SCENE VI
Les Précédées , DROUOT.
napoléon. Quoi ! déjà de retour! Eh bien ! quelles nouvelles?
drouot. Sire, la guerre est déclarée, le roi de Naples a pris les armes et a envahi les légations.
napoléon. L'imprudent ! il nous perd.
drouot. J'ai tout tenté pour faire changer ses desseins; il a été inébranlable. J'ai contribué à la chute de l'Empereur, m'a-t-il dit, je veux lui ramener la fortune.
napoléon. L'insensé ! ne sachant faire rien à propos , ni la paix , ni la guerre.
drouot. Sire, il faut l'excuser, j'ai vu de mes propres yeux les preuves de la mauvaise foi de la Sainte-Alliance. On veut détrôner Mural et confiner Votre Majesté à Sainte- Hélène.
napoléon. Ah ! il commence à trembler pour lui. Croyait-il donc se sauver sans moi?
L HOMME DU SIECLE
Comme Bernadotte, il n'a pas conspiré avec Moreau et tramé ma ruine à Leipsick. Quant à moi , je demeurerai ici ; malheur à mes ennemis , s'ils osent relancer le lion dans le dernier refuge qui lui reste ! mais je ne veux pas rompre le premier les traités que j'ai consentis.
drouot. Que dites- vous, sire? Voulez-vous attendre sans défense les coups qui doivent vous frapper? Songez-vous que deux frégates anglaises peuvent bloquer l'île, et que six mille hommes de débarquement suffiraient pour nous faire prisonniers ?
napoléon. Croyez-vous, général?...
drouot. Au nom de vos amis, sire!
napoléon. Pas un mot de plus. Voyons maintenant le travail.
drouot. Voici les journaux de France...
Quelle bassesse ! quel déchaînement !
Il rejette les papiers.
napoléon. Lisez toujours , général ; à travers les enflures , les flagorneries et les diatribes , les faits restent les mêmes , et c'est l'important. Dire que j'ai été un despote, un tyran , ce n'est pas nier que j'ai été l'Empereur élu du peuple. Dire que les Bourbons sont des princes vertueux et légitimes , ce n'est pas nier davantage que la nation ne veut pas de leur gouvernement. Aux injures près, je m'entends très-bien avec mes amis.
drouot. Sire, craignez la perfidie des souverains.
napoléon. J'ai traité de bonne foi, j'ai cédé beaucoup trop peut-être ; mais si l'on exigeait davantage, je pourrais jeter mon épée dans la balance.
un officier. Le capitaine Adam et le comte de Saint- Vallier demandent à présenter leurs respects à Votre Majesté.
napoléon. Us prennent mal leur temps :
cependant qu'ils entrent... dans ce moment je dois tout écouter, tout voir.