SCENE PREMIERE
miscot. Voilà un triste temps poui .
de La pluie 1 1 toujours d< U pluii Pai bonheur que nous avons une suspension d ... de vingt-quatre heures. Allons, allons, il fera beau temps demain au point du jour, et le soleil luira pour les braves... n'est-ce pas, mou officier?...
l'OFFICU B hongrois. Qu'il se lève radieux ou non, peu m'importe, je n'en serai pas moins prisonnier.
ii tambour. Consolez-vous, les armes sont journalières : vaincus hier, nous pouvez être victorieux demain.
l'officier HONGROIS. C'est ce diable de demain qui n'arrive jamais. Beaulieu nous l'a promis dix fois; j'espérais quelque chose du vieux Wurmser: mais, bah! et voilà maintenant Alvinzi qui nous tient le même langage, je n'y crois plus.
le TAMBOUR. Encore une bataille comme la dernière, et je ne sais pas, ma foi ! si nous ne serons pas plus embarrassés que vous.
l'officili; hongrois. On dit que nos troupes se sont bien montrées à Caldiéro.
Bonaparte s'avance incognito vers le bivouac, en examinant la position de l'ennemi.
miscot. Pas mal, pas mal1 Vos Hongrois ont surtout bien défendu les bonnes redoutes qui les couvraient. Cette journée nous a coûté cher.
l'officier hongrois. Vous croyez donc que cela pourra bien tourner pour nous?
miscot. Hum!... Ah ça! dites donc, vous autres, est-ce que nous n'allons pas assembler notre petit conseil et juger nos généraux?
l'officier hongrois. Juger,vos généraux !
Bonaparte, s" avançant. Écoutons; je ne serais pas fâché de connaître leur opinion.
miscot. Oui, c'est notre habitude après chaque affaire, nous donnons et ôtons les grades; Ronaparte lui-même a passé devant nous. Caporal à Lodi, nous l'avons fait sergent à Castiglione.
l'officier hongrois. Voilà qui est curieux, sur mon honneur;' si nos soldats en agissaient ainsi dans l'armée autrichienne!
miscot. Vous ne seriez pas aussi souvent frottés , n'est-ce pas?
le tambour. H me semble que nous ne sommes guère en train aujourd'hui.
miscot. Pourquoi donc? le combat de Caldiéro n'est qu'une partie nulle, nous avons eu la première manche à la bataille de la Rrenta...
le tambour. Pauvre manche! Si la seconde ne vaut pas mieux , nous aurons un habit diablement déguenillé.
miscot. Je conviens que l'uniforme n'est pas brillant, mais patience! comme disent les Italiens... Voyons, appelle les noms.
LE TAMBOUR. M asséna !
miscot. Celui-là s'est bien montré, comme d'habitude.
le tambour. Vaubois!
miscot. Il a perdu du monde ; mais ce n'est pas sa faute. On dit cependant que Ronaparte a grondé sa division, quia demandé,
L HOMME DU SIECLE
pour toute réponse , à marcher à l'avantgarde.
le tambour. Il gronde souvent, le petit caporal, et si on le grondait, lui!
miscot. Hé ! hé ! il l'a peut-être un peu mérité hier.
Bonaparte , s'avançant encore. Vraiment ! Je suis curieux de savoir...
miscot. Le petit caporal! je suis pincé!
le tambour. Voulez-vous vous asseoir, mon officier?
Bonaparte. Volontiers. (Il prend place au bicouac.) Voilà une froide nuit. Eh bien ! camarades , que disions-nous?
le tambour. Nous disions, mon officier, que le petit caporal a fait hier des brioches.
Bonaparte. Oui-dà ! et qui disait cela?
le tambour. Le vieux Miscot, et il doit s'y connaître, il a fait toutes les campagnes de la révolution.
miscot , à part. Ces diables de conscrits commettent toujours des inconséquences; en voilà un qui est assez en retard pour ne pas avoir reconnu le général en chef.
Bonaparte. Ah! c'est donc toi, vieux grognard , qui trouves que Bonaparte...
miscot , embarrassé. Oui, je l'ai dit.
Bonaparte. Et comment pourrais-tu prouver?...
miscot. Écoutez donc, la pluie avait tellement détrempé les terres que notre artillerie n'a pu servir... Ensuite de çà , l'ennemi était retranché , nous n'étions pas en nombre , et de plus fatigués par des marches forcées... Mon avis est qu'il fallait attendre du renfort ou le beau temps.
le tambour. Desrenfortsoudu beau temps !
je suis aussi de cet avis. Ah çà ! conserveronsnous à Bonaparte ses galons de sergent?
miscot, à Bonaparte. A vous la parole, mon officier.
Bonaparte. Hum!... toutes réflexions faites, je lui laisserais ses galons, mais à condition qu'il les gagne deux fois demain."
miscot. Bien jugé !
tous les soldats. Oui, oui , bien jugé.
le tambour. Oh! oh! bien jugé! comme vous êtes indulgensl... Je ne connais pas comme vous Bonaparte, puisque j'arrive à peine du dépôt de Nice, mais il me sembte que le gaillard fait plus de bruit que de besogne... Savez-vous que cette maudite affaire d'aujourd'hui...
Bonaparte. Vous pensez tous que cela va mal , n'est-il pas vrai ? Je suis assez de votre avis; et vous, monsieur l'officier hongrois^ que dites-vous de tout cela ?
l'officier hongrois Que diable voulezvous que je dise? on ne sait jamais que penser avec votre Bonaparte , nous n'y comprenons plus rien.
miscot, aux soldats. C'est fameux ! c'est à lui qu'il parle.
l'officier hongrois. Il est tantôt devant nous, tantôt sur notre queue, tantôt sur nos flancs, on ne sais jamais comment il faut se placer. Sa manière de faire la guerre est insupportable, elle viole tous les usages, toutes les règles , et , au moment où l'on croit le tenir , c'est lui vous tient.
Bonaparte, se levant. Soldats! vous l'entendez; l'ennemi lui-même, au milieu de ses succès, est frappé de vertiges; il nous craint, profitons de son trouble, attaquonsle; plus nombreux que nous, abandonnonslui la plaine; portons le champ de bataille sur des chaussées où le nombre ne pourra rien contre le courage. Rappelez-vous vos victoires passées, elles sont un heureux présage pour l'avenir.
tous. En avant! Vive le petit caporal !
ronaparte. Je retrouve toujours mes soldats.
Les tambours battent la diane, les troupes prennent les armes.