MISCOT, UN SOLDAT, IOUSSOUF
Des soldats français fument à côté d'habitans turcs; des femmes, couvertes de leurs voiles et suivies d'esclaves, traversent la place pour se rendre au bain.
mjscot. Je n'ai pu encore parvenir à savoir de quelle couleur sont les yeux des femmes.
u.\ soldat. Tels sont les usages musulmans.
miscot. Chien d'usage ! ils sont tous contre
ux soldat. Fais-toi turc!
miscot. Pourquoi pas : le général Menou a déjà pris le turban ; je ne vois pas ce qui empêcherait un grenadier de suivre l'exemple d'un général de division.
un soldat. Avec cela qu'avec ta paie tu pourrais avoir des femmes , des esclaves et des chevaux.
miscot. C'est juste... Parlez-moi de la France! Les femmes sourient au plus aimable , et le raisin mûrit pour tout le monde.
ioussouF. Eh quoi! soldat franc, serait-il vrai que dans le pays où lu reçus le jour , les femmes marchent à visage découvert, et se promènent libres au milieu des hommes?
miscot. Elles rient, elles chantent, elles dansent avec qui bon leur semble.
ioussouf. Et les maris , que disent-ils?
miscot. Rien.
ioussouf. Giaour, tu veux, selon l'hu-
meur de ta nation , te divertir aux dépens d'un étranger ; l'autre jour lu me racontais que lu avais vu , dans le Frai^iskan , des escadrons entiers courir sur 1<^ fleuves, sans que le poil du pied des chevaux fût seulement mouillé ! et aujourd'hui, tu viens me dire que les femmes sont libres! De par Mahomet ! ton pays est celui des merveilles ou celui des menteurs !
miscot. Je te jure , sur ma foi...
ux soldat. A quoi bon? Un Arahe qui ne connaît que le kangiar, le cordon, les eunuques et les sables du désert, ne pourra jamais croire à la glace de nos hivers et à la sagesse de nos femmes.
miscot. Quant à ce dernier article, il y a
bien des Français qui sont Turcs mais
c'est égal, vivent les Françaises! il n'y a que ça de bon... Allons! voilà encore ces diables de mamamoiichy qui viennent faire leurs salamalecks. Camarades, retirons -nous; nos généraux nous ont expressément ordonné de respecter la religion des naturels du pays; les gaillards ne badinent pas avec leurs faquirs, et il ne faudrait pas dix paroles légères pour faire briller mille poignards. Allons, allons, venez.
Les soldats se retirent.