CHOEUR DES GÉNIES
Dieu de bonté, Dieu de clémence, De sa mère vois la douleur.
Détourne de lui ta vengeance, Et que la foi rentre en son coeur !
(Pendant ce chœur, Jeanne, dont la figure a remplacé celle de la ire statue, semble glisser sur la balustrade jusqu'au lit de son fils, vers qui elle étend sa palme, qui est devenue aussi une palme d'or. Les rideaux du lit se sont soulevés en même temps. A mesure que Jeanne a ainsi avancé vers le lit, Claes s'est senti repoussé, et a glissé en arrière, malgré ses efforts, jusqu'à la muraille opposée.)
ULRICK, d'une voix faible.
Ma mère!., est-ce vous?
JEANNE
Oui, mon enfant, oui, c'est moi qui viens te tendre la main sur le bord de l'abîme... Renonce à l'ambition et à l'imposture... Romps le pacte horrible qui te lie !.. Veux-tu tuer ta mère, Ulrick?.. Tu l'as reniée déjà... elle te pardonne pourtant... Niocelle, ta fiancée, te pardonne aussi, et t'appelle... Mon fils, mon fils, reviensà nous... J'offre à Dieu ma vie, pour sauver ton âme!
ULRICK
Ma mère... je vous promets... oui...
(Il se soulève et étend les mains vers sa mère qui glisse à reculons jusqu'au point d'où elle est partie. Toutes les étoiles lumineuses disparaissent ; les harpes et la palme redeviennent de la pierre, et ies figures animées reparaissent en marbre. En même temps que Jeanne a glissé à reculons, Claes a glissé à son tour en avant, et a ainsi regagné la place qu'il occupait au pied du lit, dont les rideaux se sont refermés, au même moment ; des cris au secours I arrêtez ! arrêtez ! se font entendre sous la fenêtre.)
ULRICK, s'éveillant en sursaut.
Qu'y a-t-il?.. quels sont ces cris?..
(Il sort du lit.)
CLAES, ouvrant le volet de te fenêtre.
Ce n'est rien... quelqu'un qui fuit, et qu'on poursuit dans la rue voisine... (Le jour paraît.) Mais qu'as-tu donc, maître? qu'est devenu ce sourire de triomphe que tout-à-1'heure encore, je voyais sur tes lèvres pendant ton sommeil ?
ULRICK
Je souffre, Claes, je suis malheureux!..
CLAES
Malheureux, quand tu touches un but que tu n'osais même entrevoir; quand la plus belle princesse de la chrétienté va te donner sa main !..
ULRICK
Non, je renonce à tout... Tiens, reprends ce talisman,,, il me coûte trop déjà!,, je n'en veux plus.
CLAEs.
:onçois... Tu regrettes les quinze années es pour tes trois premiers vœux... Mais force d'en faire un quatrième?
ULRICK
Non, non, ce ne sont pas mes années perdues que je regrette!., c'est... Oh ï mais non... je ii dirai pas plus... tu rirais encore de ce que lu appelles ma faiblesse.
CLAES
Non, je te plaindrais... Voyons, parlons raison... Tu as fait un songe... Moi, tandis que tu . j'ai vu la réalité... J'ai vu que la princesse Yolande de Tharioge, inquiète de l'absence prolongée de son premier messager, en a envoyé un second à l'abbé de Saint-Uonat; que de l'abbaye ce second messager ira chezta mère, et qu'alors Richard...
Richard?
ULRICK, frémissant.
CLAES
Richard sera reconnu, et si ton mariage ne s'achève aujourd'hui ; il arrivera assez à temps pour l'empêcher, te démasquer et te perdre.
ULRICK
Richard !.. Oh ! non cela ne sera pas !
CLAES
Et puis, songes-y bien., en renonçant à la princesse, ce qui serait pour elle et pour son père le plus sanglant affront, tu exposerais, non pas ta vie, sans doute, car elle doit avoir son «ours, et Richard l'obtiendrait pour toi...
ULRICK
Richard !
CLAES
Oui, il te prendrait en pitié... Tu vivrais donc... Mais à Raudouin , il faudrait une vengeance... Tu vivrais, mais pour la honte, l'infamie, la prison, des torlures continuelles... Eh
Eh ! bien, non, Richard n'aura pas ce triomphe! j'épouserai Odyle... je serai prince, et si je succombe après... eh bien! Richard, du moins, ne pourra jamais atteindre plus haut que moi!
CLAES
A la bonne heure, voilà que tu redeviens raisonnable.
ULRICK
Mais rien après cela, j'y suis résolu... Reprends donc ce talisman, encore une fois... il m'est inutile désormais.
CLAES
Qui sait.' garde-le toujours, sauf à ne pas l'en servir... Car, fais-y bien attention, si je l'emporte, tu pourras bien me rappeler et me le redemander encore dans les vingt-quatre heures... mais ce ne sera plus cinq ans, c'en sera dix alors que te coûtera cLuque vœu,
ULRICK
Je n'en veux plus, te dis-je... Tiens.
(Au moment où il tend de nouveau le mors magi* que à Claes, on frappe à la porte.)
ULRICK
Qui frappe là?
FRIDOLIN, en dehors.
Ouvrez, ouvrez, c'est moi.
ULRICK
Fridolin ici!., comment se fait-il?.. Ouvre,
(Claes va ouvrir la porte qu'il tire à lui et qui le cache ; quand il la referme après l'entrée de Fridolin, son costume diabolique a disparu, et il a repris celui de page.)
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