‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 161 sur 1577 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Précédens , JUNOT.

junot. Son Eminence le cardinal Busca attend les ordres du général en chef.

Bonaparte. Mes ordres! je n'en ai pointa donnera un prince de l'église; qu'il entre sans tarder , ou j'irai au-devant de lui.

iCii^il.

Les Précédens , le Cardinal BUSCA , le Prince de BELMONTE , L'ENVOYÉ de

Sardaigne , etc.

, eonaparte. Je dois des excuses à Votre Eminence... Messieurs, je suis tout prêt à vous entendre ; mais pardon, avant de m'occupersde vos affaires , je vous demanderai la permission de m'inquiéter des miennes...

Messieurs, vous n'êtes pas de trop... Ditesmoi un peu, Bugnet, dans quel état se trouve ma fortune?

bugnet. Général , la caisse de l'armée vous doit un peu plus de 100,000 fr.

Bonaparte. Et toi , Junot , fais-moi part de la situation de ma caisse particulière.

JUNOT. Il ne vousreste guère que 25,000 fr.; le surplus de l'argent que vous m'avez confié a été employé, selon vos ordres, à donner quelques secours à des officiers blessés ou démontés.

Bonaparte. Ainsi donc, je suis à la tête de 125,000 fr. Messieurs, c'est toute ma fortune: en supposant que le Directoire me laisse encore un an ou deux à la tête de l'armée française , je quitterai l'Italie conquise et pacifiée avec environ 12 ou 1 5, 000 livres de rentes.

bugnet. Vous serez le plus pauvre général de la république.

Bonaparte. Et vous , monsieur l'intéressé, qui avez eu tant de millions en maniement , que possédez- vous?

bugnet. Ma place , mon général , et mon honneur.

Bonaparte. C'est la gloire d'un comptable... c'est assez pour vous; mais je dois me montrer pour mes amis plus exigeant qu'ils ne se montrent eux-mêmes. Junot, vous verrez demain les fournisseurs de l'armée, et vousleursignifierezde nia part qu'il fautqu'ils s'arrangent entre eux pour faire au payeur général une gratification de 100,000 francs.

bugnet. Mais, généial , je ne puis.

Bonaparte. Ici cbacun doit m'obéir. (Aws envoyés.) Messieurs, parlons de vos affaires maintenant, et parlons-en aussi librement que nous avons parlé des nôtres.

Monsieur l'envoyé de Venise, voire république m'offre sept millions; il m'est impossible île les accepter, car il faudrait pour cela respecter le territoire de vos états de terre ferme, ce que je ne puis ni ne veux promettre^ moinsquel'Autricbene prennele même engagement. Cependant, pour prix de vos offres généreuses, je veux vous donner un conseil dont vous ferez bien de profiter. Le lion de Saint-Marc se fait vieux; il n'a plus

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uj i.k f . u'essayt / dooi pas de lui faire peusl'inuliles rugissemens; qu'il conliaue à i>rmir, mais qu'il dorme poui tous... ?ous m'en tendez.

Monsieur le commandeur d'Est, la république .m cepte les quatre millions que lui offre le duc de Modène; vous \ joindrez quelaues tableaux de vus grands maîtres. Paris oil être la capitale des arts el de la gloire.

Monsieur I envoyé de Sardaigne, je n'ai rien à vous dire, voire maître a laissé passer l'heure de la démence.

Monsieur le prince Bel mon te, si demain au coucher du soleil la division de cavalerie napolitaine n'a point quitté l'armée autrichienne, vous pouvez annoncer à votre roi qu'avant deux mois la maison de Bourbon aura cessé de régner sur Naples.

Quant à vous cl à votre cour, monsieur le cardinal Busca... je devrais vous rendre tous responsables du sang que vous m'avez forcé à répandre. Croyez-vous que les millions, les diamans et les tableaux précieux que je vous ai arrachéssuffisentà l'expiation d'aussigrands crimes? .Non. Eminence, il faut que le pape, <|ni a abusé de sa puissance temporelle, voie une partie de cille puissance lui échapper. La ville et le territoire d'Avignon .appartiendront désormais à la France. Les légations de Pologne , de r'errare et de la Homagne accroîtront le territoire de la république transpadane; vous rétablirez à Rome l'école française des arts.

LE cardinal. Rome obéira , général ; mais, de grâce, n'exigez pas davantage.

bohaparte. Ti ouvez-vous que ce soit trop! Eh bien! je veux accorder en même temps que je retire; vous pouvez personnellement, monsieur le cardinal, obtenir une récompense à laquelle vous devez attacher un grand prix... je puis disposer pour vous d'une couronne.

LE cardinal. Une couronne! et laquelle?

Bonaparte. Celle du martyre!., tremblez de la mériter.

Bonaparte se retire ; le cardinal et les envoye's demeurent

consternes.

FIN DU DEUXIÈME TABLEAU

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TROISIÈME TABLEAU

Passage du pont d'Aroole.

Le théâtre représente le* bords de l'Adige et le pont d'Aréole, de* marais et une chausiée. \I'\KTE.

ONOF1 ICI Kl'. HONGROIS.

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