‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 378 sur 1577 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BAS TIEN, BRISQUET, les Paysans, les

Garçons de ferme.

bastien. Allons, allons, mes enfants, il ne s'agit pas de se faire tuer inutilement. C'est l'arme e prussienne tout entière, la bouchée est trop grosse pour nous; disparaissez dans la cave, mettez les fusils dans la cachette, filez par la sortie, et chacun à sa besogne. Les uns à la charrue, les autres aux semailles, les autres à la grange, et si ces gueux-là nous donnent notre belle, eh ben, on verra.

brisquet. Mais vous, père Bastien?

bastien. Oh! moi, n'ayez pas peur. Je les attends; je suis le maître de la maison, il faut bien que je leur en fasse les honneurs. Allez, mais allez donc.

brisquet. Les Prussiens, ça me connaît,

je les ai vus à Saint-Dizier, j'aime mieux ne pas les voir, ils sont trop laids.

bastien. Bon, on est prêr. (// se couché sur deux bottes de paille quil a étendues et fait semblant de dormir. )

brisquet. Et moi, et moi, père Bastien?

bastien. Veux-tu me laisser dormir, Brisquet! (// ronfle.)

SCÈNE IL BASTIEN, BRISQUET, LE GAMIN, BLUC- KER, LES PRUSSIENS, UN SOLDAT}

ils se présentent à la porte la baïonnette en avant.

brisquet. Oh! messieurs les Prussiens, ne me faites pas de mal.

BLUCKER Y a-t-il quelqu'un ?

le gamin. Tenez, là, il y a le père Bastien, tenez, là, qui dort.

bldcker. Réveillez-le.

le soldat, le secouant. Il ne veut pas se réveiller. Je vais le chatouiller avec la pointe de ma baïonnette.

bastien , à qui Von pique le derrière. Hein?

blucker. Il paraît que nous avons enfin trouvé à qui parler. Que deviennent donc ces diables de paysans? il faut qu'ils se terrent comme des renards. Réponds au maréchal Blucker!

bastien. Au maréchal Blucker?

brisquet. Tiens, c'est le nom du cheval à Thomas, qui est méchant comme un àne.

bastien. Bien de l'honneur.

blucker Nous ne voulons pas te faire de mal, nous voulons seulement avoir quelques renseignements.

bastien. Quelques renseignements? bien de l'honneur, mon général, je suis prêt à vous les donner.

rlucker. Où sommes-nous? et comment s'appelle cette ferme?

bastien. Ici?

blucker. Oui, ici.

iastien. Allons donc! vous vous gaussez de moi, vous savez bien où vous êtes.

blucker. Si je le savais, je ne te le demanderais pas, imbécile.

bastien. Bien de l'honneur, mon général. Eh bien, vous êtes à Montmirad, quoi. Et cette ferme s'appelle la ferme des Grenau::; voyez-vous, voilà pourquoi, c'est parce que le maître de la ferme, le bourgeois, il s'appelle monsieur Paré.

blucker. Mais quel rapport cela a-t-il, monsieur Paré? Et pourquoi cette ferme s'appellc-t-elle la ferme des Grenaux?

bastien. Parce que c'est son nom.

blucker. Il n'y a rien à tirer de ce drôle.

bastien. Bien de l'honneur, mon général.

blucker. Voyons, y a-t-il quelque chose à manger dans ta ferme des Grenaux ?

bastien. Ah ! oui, dame! il y a sur le feu un haricot de mouton qui attend depuis trois jours.

le gamin. Il doit être mitonné.

blucker. Comment, depuis trois jours?

BASTIEN. Ah! oui, parce que depuis trois jours, on dit comme cela : Voilà les Prussiens! voilà les Prussiens! Alors j'ai dit : Eh bien, mais si voilà les Prussiens, il faut leur préparer à manger, et comme j'aime le haricot de mouton, je vous ai fait du haricot de mouton.

le gamin. Canaille de flatteur, va!

bastien. N'en voulez-vous point?

3lucker. Si fait, va chercher ton haricot de mouton.

bastien, sort avec le Gamin. Bien de l'honneur, mon général.

le gamin. Il sera poivré, celui-là.

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