SCENE III
Les Mêmes, LE GÉNÉRAL MICHEL.
l'empereur. Ah ! c'est vous. Michel ?
{Aux soldais.) Eloignez-vous. Lhbien, qu'y a-t-il?
Michel. De grandes nouvelles, Sire.
l'empereur. Bonnes ou mauvaises, Monsieur.
michel. L'Empereur en jugera. Ce n'est pas seulement un détachement de l'armée de Silésie que le général Boyer et sa garde viennent de rencontrer à Méry, comme Votre Majesté l'a pu croire, c'est toute une armée.
l'empereur. Et laquelle donc ?
michel. Celle de Blùcker.
l'empereur. Vous vous trompez, Monsieur ; l'armée de Blùcker n'existe plus, je l'ai détruite à Champaub-rt, à Montmirail, Château-Thierry et à Vauchamps. Vous êtes sûr de ce que nous dites, Monsieur?
le général. Je tiens ces renseignements des prisonniers faits aujourd'hui à Méry par le générai Boyer, Sire; les cosaques inondent la plaine et j'ai eu toutes les peines du monde à leur échapper; je trouve même qne Votre Majesté est assez mal gardée du côté do la Seine.
l'empereur. Croyez-vous que ces misérables auraient l'audace de venir m'attaquer jttfiqtie dans mon camp? Vous leur faites troi) d'honneur, Monsieur, ce sont des oiseaux de proie de la race des corbeaux et des vautours; ils ne s'ébattent que sur les morts. Mais revenons à Blùcker. Vous dites?
le général. Je dis, Sire, qu'il a campé le 23 au confluent de l'Aube et de la Seine avec cinquante mille hommes; que là, il a encore reçu un renfort de neuf mille hommes appartenant au corps du général Laugeron; c'est donc soixante mille hommes que Votre Majesté a devant elle, et non trente ou quarante mille.
l'empereur. El vous croyez que Blùcker en personne était à Méry-sur-Seiue ?
LA BARIUKKK CLICHY.
le général. Il j était si bien, Sire, qu'il
y a été bl< ssé .1 la jambe, el que. .. (On entend un grand bruit; quelques coups de fusil et de pistolet; puis, les cris : Les èosa-
l'empebeur. Les cosaques !. .. (îtè'élance vivement hors de sa tente; au même moment le théâtre est envahi par une nuée de cosaques. L' Empereur est enveloppé et disparait an milieu des chevaux; un cosaque balèp rcer de su lance, lorsque Bertaud tue le cosaque d'un coup d'épée. Lutte et confusion d'un instant; Bertaud reçoit un coup de bina dans 'a poitr'ne. Soldats et généraux font le couji de feu. Les cosaques sont chassés; mais iîy a un moment de stupeur parmi tous ces hommes, en voyant que des maraudeurs ont eu l'audace de pénétrer au milieu d'un campe nent français et jusqu'à la tente de l'Empereur.)
l'empereur, au Général. CVt bien, Monsieur; allez prendre deux heures de îepos-et sovez prêt à partir pour Paris dans deux heures. [A Bertaud.) Merci. Bertaud. merci, mon brave colonel; sans toi, ma fui, je crois que la guerre était terminée du coup. Vous me direz ce que vous désirez , Bertaud , et s'il e^t en mon pouvoir d'exaucer votre désir, ce que vous demanderez vous est accordé d'avance , au nom de ma femme et de mon enfant.
BERTAUD, chancelant. Sire?..
l'empereur. Eh bien, qu'as-tu?
bertaud. Je crois que je suis blessé, Sire.
l'empereur. Un chirurgien, Messieurs, un chirurgien; le colonel Bertaud est blessé.
EMMAMUfcL, s'élançant. Vous êtes blessé, colonel î
l'empereur. Dans ma tente, M. de Megrigny. Messieurs , c'est inutile, je crois de vous recommander de faire bonne garde; vous venez de voir que ce n'est pas une précaution exagérée. Vous savez que j'attends le duc de Vicence qui doit arriver cette nuit de Châtillon; on le conduira tout de suite près de moi ; au reste, laissez approcher tous les porteurs de nouvt lies. (Il rentre sous sa tente; à Emmanuel.) Eh bien, monsieur?
EMMANUEL. Heureusement, Sire, que le fer de la lance a rencontré un médaillon que le colonel porte sur sa poitrine, et qui, dans une double boîte, renferme le portrait de sa femme et des cheveux de ses deux enfants; le médaillon est faussé, mais il a fait dévier le fer, qui n'a pénétré que de biais; la blessure n'offre donc aucun danger, Sire.
l'empereur. N'importe ! Bertaud, vous coucherez l'a, près de moi, sous ma tente ;
on vous jettera un matelas à terre, vous serez toujours mieux qu'au bivouac. Vous entendez, Houstan ?
ù s soldats forment les fiisceaux ; on prépare te /// de Bertaud.)
1 N officier. Sire, le duc de Vicence vient d'arriver aux avant-postes.
L'EMPEREUR. Qu'il vienne, qu'il vienne, je l'attends.
l'officier. 11 me suit, Sire.