LE MAJOR, HENRI, LÉON, ARTHUR
[La cour; au lever du rideau les élères t'exercent au maniement du fusil et à l'exernce du canon.) LE MAJOR, commandant l'exercice. Ca-
nonniers, à vos pièces.... marche.... halte...
front. ... en action.. .. chargez.. .. rompez les
rangs.
En rangeant les pièces, Henri laisse retomber l'affût de l'une d'elles sur le pied d'Arthur.) ARTHUR. Ahl niiladroit, va 1 henri. Comment, maladroit?
Arthur. Tu ne vois donc pas que tu m'as mis ton affût sur le pied?
henri. Tiens, pourquoi mets-tu ton pied sous mon affût?
Arthur. Pourquoi! pourquoi!
henrt. Ah ! tu es bien douillet, cher ami; il faudra te corriger de cela ici, vois-tu.
arthur. J'ai bien envie de te corriger d'autre chose, moi, dis donc.
henri. Et de quoi?
arthur. De ce ton goguenard que tu prends, et qui me déplaît, monsieur de la seconde année.
henri. Eh bien, si mon ton te déplaît, il faut le dire.
arthur. Eh bien, je te le dis.
henri. Après?
arthur. Je te le répète.
henri. Ca durera- 1— il longtemps comme cela?
arthur. Le temps de mettre un compas au bout d'une mèche.
henri. Qui est-ce qui a un compas, vous attires? voilà monsieur qui veut que je lui prenne sa mesure.
Léon, de l'école. Eh bien, qu'est-ce que c'est là-bas? on se dispute.
arthur. Oh ! ce n'est rien, une leçon de mathématiques.
léon. Ah çà, voyons, y pensez-vous?
Henri, Henri !
henri. Ce n'est pas moi qui ai cherché dispute, c'est monsieur qui se fâche sous
prétexte qu'on lui a écrasé le pied avec un affût, et que la pièce de quatre ne veut pas lui faire ses excuses.
llon. Allons, allons, la paix, à bas les compas.
arthur. Tu vas me faire le plaisir de te ranger, n'est-ce pas ?
léon. Voyons, Henri, toi qui es le plus raisonnable.
henri. Moi, je ne lui en veux pas.
arthur. Ah! nous ne sommes donc pas si méchant que nous en avons l'air, monsieur le vétéran.
henri. Dis donc, dis donc, est-ce que tu crois que je recule, par hasard ?
arthur. Non, mais je dis qu'en sortant de l'école, il faudra entrer dans les artificiers ; c'est un corps qui fait plus de bruit que de besogne.
henri. Ah! c'est comme cela que tu le prends! tiens. (7/ lui donne une croquignole.) En garde maintenant.
arthur. Place, place, Messieurs, il m'a insulté.
henri. Touché !
arthur. Rien, rien ; une égratignure à la main, une cravate et continuons.
Les Mêmes, VICTOR, entrant.
victor. Eh bien! que fait-on ici? on se bat, camarade contre camarade, Français contre Français, quand les Prussiens sont aux portes de Paris.
tous. Les Prussiens ! impossible.
VICTOR. Impossible? Tenez, voyez cette proclamation. «Citoyens, une colonne ennemie s'est portée sur Meaux, elle s'avance par la route d'Allemagne, mais l'Empereur la suit de près. »
tous. Vive l'Empereur !
victor. « Le conseil de régence a pourvu à la sûreté de l'Impératrice et à la sûreté du roi de Rome : je reste avec vous. »
henri. Comment! à la sûreté de l'Impératrice... à la sûreté du roi de Rome...
victor. Messieurs, l'Impératrice et le roi de Rome sont partis ce matin à onze heures.
arthur. Partie, l'Impératrice... partie?
victor. Elle ne le voulait pas, mais on l'a forcée. Le roi de Rome ne voulait pas quitter les Tuileries. Il jetait des cris affreux ; sa gouvernante a été obligé de l'emporter dans ses braè. Maintenant voilà ce que j'ai fait ; j'ai cru devoir ine rendre en votre nom à tous chez le ministre de la guerre pour lui offrir nos services.
tous. Bravo ! bravo !.. eh bien, le ministre.
victor. Impossiblede pénétrer jusqu'à lui. J'avais bien envie de ne pas rentrer et de courir aux barrières, mais il m'a semblé que ce serait une trahison envers vous, mes amis.
ARTHUR. Bien, Victor.
yictor. Donc, voilà où en sont les choses. On va se battre pour défendre Paris ; se batlera-t-on sans nous?
tous. Non.
victor. Eh bien, armons-nous.
arthur. Camarades, camarades, vous le savez, les ordres'sont précis ; pas un élève ne doit sortir de l'école sans permission, toute désobéissance est punie de huit jours de cachot.
victor. Eh bien, il y a, un moyen que personne ne soit puni.
tous. Lequel?
VICTOR. C'est de désobéir tous.
LÉON. Camarades je comprends... je partage votre enthousiasme. Mais observez que nous sommes tous fils d'officiers... et que nous devons.
VICTOR. C'est justement parce que nous sommes tous fiis d'officiers, que nous nous devons à la défense de notre pays.. . et si lu crains...
Léon. Oh! tu ne le penses pas, Vicior, et je te prouverai que tout comme un autre, je sais gagner sur le champ de bataille une épaulette de capitaine.
victor. A la bonne Jheure. D'ailleurs, le frère de l'Empereur fait un appel aux Parisiens.
henri. Nous devons tout à l'Empereur, c'est lui qui a fondé l'école ; nous voulons défendre Paris, et mourir pour l'Empereur.
TOUS. Vive l'Empereur ! aux fusils... aux canons... aux armes, et maintenant à bas les portes.. . enfonçons les portes 1. ..