‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 294 sur 1577 · MIRÉ · texte numérisé non relu

MIRÉ

Oui, je sais, comme tout le monde, qu'on a répandu le brait dé sa mort et qu'on lui a fait même de magnifiques funérailles ; mais ce que je dis ici n'en est pas moins la vérité.

ULRICk.

Poursuivez, poursuivez... et ne l'interrompez plus, vous, ma mère... j'ai- hâte de connaître la fin de l'aventure.

DJINA.

Au moment d'exécuter l'ordre terrible du prince son maître, le misérable qui s'en était chargé, lut ému par les cris du jeune enfant, et au lieu de le mettre à mort, il l'emporta loin de la Thuringe... jusqu'aux environs de Saint-Donat, m'a-t-on dit... C'était le pays de cet homme..,

ULRICK

Ensuite, ensuite?

DJINA.

11 demanda alors conseil à l'abbé de Saint-Donat, qui seul fut mis dans le secret, et d'après ses avis, il déposa, un soir, l'enfant... à la porte... d'un des moulins construits sur les bords de votre petite rivière... Je n'ai pu apprendre au juste lequel... Quant au terrible Albert de Thuringe, il a cru heureusement que l'enfant n'existait plus. Baudouin, de son côté, lui, n'a jamais su qu'il eût existé, et se croyant libre, il s'est marié à une nièce de l'empereur d'Allemagne, qui rie lui a donné qu'une lille, que vous appelez aujourd'hui la peile de Flandre.

JEANNE MARTENS

Est-ce tout?

DJINA.

Oui, tout ce que je sais en ce moment.

FRIDOLIN

Ainsi, nous aurions dans ce voisinage quelque pauvre garçon de moulin qui, sans qu'il s'en doute, serait de race souverain .•, et pourrait un jour devenir notre maître à tous... Eh bien! mais pour un corne hJjeu, ça n'est pas trop mal arrangé... seulement ça manque tout-à-fait de vraisemblance.

RICHARD, riant.

Pourquoi donc maître ? Il y a dans votre gros livre bien des histoires aussi extraordinaires que celle-là... Qui sait? c'est peut-être Ulrick qui est de souche royale.

ULRICK

Oh ! si c'était moi!,.

fridolin, à Richard.

Lui ! allons donc ! toi encore, je ne dis pas.

JEANNE MARTENS, se levant avec impatience.

Eh! mon Dieu! pas plus l'un que l'autre,,.

Laissons là toutes ces folies, et allons nous reposer, il est temps!

(Les servantes enlèvent la table et les sièges.)

Mais je n'ai pas encore payé toute ma dette... et la bonne aventure donc !.. A vous, Jeanne Martens.

JEANNE MARTENS

Le secret de l'avenir est le secret de Dieu, je ne veux pas le savoir avant le temps.

DJINA.

Soit... A vous donc, maître Richard.

RICHARD

Moi, je rGfuse aussi. Je suis content de mon sort, je n'ai pas d'amb tion, j'aime le Ira- ail, je ne crains pas le danger, et j'irai tranquillement où Dieu voudra me conduire.

jeanwe MARTENS, bas à Ulrick.

Tu l'as entendu ?

ULRICK, de même.

i, ma mère.

DJINA.

Ah ! ça mais, je ne pourrai donc m'acquitter avec personne ici... Pas même avec vous, gentille fiancée?

(Niocelle hésite.)

TJLRICK.

Je veux qu'elle vous écoute, moi. Puisque je l'épouse demain, une même fortune nous attend... et je désire la connaître.

NIOCELLE, tendant sa main à Djina.

Tenez donc... mais ce n'est pas pour moi au moins... c'est pour lui!.. (Bas.) Tâchez que ce soit du bonheur !

DJINA, après avoir étudié quelque temps ks signes de la main.

C'est étonnant !

NIOCELLE.

Quoi donc?..

DJINA.

Pas un trouble, pas un nuage... une existence toujours calme, humble, modeste... le travail, les joies paisibles de la famille... Pas d'honneurs, pas de richesses, mais de longues années d'un bonheur tranquille.

NIOCELLE.

Avec lui?

DJINA.

Sans doute, avec lui.

NIOCELLE.

Oh ! merci, merci, je ne veux rien de plus.

ULRICK, ironiquement.

Il faudrait être bien diilicilc, en effet, pour ne pas se contenter d'un sort pare'H? (A'DJtaa qui se tourne vers lui et veut prendre sa

Pour moi, c'est inutile, puisque la même destinée nops attend.

JEANNE MARTENS

Sans doute... Allons, allons, retirons-nous.il est temps... Richard conduira cetle femme dan,? la grange.

Non, je m'en charge, moi.

JEANNE MARTENS

Soit... (Bas, à Ulriek.) Tu fermeras bien la porte... Avec ces sortes de gens, on ne saurait trop se garder. (Lui tendant la main.) Te me boudes?

ulrick, portant sa main à ses lèvres.

0 ma mère !

(Richard, Frk'olin, Jeanne. Martens et Niocelle sortent par la gauche; Ulrick fait mine de se disposer à soi tir s\ec Djina par la droite.)

Page 1