‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 312 sur 1577 · L'ÉCUYER · texte numérisé non relu

L'ÉCUYER

Sire Comte, un envoyé de l'empereur d'Allemagne arrive à l'instant de Cologne, et demande à être admis en votre auguste présence.

BAUDOUIN

Qu'il vienne.

(Mathias Brower sort et reparaît aussitôt avec l'envoyé qui s'approche de l'estrade, s'incline et remet à Baudouin un rouleau de parchemin. Après avoir jeté les yeux sur cet écrit, Baudouin descend de l'estrade).

BAUDOUIN

Sire Arundel, et vous noble et brave Neubourg, vous ne pouvez plus lutter l'un contre l'autre.

fridolin, bas.

Ah ! nous y voilà... tout est découvert!

CLAES

Taisez-vou§ donc !

raudouin.

L'ordre que je reçois ici de me mettre moimême à la tête du contingent de Flandre, pour la prochaine croisade, me force de changer les conditions du tournoi ; et le prix que je veux offrir en échange de celui que la volonté de l'empereur me contraint de retirer, l'un de vous deux n'y peut prétendre.

FRIDOLIN

C'est clair.

Oh! taisez-vou?.

BAUDOUIN

En partant pour la Terre-Sainte, je dois laisser un vaillant défenseur à mes peuples, un noble et loyal protecteur à ma fille bien-aimée. Neubourg, vous êtes fiancé, je crois, à la belle châtelaine d'Aremberg. (Neubourg s'incline en signe d'affirmation.) Quant à vous, sire Arundel, je sais que vous êtes libre de tout engagement...

FRIDOLIN

Par exemple !

(Claes lui met la main sur la bouche.y

BAUDOUIN

Et après le signalé service que vous nous avez rendu, cette certitude est pour moi un bonheur.

(Il va dire quelques mots à voix basse à sa fille.)

Que signifie?

ULRICK

FRIDOUN.

Je n'en sais rien... mais il te croit libre, il faut le détromper.

Le détromper, et avouer toute notre fraude, n'est-ce pas, pour que la potence se dresse et qu'on vous y accroche avec nous?

BAUDOUIN, revenant.

Ncubourg, à vous qui n'êtes plus libre, le commandement, sous nos ordres, du contingent de Hainaut... Quant à vous, sire Arundel, vous allez savoir ce que ma reconnaissance réserve à votre courage et à votre loyauté. Messire Maihias Bower, faites annoncer à notre peuple, qu'en la cathédrale de Cologne, et sous les yeux de l'empereur qui nous y donne rendez-vous, Odyle de Flandres, notre fdle bien-aimée, sera unie en mariage à sire Arundel d'Angleterre, son sauveur, et l'un des vainqueurs du tournoi.

ULRICK

Est-il possible ?

fridolin, bas.

Mais non, cane l'est pas... Tu vas refuser, j'espère.

CLAES

Refuser*., devant toute cette cour; devant tout ce peuple, un pareil éclat!., mais ce serait folie!.. Plus tard!..

FRIDOLIN

Non... tout de suite... Je n'entends plus rien... je m'insurge.

(Il passe vivement entre Baudouin et Ulrick, qui recule interdit.)

BAUDOUIN

Que veut cet homme?

Prince... Monseigneur.,. Sire Comte... c'est une infamie !... J'ai une déclaration à vous faire... il y a long-temps que ça me pèse là... ça m'étouffe... et je vais parler enfin !

CLAES à Ulrick.

Mais s'il parle, tout est perdu !

ULRICK, prenant le petit mors magique.

Qu'il se taise donc, je le veux.

(Fridolin paraît hésiter.)

BAUDOUIN

Eh bien, parle... qu'attends-tu?

FRIDOLIN

Oui, sire Comte... Voilà ce que c'est... ce chevalier...

(Ulrick dirige vers lui le mors magique. Fridolin

continue alors à remuer les lèvres, en gesticulant beaucoup, mais sans rien faire entendre.)

MATHIAS BROWER.

Comment?.. Mais parle donc plus haut...

moins vite... Quoi ?.. Mais qu'a-t-il donc?

(Tout le monde regarde Fridolin avec élonnement;

I Irick laissant tomber le mors, sa langue se délie.)

FRIDOLIN

Voilà !.. et ce que je viens d'avoir l'honneur de dire à Votre Altesse est l'exacte vérité.

Es-tu fou, brave homme?... nous n'avons pas entendu un seul mot.

FRIDOLIN

II me semble pourtant que je me suis expliqué assez clairement... Enfin... quoi qu'il puisse m'en coûter de recommencer des aveux... si pénibles, puisque Votre Altesse le désire, je recommence... Je disais donc que le chevalier... (ici méuie jeu d'Llrick avec le mors; seulement, cette fois, Fridolin dit: ao, ao, ao, jusqu'à ce que le mors soit remis dans la ceinture. Fridolin termine alors ainsi.) J'espère qu'à présent Votre Altesse sait parfaitement à quoi s'en tenir.

MATHIAS BROWER.

Mais ce misérable insulte à la majesté souveraine!.. Gardes!..

BAUDOUIN

Non, non, il n'est qu'insensé... car il n'oserait à ce point se jouer de nous!... Qu'on l'enferme et qu'on lui donne tous les soins qu'exige son ' triste état.

FRIDOLIN, exaspéré.

Mais quand je vous dis !..

(On l'entraîne malgré ses cris qu'on étouffe en le bâillonnant. Zauiha, que tout cela a fort égaré, prend un de ses bras et sort avec lui. — Les trompettes des hérauts retentissent cinq fois, et une troisième rayure disparait de la housse.)

ULRICK, avec dépit.

Cinq ans de ma vie pour le silence de cet homme !

C'est un peu cher !.. mais la gloire... mais une couronne de prince, peut-être...

BAUDOUIN, lui prenant la main.

Venez, chevalier... (il le conduit à la princesse.) Odyle, voilà votre époux !

(Ulrick met un genou sur les marches de l'estrade, et Odyle lui remet l'écharpe. Une fanfare brillante se fait entendre; les acclamations de la foule y répondent. Toutes les bannières s'agitent. La toile tombe sur ce tableau.)

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