SCÈNE II
Les Mêmes, MATHIAS BROWER.
MATHIAS , en entrant, à part.
Ce chevalier... ce cheval... cette femme... il y a certainement du mystère dans tout ceci.
FRIDOLIN, à part.
Qu'est-ce qu'il marmotte-là, tout bas? C'est peut-être notre condamnation qu'il prépare !
CLAES, de même.
Taisez-vous donc.
MATHIAS ijrower, toujours à iui-mûme.
M'adresser au petit bonhomme, ce serait inutile... un enfant, un étourdi, il n'est pas probable qu'il soit dans le secret... c'est l'autre, c'est la tète grise qu'il faut attaquer... il est évident que celui-là...
CLAES
Monseigneur cherche quelqu'un ?
MATHIAS BROWER.
Oui, petit, oui je cherche le chevalier
Aruadel.
CLAES
il est encore au palais,,, et il n'y a, couitae
vous le voyez, dans sa tente, que son sage et savant lecteur, et son très-humble page, tout à votre service.
FRIDOLIN, à part.
Très humble... heu! la vanité même!
MATHIAS BROWER.
Qu'est-ce que vous dites ?
CLAES
Lui?... Rien... Il fait la grimace, voilà tout... c'est un tic.
MATHIAS BROWER.
Comment un tic?
CLAES
Oui, un tic nerveux très prononcé... et qui lui prend au moment où on y pense le moins... Vous avez donc à parler à notre noble maître, sire justicier?
MATniAS BROWER, regardant FridoliD.
Oui... oui... une chose assez singulière... et qui d'abord m'a semblé un peu louche...
CLAES
Vous trouvez qu'il louche ?.. C'est possible au fait, son tic...
MATHIAS BROWER.
Mais non, ce n'est pas de lui que je parle, c'est de la chose singulière.
CLAES
Ah ! très bien ! Et qu'est-ce donc que cette chose ?
MATHIAS BROWER.
Voilà... C'est que cette bonne femme... vous savez?..
CLAES, d'un ton méprisant Qui?.. Jeanne Martens... la meunière?
MATHIAS BROWER.
Oui... on vient de lui ramener la belle fiancée qu'elle avait perdue...
FRIDOLIN
Pauvre Ulrick, va-t-il être heureux ! (clacs le pince.) Oh ! là ! oh !
MATHIAS BROWER.
Hein?
CLAES
Toujours son tic... 11 paraît que c'est vraiment très douloureux... Avez-vous jamais vu une grimace pareille?
MATHIAS BROWER.
Je dois convenir que la grimace était peu gracieuse... mais il a dit : Pauvre Ulrick, va-t-il être heureux !
CLAES
Eh bien ! c'est clair... Ulrick n'est-il pas le fils de la meunière, et ne doit-il pas être heureux qu'on lui ait retrouvé sa fiancée ?...# Après?.,,
AlATIIIAS BROWER.
MATHIAS BROWER.
Après?.. Voilà... ce qui m'a paru louche, c'est que cette bonne femme, qui n'a plus rien à faire ici, au lieu de s'en retourner tout bonnement à son moulin, ne veut absolument pas partir avant d'avoir vu sire Arundel.
FRIDOLIN
C'est bien naturel, une mère !.. (claes lui écrase le pied.) Aïe !... Ab ! c'est trop fort!..
CLAE
Pauvre homme!., il n'a jamais tant souffert que ça !
MATHIAS BROWER.
Souffert, souffert... ou fait semblant de souffrir !..
CLAES
Semblant!.. Comment, il serait capable?... Est-ce que vraiment, maître Fridolin, ça ne vous a pas fait mal ?
Mais si, mais si... par tous les diables!
CLAES, à Mathias Brower.
Vous l'entendez... j'en étais sûr.
MATHIAS BROWER.
C'est possible... mais j'ai entendu aussi qu'il a dit : C'est bien naturel, une mère!..
CLAES
C'est vrai, oui, il l'a dit, et la douleur de son tic est venue* lui couper la parole au moment où il allait ajouter... après une mère... ne devait-elle pas des remerciemens au noble maître du cheval qui lui a rendu la fiancée de son fils?.. N'est-ce pas là ce que vous alliez dire, maître ?
FRIDOLIN
Juste... oui, c'est ça, c'est ça. (Bas.) Petite peste, va!
CLAES
Seulement, il l'aurait dit plus éloquemment sans doute... car il est très éloquent, sans que ça paraisse, quand le tic ne s'en mêle pas.
MATHIAS BROWER.
Oui, je le crois, en effet, beaucoup plus habile qu'il n'en a l'air... (Tirant Claes à l'écart.) Ecoute, petit... tues candide et innocent encore, toi... et il te trompe, comme il voudrait me tromper moi-même... Mais un instant, je l'ai deviné!.. Cet homme, vois-tu, cet homme est un grand fourbe !
CLAES
Vous croyez ?
MATHIAS BROWER.
Tu vas voir, tu vas voir... (il passe entr'eux.) A nous deux, maître Fridolin !
FRIDOLIN, à part»
Je suis mort!.. (Hauu) Que voulez-vous de moi, Monseigneur?
Je veux d'abord, mon cher ami, que VOUS renonciez enfin à voire air stupide...
Comment ?
FRIDOLIN
MATHIAS BROWER.
Avec moi, voyez-vous, c'est parfaitement inutile... Jusqu'à présent, vous avez très bien joué votre rôle, j'en conviens, et certainement tout autre moins perspicace que moi vous prendrait encore à l'heure qu'il est pour un grand imbécille.
FRIDOLIN
Permettez, permettez...
MATHIAS BROWER.
Une espèce d'idiot...
FRIDOLIN
Encore !
MATHIAS BROWER.
Dn crétin...
FRIDOLIN
Par exemple !
MATHIAS BROWER.'
Mais ce n'est pas Mathias Brower qu'on prend à pareille glu... Voyons, voyons, lâchez la bride à votre esprit, et convenez franchement entre nous que vous êtes un rusé et astucieux compère.
FRIDOLIN
Moi?..
MATHIAS BROWER, sévèrement.
Oui, vous... vous que je vais interroger et qui allez me répondre.
claes, à part.
Tout serait perdu! (Haut, en soulevant la por« tièredufond.) Entrez, entrez, bonae femme.
(Jeanne et Niocelle paraissent et Claes leur parle bas).