‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1522 sur 1577 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, CAMARZAMOUR.

CAMARZ AMOUR, frappant sur l'épaule de Fariboussoul. Qu'est-ce que vous laites là?

fariboussoul. Oh ! c'est elle !

CAMARZAMOUR. Ah ! c'est comme ça que vous vous dérobez en tapinois ! délaisser la couche conjugale sans un seul baiser d'adieu!

fariboussoul. J'ai voulu respecter votre sommeil !

camarzamour. C'est bien, je ne vous en veux pas, mon cher Fariboussoul ; au contraire, mon bon petit mari!... (Elle le câline.)

fariboussoul. A la bonne heure!... (À part.) Elle ne le prend pas souvent sur ce ton -là !

camarzamour. Venir à la foire de Bassora, où abondent les plus belles marchandises pour ménager quelque jolie surprise à votre petite femme, c'est bien, ça, c'est très-bien!

fariboussoul. Hein ?

camarzamour. Où est le cadeau que vous

m'avez acheté? Est-ce une bague de turquoise ou une mousseline à fleurs d'or?

Fariboussoul. Excusez !

CAMARZAMOUR. .Montrez vile, mon bon ami, je meurs d'impatience.

FARIBOUSSOUL. Vous le montrer ? ça ne sera pas long.

CAMARZAMOUR. , Eh bien! rien dans les mains?

fariboussoul, Ni dans les poches.

CAMARZAMOUR. Et que sont donc devenus, mon amour, les cinquante sequins que je vous ai vu prendre dans le tiroir?

FARIBOUSSOUL. Oh! (A part.) Elle ne dormait que d'un œil.

CAMARZAMOUR. Vous vous taisez... Ah!

le monstre! il les aura dépensés pour quelque autre belle... Peut-être même aura-t-il ■ acheté quelque esclave blanche, noire ou jaune.. . Ah ! si je le savais ! (Elle le menace de ses ongles.)

fariboussoul. Eh! non, ma bonne... Farucknaz, que voici, te dira comment les choses >,c sont passées.

camarzamour. Ah! vous êtes là, voisine!

FARUCKNAZ. Ma chère voisine, ce pauvre garçon a été victime de son zèle à défendre son frère de lait.

camarzamour. Hassan? tiens, qu'est-ce qu'il fait là ?

fariroussoi l. J'ai voulu plaider sa cause auprès du cadi, et le cadi m'a condamné à cinquante coups de bâton sur la plante des pieds.

camarzamour C'est bien fait; de quoi vous mèliez-vous?

fariboussoul. Et alors les gens de justice ayant estimé ma peau cinquante sequins...

camarzamour. C'est bien cher!

fariboussoul. Vous trouvez?

camarzamour. Moi qui vous connais!... lâche que vous êtes, vous avez tout payé plu: t que de souffrir un peu par amour pour moi !. ..

fariboussoul. Vous en parlez bien à votre aise.

camarzamour, montrant Hassan. Ça vous apprendra du reste à fréquenter des gens comme ceux-là !

FARUCENAZ. Voisine !

amina. De grâce !

fariboussoul. Camarzamour !

LE SAC A

camarzamour. Eh ! on ne sait ni d'où ils viennent, ni qui ils sont.

fariboussoul. Ah! ma chère amie, halte-là. . .

CAMARZAMOUR. Tu dis...

fariroussoul. Je dis : Halte-là, ou nous nous fâcherons ; tant 'qu'il ne s'agit que de moi, je vous laisse crier, gronder, tempêter toute la -journée, mais si vous l'attaquez , lui...

CAMARZAMOUR, lui donnant un soufflet.

Voilà pour t'apprendre à me manquer de respect.

fariboussoul. Mais chère amie...

camarzamour. Assez, taisez-vous, et donnez-moi le bras.

fariboussoul. Puisque vous reconnaissez vos torts, je vous pardonne.

camarzamour. Je veux me promener au milieu des boutiques... Par Mahomet! si je n'ai que le plaisir de la vue . au moins procurez-le-moi, puisque c'est votre seul cadeau. (Elle lui prend le bras.)

fariboussoul. Adieu, Hassan.

camarzamour. Allons, marchez devant et vivement. (Elle l'entraîne. )

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