GÉRALDINE, SURREY
SURREY
Malheureuse! mais tu veux donc te perdre, dis? Mais s'il te savait ici, il viendrait t'y tuer!
CÊRALD1NE.
Ah! que me font à moi sa colère et sa vengeance, à cet homme? Je ne le crains plus.
SDRREY.
Dieu puissant, donne à mon amc assez de courage pour lui résister.
GÉRALDINE
N'implore pas Dieu, ce serait en vain , lu il m'écoutera mieux que toi. Ma mission est divine, c'est lui qui m'ordonne de venir te dire : Henri, tiens tes sermens.
SORREY.
Mes sermens 1
GÉRALDINE
Oui, tu m'as juré dévouement éternel! N'as-tu pas encore compris que, toi mort, je mourrais aussi? Allons, ne songe pas qu'aux dangers de tes amis, ils sont braves et résolus, pense aussi un instant, une minute à l'amour profond, immense de cette pauvre femme qui te crie avec toute l'énergie de son désespoir : Surrey, mon Henri , consens à donner le signal! Oh! je t'adjure! accepte la vie, mon ami ! je t'apporte la vie!
SURREY
Non, pour la dernière fois, en face d'une éternité de douleurs, je te résisterais.
GÉRALDINE
Eh bien! si tu dénies le dévouement de tes amis, l'amour de ton amante, rappelle-toi donc, iils ingrat, rappelle-toi que tu as une mère!
Ma mère! Oh! taisez-vous, mylady, par pitié, taisez-vous , craignez de réveiller en moi cette pensée! j'ai une mère qui ne vit que par moi, que pour moi... mais ne sais-tu donc pas que ma lutte continuelle, incessante, c'est de la tuer cett» pensée de désolation... J'ai une mère, une mèi qui m'adore. Oh! oui, tu as compris mon cœur un fils ne creuse pas la tombe de sa mère, il se dévoue à sa vieillesse, il se sacrifie pour elle : c'est un devoir saint et sacré.
GÉRALDINE
C'est le tien.
SURREY
Quel songe horrible, et dans quelques heures le réveil, dans quelques instans le voile noir sur ma tétç, le tranchant du glaive tourné vers mon
\isage.
LORD SURREY
GÉ1ULDIKK.
.Désespoir... désespoir !
SURRET.
Et que leur ai-je fait? J'ai servi mon roi comme j'ai servi mon Dieu! j'ai été fidèle à tous messerinens, et ils vont me déshonorer à la face de mon pays ! les cruels! Pourquoi m'ont-ils élevé si haut pour me tuer ensuite aussi lâchement? C'est affreux, vois-tu, de mourir quand on est aimé comme je le suis, mourir à dix-neuf ans, riche de gloire et d'avenir! Et pourtant ce n'est pas la mort elle-même qui m'épouvante, oh! non; mais c'est de voir autour de soi, au-dessus de soi, dans les rues, aux fenêtres, partout, une populace immense, insatiable, qui s'agite, se presse, se heurte dans tous les sens : C'est lui! le voilà! qu'il est jeunel et puis on n'entend plus qu'un silence qui fait deviner celui du tombeau. Et on marche, on marche si lentement! maison arrive si vite ! Ah !déjà! déjà ! l'échafaud ! On y monte... ici le confesseur, là, cet homme aux mains rouges... On s'agenouille, on prie, et puis... et puis... Ah! c'est affreux ! c'est affreux !
Il tombe sur uu fauteuil en poussant un cri tle'chirant.
Géraldine, L genoux prés du siège de Henri et sanglotant.
Miséricorde! miséricorde!...
SURREY
Et quand je viens à penser qu'il existe un homme si puissant parmi tous, devant lequel toii3 les regards s'abaissent, toutes les volontés sont brisées, un homme qui, de son caprice, a pouvoir de jouer avec la vie de tout un peuple, un homme oui m'a fait marcher un des premiers après lui, qui m'a nommé son enfant et qu'il peut tout cet homme, car il puet m'accorder ma grâce... Oh! oui, oui... approche de ta table d'or, Henri VIII, réunis les cinq lettres de ton nom, ne creuse pas deux tombes à la fois, celle du fils et celle de la mère, car je ne t'ai rien fait, moi, tu ne peux m'en vouloir... Henri... Henri... pitié ! pitiél (Revenant à /;<£.) Mais je suis en démence, mon Dieu, <:ar j'oublie que le cœur de Henri VIII n'a jamais su pardonner, même à un innocent!
GÉRALDINE
Henri... au nom de ta mère, de ta conscience, ia;sse-toi fléchir... grâce, grâce pour elle... gra.ee pour toi !
surrey, après un silence.
Plus de lutte, elle affaiblit mon courage, et plus le temps marche, plus j'ai besoin de le conserver. (Tirant de son pourpoint un collier d'or.) Tiens, prends ce collier, c'est un glorieux insigne: c'est celui que, mon père suspendit sur ma poitrine le jour de ma victoire de Flodden ; que ma mère le garde comme une sainte relique en mémoire de son fils , qu'elle le porte toujours et Qu'elle prie pour moi ; et maintenant, adieu, adieu !
GERALDINE
Déjà! oh! déjà! Henri, oh! Henri!...
Elle se traîne à ses pieds.
SDRR-EY.
Oh! là, sur mon cœur. (L'embrassant.) A toi ce dernier élan de mon ame , à ma mère ma dernière pensée!... Adieu! adieu!
Il sort virement.
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