BERTAUD , FORTUNÉ , LORRAIN, CA
THERINE, les Officiers chargés du campement, les Personnes de la Maison de l'Empereur, les lêtes de colonne. „.
bertaud. Vous dites donc que l'Empereur est allé faire une reconnaissance?
l'officier. Oui, colonel, du côté de Pontsur-Seine.
bertaud. Mes enfants ! c'est ici que nous campons.
fortuné. Eh bien, il y a amélioration; cette nuit nous n'aurons de l'eau que jusqu'à la cheville.
lorrain. Est-ce que tes souliers prennent l'eau ?
fortuné. Oui, par le col de ma chemise, Récapitulons : En Egypte, rôtis ! en Russie, gelés ! en France, noyés! Il serait difficile de dire lequel de ces trois trépas est le plus agréable. Donne à boire au moutard, Catherine.
Catherine. Il n'a pas soif.
FORTUNÉ, buvant à la gourde. On a toujours soif; une goutte au marmot.
CATHERINE. Mais non, mais non, ça lui ferait mal.
fortuné. De l'eau-de-vie, jamais ! [A l'enfant.) Baisez mon oncle.
l'enfant, pleurant. Ouais !...
CATHERINE. Ne lui fais donc pas de mal, voyons.
LORRAIN. Ah ça, mais je croyais que tu voulais le jeter dans la Marne, ce citoyenlà?...
fortuné. C'est vrai, mais c'était du temps qu'il n'était pas encore baptisé du nom de Napoléon-Michelin et qu'il n'était pas reconnu par le régiment. Aujourd'hui il est reconnu, légitimé, décoré par S. M. l'Empereur du grand cordon jaune et noir ; c'est autre chose.
lorrain. Tiens ! en effet, qu'est-ce que c'est que cela ?
fortuné. La cravate du drapeau autrichien que sa mère a pris au combat de Montier-en-Der, où elle a fait ses premières armes; cettccravate-làl'E'opereurlalui a nouée de ses propres mains autour du cou, et à son tour elle en a décoré son marmot. Ça vaut bien le cordon bleu qu'on mettait sur le ventre des princes quand ils venaient au monde, il me semble. Du moins c'est ma façon de penser.
bertaud. L'Empereur 1 Messieurs ! l'Empereur !