‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 232 sur 1577 · URGANDE · texte numérisé non relu

URGANDE

Air du Barbier de Séville.

De la pauvre Dulcinée, Si l'on veut finir lçs maux, Sur elle la destinée Se prononce en peu de mots.

Que Sancho se distribue, Dans un lieu sûr et bien discret, D'un bon bras sur la chair nue, Trois mille et trois cents coups de foue*.

sancho. Merci, je n'en suis pas.

Bon et brave éeuyer, pM de murmure,

V(.us rendrez sa lorwe si pare

Au chef-d'œuvre «le la nature Pour quelques pauvres coups de fouet.

Voyez, Saneho, cotte bart>e est affreuse,

La-bas votre maître e.-.t dans la douleur. Frappes, frappez, d'une main généreuse,.

Car iliaque couples conduit au bonheur Oui, oui, d'un fouet de poste, Cet éeuyer, l'honneur de tous,

,,, fidèle ■ son poste, Trois mille coups! et trois cents coups I [Ter.)

NCHO, la contrefaisant. Trois mille coups ! et trois cents coups ! et trois cents coups! elle répète ça pendant une heure... madame la fée, c'est comme si vous chantiez!...

d. Quichotte. Comment! pour rendre à madame Dulcinée son incomparable beauté, il ne faut que ça !

SANCHO. Que ça?... trois mille et trois' cents coups de fouet à nu... bien obligé !.. . Si vous ne trouvez pas de meilleur moyen de raser madame Dulcinée, elle pourra bien mourir avec sa barbe... Je trouve d'ailleurs que ça lui va très- bien.

d. Quichotte. Silence, maraud!... Si vous ne voulez pas vous donner les trois mille et trois cents coups de fouet, je vous en donnerais six mille, et si bien appliqués qu'il vous en cuira toute votre vie.

une. an de. Cela ne peut être ainsi... les coups de fouet doivent être volontaires, et non forcés.

qi itterie-duïclnée, pleurant. Saneho, c'est bien peu de chose; voyez dans quel état je suis...

sancho. Qu'est-cequeça me fait à moi?. .. ça regarde mon maître; qu'il se fouette, lui. LA duchesse. Ami Saneho, si ce n'est pour madame Dulcinée, au moins que ce soit pour votre maître... acceptez les conditions que vous fait la fée Lrgande. .. d'ailleurs, je sais, moi, que le seigneur don Quichotte vous a promis le gouvernement d'une île ; je vous le donne dans mes états , mais à condition que vous désenchanterez madame Dulcinée.

sancho. Madame la duchesse, vous me dorez la pilule; un gouvernement est peut-être une bonne chose, je n'en ai pas tàté; mais les coups de fouet, je sais ce que c'est. Je demande quelques jours pour me décider.

BAZILE. C'est impossible! il faut qu'en cet instant, en ce lieu même, l'affaire soit convenue.

sancho. Je refuse, alors.

la duchesse. Consentez, Sancho, et vous aurez dès aujourd'hui le gouvernement de votre île.

SANCHO. F.M-re qu'on ne pourrait pas me passer la chose pour une centaine de coups? BAZILE. I><' destin a prononce... Oui, ou non?

SANCHO* Efa bien, oui... j'accepte les deux mille deux cents coups de fouet.

BAZILE. Trois mille.

sancho. (Test bien... Il a toujours peur qu'on en oublie... J'accepte, mais à condition que je me les donnerai quand je voudrai.

la duchesse. Ami Sancho, vous êtes gouverneur.

SANCHO. Mais il faut que je fasse Bavoir ça à Thérèse Pança, ma femme.

LA duchesse. Je lui enverrai un de mes pages.

d. Quichotte. Viens dans mes bras, ami Sancho... tu me rends au bonheur.

sancho. Il m'en cuira de votre bonheur; car enfin, entre nous... à votre âge, qu'estce que ra vous fait qu'elle soit rasée on barbue? c'est toujours la même chose, elle \ous va aussi bien comme ça.

D. Quichotte. Ne parle pis ainsi, Sanrho, et si tu avais pour moi l'amité d'un bon serviteur pour son maître, iu te retirerais dans un coin de cette forêt, et tu commencerais tout de suite... Quand tu ne te donnerais qu'une centaine de coups, ce serait toujours autant de gagné.

SANCHO. Ah ça, mais vous êtes enragé!

Comment voulez-vous que je quitte la so» iélé pour me fouetter? il y a temps pour tout.

la duchesse. J'invite le seigneur don Quichotte et son fidèle éeuyer à me suivre à mon château.

bazile. Et moi, je vais enfermer madame Dulcinée dans la caverne de .Montézinos, et elle y restera jusqu'à ce que Sancho se soit donné les trois mille trois cents coups de fouet convenus.

choeur.

Air U'Auila.

Bientôt madame Dulcinée Verra finit tousses tourments.

Du bon Saïu'ho la destinés Est d'avoir tous les dévoumenls.

DON QUICHOTTE, a Sauclio.

Je te connaît très -honnête liomm*», Tu payeras sans nerdie de temps.

SANCHO, (1 I' -tri.

Trois mille coups! peste, quelle somme !

Je m'en donn'iai deux ou tiui» tous les ans!

H EPRISE DU CHOEUR.

Sortie générale.

îjON QUICHOTTE ET SANC1TO PANÇA;

Septième tableau.

Le théâtre change et représente le village qu'habitent don Quichotte et Sancho Pança, la maison de Sancho au fond du théâtre. Un petit treillage sous lequel Thérèse et Fanchette viennent travailler.

THÉRÈSE PANÇA, SANCHETTE , sa fille, sortent de la maison.

Thérèse file, Sanchette tricotte.

ENSEMBLE

Air. : Grâce à toi, ma tceur bien chère. (Sainte- Catherine.

Il faut nous mettre à l'ouvrage,

Jamais de fête pour nous.

Patience et bon courage, Puis viendront des juins plus doux.

Thérèse. Nous ne risquons rien de travailler, va, ma pauvre fille. H y a trois mois que ton père est parti, et il ne nous a pas encore envoyé un maravédis... tout ça n'avance pas ton mariage avec Péblo le chevrier.

sanchette. Ecoutez donc, ma mère, les gouvernements ne viennent pas comme ça.

Thérèse. Les gouvernements... tu comptes encore là-dessus, toi !... Si, eu attendant, il nous faisait au moins passer ses gages... D'ailleurs qu'est-ce qui cr.it à toutes ces belles liistoires dans le village? personne que toi! Cette petite fille est d'une niaiserie ! Sancho avait bien raison de dire que c'était tout son portrait, et cette enfant- là prouve que j'ai toujours été honnête femme... Tiens, voilà monsieur le bachelier et la nièce du seigneur don Quichotte. .. grand fou! qui m'a pris mon mari sans me rien donner pour ça... je le lui aurais cédé pour pas cher, mais pour rien c'est trop peu.

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Les Mêmes, LE BACHELIER, NICETTA.

Thérèse, allant à eux. Eh bien! quelle

nouvelle ayez-vous de nos conteurs?

le BACHELIER. Aucune encore, monsieur; le docteur qui les a son is dais l'espoir de les ramener, ne m'a point encore écrit.

nicetta. Je suis dans une inquiétude mortelle pour ce pauvre oncle.

Thérèse. Je ne sois pas méchante, niais je ne la plains guère ; c'est lui qui a débauché mon homme.

nicetta. Soyez sans inquiétude, madame Pança; quand ils reviendront, ce qui ne tardera pas, j'espère, nous payerons à Sancho tout le temps qu'i aura perdu.

Thérèse. A la bonne heure, voilà ce qu'il y aura de plus clair dans toutes les belles promesses qu'on lui a faites.

sanchette. J'aimerais bien mieux que papa ait un gouvernement.

Thérèse. Laisse-moi donc! je donnerais de suite ce gouvernement-là pour une aune de boudin.

un paysan, arrivant. Eh! dites donc, la Pança!...

Thérèse. Eh ben ?

le paysan. Vlà du nouveau qui vous arrive.

Thérèse. G'est-y mon homme ?

le paysan. Non, c'est un petit bouffi tout frisé, tout galonné, qui vous demande; tenez, le v'à !

le bachelier. A ce costume on reconnaît un page de quelque grande maison... Je crois que tout le village est avec lui.

le paysan. Vlà ce que c'est; les chiens ont couru après le cheval, les enfants après les chiens, les mères après leurs enfants et les maris après leurs femmes; vous comprenez, les femmes, les enfants, les chiens et les maris, ça fait le village au complet.

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