‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 363 sur 1577 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

VICTOR BERTAUD, lis POSTILLON ; tout deux sont rouverts de boue, on voit ijiitN ont couru la jxistr à franc itrier. — CA- THERINE atrite sur une borne.

VLCTÔ&, arrêtant ton cheval à la porte </• la maison à gauche. () oh M

il POSTILLON. Je crois que nous voilà arriva, hein! Oli ! le joli train que vous allez! Sa-

LA IUK1UKRE CIJCIIY.

ve/.-vous ce que nous avons mis de Fignicourl ici'.'

VICTOR, tirant ia montre. Une heure!

i.i: posriiLON. Une heure! une heure pour trois lieu» s et demie. Kxcuscïl vous marchez comme un courrier de cabinet, mauvaise pratique. (.1 son cheval.) N'est repas, Bliicker?

VICTOR. Dis donc, Thomas... il s'appelle Blûcker ton cheval?

le postillon. Oui; je l'ai appelé comme cela, parce qu'il est méchant connue un âne;, il ne lad que ruer. Te tiendras tu tranquille un peu? Tu vois bien qu'on nous mesure notre avoine. Faites bonne mesure, monsieur Victor.

yictor. Une poste et demie, six francs. Trente sons de guides, sept francs dix sons. Tiens voilà dix francs.

le POSTitLON. Est-ce bien utile de vous rendre les cinquante sonsde différence?

VICTOR. Non, c'est pour Bliicker,

le postillon. Tiens, mon bonhomme.

victor. Que fais -tu?

LE postillon . Je lui fais passer votre monnaie devant le nez.

victor. Ce qui veut dire qu'il aura couru pour le roi de Prusse.

le postillon. Eh donc, il ne s'appe'le pis Bliicker pour rien. Allons, en route! inauvaise troupe! 'S'arrêtnnt.) À propos, monsieur Victor, vous savez que les Cosaques sont tout autour d'ici ;n'est-ce p.isà Toul.à chau» mont, à Bar-sur-Ornain ? Il n'y a donc pas de temps à perdre pour emmener mademoiselle votre sœur, et si j'ai un conseil à vous donner, puisque vous venez la chercher exprès de Paris, c'est de ne cas trop lanterner. Adieu, monsieur Victor. ILmp !... (Il nuit nu ti'ut.)

victor. Merci! ?non ami, merci! (Il va four sonner, Catherine se lève, a tient se placer entre la sonnette et lui.)

Catherine. Monsieur Victor!

Victor. Que me voulez-vous, mon enfant ?

Catherine, levant ta coiffe de non nuinte* let. Vous ne me reconnaissez pas? vous ne reconnaissez pas la pauvre Catherine, votre sœur de lait?

vicioa. Oh! si fait, ma bonne Catherine. Et (pie fais-tu dans la rue à cette heure ?

CATHERINE. Ail ! monsieur Victor, je suis bien malheureuse, allez.

victor. En effet, Val entendu parler de cela, ma pauvre One, Jean Leroux, qui devait l'épouser, est parti avec l 'avan '.-dernière levée de trente mille hommes, et il a été tué à Leipsick en te laissant... (Il hésite.)

CATHERliNE. En me laissant enceinte, hélas!

oui. Dame! je voudrais nier, monsieur Victor, qur je ne pourrais pas, c'est su de tout le monde. J'ai carné autant que j'ai pu mon malheur pu vieux père 'Michelin, mais au moment critique il a bien fallu tout lui avouer. Il m'a donné quinze jours pour reprendre des forces, puis au bout de quinze jours il m'a mis un sac d'argent dans les mains. Cinq cents francs, tout ce qu'il y avait à la maison. Après quoi il m'a chassée moi et mon enfant.

VICTOR. Et depuis ce temps-là, pauvre fille?

cvMir.KiNi:. El depuis ce femps-là il n'a pas voulu me revoir, quoique je lui aie fait parler même par votre sœur, qu'il aime et respecte comme une sainte cependant. Eh bien, même à vo're sœur il a refusé.

victor. Et il est seul?

Catherine. Non, il a écrit à mon frère Fortuné et mon frère Fortuné est près de lui.

victor. Comment! Fortuné a quitté mon père?

CATHERINE, Il paraît qu'il a demandé son congé à l'Empereur et que l'Empereur le lui a donné.

victor. Et lui, l'as-lu \u, Fortuné?

Catherine. Oh! bien OUÏ. il est encore pire que mou père. H a dit qu<' si jamais je me trouvais sur «on chemin il me casserait bras et jambes pour être sûr de ne plus me rencontrer.

victor. Pauvre Catherine! Et que faisaistu là?

CATHERINE. Dame! monsieur Victor, c'eut la maison où je suis née, c'est la maison où ma pauvre mère est morte. Vous savez, on dit (pie quand les avares meurent avec un trésor enterré quelque part, leur âme revient errer autour de l'endroit où ce trésor est enterré. Mol je suis morte, monsieur Victor, morte au monde; le trésor de ma jeunesse et de mon innocence est enterré dans c -tto maison, et ma pauvre âme revient errer autour de lui.

vi croi!. I<it ton enfant, Catherine?

caihi'.rine C'est un garçon, Oitl .si vous le voyiez, beau comme un ange, monsieur V eu»-. Pauvre petit, il ne sait pas ce qu'il me coûte. Oh! i! faudra qu'il m'aime bien, pour me rendre en aux ur tout le bonheur qu'il m'a pris. I! esta une lieue d'ici sur la roule de Moutier-en-Der, chez ma tante Joli. une.

victor. Catherine, as-tu besoin de quelque chose ?

caiiiehim:. Merci, monsieur Victor, je n'ai besoin de rien... que de pitié.

victor. Veux-tu que j'essaye de te raccommoder avec ton frère?

LA BARRIERE CUCHY.

Catherine. Essayez; mais je n'ai pas d'espoir.

victor. N'importe, on peut le tenter toujours. Mais attends, comme je n'ai que bien peu de temps à moi, je vais prévenir ma sœur de mon arrivée, et tandis qu'elle s'habillera, eh bien! je parlerai à Fortuné. (Il sonne.)

Catherine. Vous êtes bien bon, monsieur Victor.

VICTOR. Sais-tu ce que tu devrais faire pendant ce temps, ma bonne Catherine?

Catherine. Dites, monsieur Victor.

VICTOR. Tu devrais aller jusqu'à la poste et commander deux chevaux ; on les enverra tout harnachés pour les mettre ici à la Voiture. (Il sonne un? seconde fois.)

Catherine. J'y cours, monsieur Victor, j'y cours. [Elle sort.)

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