SCÈNE
ULRICK, CLAES; puis JEANNE et les Génies.
(Il fait nuit. La scène n'est éclairée que par une petite flamme rouge allunu'e sur le front de Claes, qui a repris le costume diabolique qu'on lui a vu dans le prologue. Claes soulève un coin du rideau, au pied du lit, et regarde Ulrick qui est couché tout habillé. )
CLAES
Il dort toujours... Quel air de triomphe dans ses traits ! Grâce à moi, Niocelle, sa gente et douce fiancée, est loin de sa pensée, maintenant!.. Depuis notrearrivée à Cologne, dans ce palais où l'empereur lui-même lui a donné l'hospitalité, il ne pense pas que rien puisse désormais faire obstacle à sa fortune... Il se voit déjà l'heureux époux de la belle Otlyle de Flandre... Il touche au trône !.. Oui, réjouis-toi, rêve toujours, pauvre fou, et sois à nous ensuite, à nous pour l'éternité à ton dernier réveil!.. Mais il s'agite... qu'est-ce donc?.. Un songe nouveau qui vient à lui, et lui apporte le repentir... Nous échapperait-il?.. Que faire?.. Je ne puis l'éveiller, moi... Tant qu'il dort, mon empire cesse... Cette agitation nouvelle... s'éveillerait-il?.. Non, malédiction! c'est le songe!..
(On entend un prélude de harpes; la flamme allumée sur le front de Claes s'éteint, et l'obscurité la plus profonde règne un moment. Bientôt les étoiles de marbre qui surmontaient le front des génies^ sont devenues lumineuses. Les harpes de pierre paraissent d'or ; des figures animées remplacent les masques de pierre des statues, dont les mains font résonner les harpes d'or.)