Et ce sera peut-être la peamière vérité annoncée par un magicien.
Surrey entre dans l'oratoire.
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