SCÈNE II
JULIENNE, puis JOSSELIN et FLOUMANN.
JULIENNE
Oh ! oui, c'est lui... je le reconnais... il a un si joli coup de fouet... Ça me frappe toujours... Quel joli cavalier ça fait!
(Regardant au dehors. — Une chaise de poste paraît, Josselin est en selle.)
FLOUMANN.
Où sommes-nous, postillon?
JOSSEUX, descendant de cheval.
A Concarneau, mon prince!.. Et v'Ià Tauberge.
FLOUMANN.
Celle de ce Jobardek, dont tu m'as parlé ? Est-elle bonne ? est-ce la meilleure ?
JOSSELIN
Elle y est bien forcée... y en a pas d'autres dans l'endroit.
FLOUMANN, descendant.
Elle mérite la préférence... Va remiser ma chaise.
JOSSELIN
Julienne, je te dirai bonjour tout-à-1'heure.
(Josselin détèle les chevaux à l'entrée de la coulisse, de sorte qu'il ne disparaît pas tout-à-fait.)
FLOUMANN.
Ah! mille wagons... voilà une jolie fille !.. (Il la regarde avec son lorgnon.) Bonjour, ma belle enfant.
JULIENNE
Votre servante, Monsieur.
FLOUMANN.
Si vous étiez ma servante, je vousdirais : Sersmoi une Julienne !
JULIENNE
Vous y avez la'main... je suis la fille de l'aubergiste.
FLOUMANN.
Du respectable Jobardek?
JULIENNE, étonnée.
Vous connaissez mon père!..
FLOUMANN.
Beaucoup!.. (A part.) Le postillon est très bavard... Il paraît que c'est le crésus de l'endroit!.. Cinquante mille écus de fortune!.. Quelle capture, si l'on pouvait ; ces gens-là ne sont pas forts...
JULIENNE, à part.
Qu'est-ce qu'il marmotte donc dans sa cravatte ?
FLOUMANN, lorgnant Julienne de très près.
Sais-tu, Julienne, que plus je te regarde, plus
je te trouve appétissante. Tu as des choses qui me vont beaucoup.
JULIENNE
Monsieur, je vous préviens que je n'aime pas les enjôleurs.
FLOUMANN.
Mademoiselle, je suis un homme sérieux. Tu n'es pas faite pour végéter dans le département du Finistère... Viens avec moi, je t'oflre, au sein de la Capitale, une existence semée de robes de satin, de chapeaux à la Paméla, de truffes au vin de Champagne et de stalles de première galerie.
JULIENNE
Par exemple !.. comme vous y allez!
FLOUMANN.
J'y vais comme ça, je mène les affaires rondement, moi... à la vapeur! et je t'épouse...
JULIENNE, riant.
M'épouser ! sans me connaître.
FLOUMANN.
Mais je te connais, fille céleste! J'ai des yeux et un lorgnon. Tu es belle, tu es fille unique, tu as une dot de cinquante mille... attraits!.. Je prends tout cela.
JULIENNE
Mais du tout, mais du tout!
FLOUMANN.
Mais si fait! mais si fait! Je t'aime, je t'idolâtre, je veux faire ton bonheur, et je le ferai.
JOSSELIN, dans la coulisse, parlant à son cheval. Oh! là, oh! Vigoureux!
(Floumann entre dans l'auberge.)
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