SCENE VII
LesPrécêdens, LE CAPITAINE , LE COM JTE .
napoléon, au comte. Bonjour, monsieur; eh bien ! quand nous quittez-vous?
le comte. Sire...
napoléon. Capitaine Adam , je ne vous ferai pas la même question : je sais que vous et votre équipage avez besoin de repos.
le capitaine. Sire , je compte cependant mettre à la voile sous deux jours; je vais en Grèce.
napoléon, au comte. Voilà une superbe occasion pour vous , monsieur, vous qui aimez les beaux sites et qui écrivez.
le comte. Désespéré! mais je ne puis profiter... cette lettre de mon gouvernement, que je viens de recevoir à l'instant...
napoléon. Eh ! mais , d'après cela , je puis vous regarder comme une espèce d'ambassadeur au petit pied. Eh bien ! monsieur, qu'avez-vous à me dire ?
le comte. Sa Majesté le roi de France et
de Navarre désire que votre petite armée soit licenciée.
napoléon. Et, pour me forcer à exécuter ce désir d'une manière digne d'elle, je parie que ma pension est supprimée.
le comte. Il est vrai que les embarras de l'état forceront de suspendre jusqu'à nouvel ordre... mais Votre Majesté peut réclamer.
napoléon. C'estbien mon intention. Drouot, vous aviez raison , voici l'éclair qui précède la foudre ; mais je ne l'attendrai pas immobile... Cambronne, faites battre le rappel, que tous mes soldats prennent les armes.
Cambronne sort.
drouot. Sire , vous nous sauvez tous !
le comte. Sire , qu'allez-vous faire?
napoléon. Ce qu'exigent mon honneur, ma sûreté, ma gloire!
le comte. Vous ne pensez pas à marcher presque seul à la conquête d'un empire de trente millions d'habitans.
napoléon. Seul! dites-vous, monsieur, et comptez-vous pour rien mes filles immortelles! Marengo , Austerlitz , Iéna , Wagram et Monîmirail marcheront devant moi ; elles me couvriront de leurs lauriers , elles me rendront sacré pour tout bon Français.
le comte. Sire, permettez-moi d'écrire à ma cour , je suis certain que le roi vous rendra justice.
napoléon. Non , monsieur , il faut que je traite personnellement avec Louis XVIII : dans vingt jours je serai aux Tuileries , et, s'il veut m'attendre , je lui prouverai qu'un Empereur électif peut se montrer plus généreux qu'un roi légitime.
On entend les tambours.