SCÈNE PREMIÈRE
PAYSANS, puis VICTOR. (Grand tumulte à la barrière. L'octroi se perçoit comme en temps ordinaire. Les Paysans fuient en rentrant dans Paris. Une charrette est montée par un paysan.)
UN crieur. Voici la proclamation du roi Joseph, lieutenant-général de l'Empereur, commandant en chef la garde nationale, aux citoyens de Paris. Un sou. Voici la proclamation.
un homme. Donne, mon ami, donne.
Arrivez, vous autres, je vais vous lire cela.
les spectateurs. Lisez-nous cela, liseznous cela. Montez ici!., monezlà!.. (On entend le crieur qui s'éloigne.)
VICTOR, entrant avec les élèves. Inutile, inutile. Comme elle annonce que l'ennemi vient au-devant de nous, nous allons audevant de l'ennemi.
tous. Bravo! bravo, l'école Polytechnique est avec nous. Vive l'école Polytechnique!
un aide de camp, entrant. Garel gare!
victor. Quelles nouvelles! monsieur?
quelles nouvelles 1..
l'aide de camp. Qu'on se bat aux buttes Saint-Chaumont ! Que le duc de Ragtise est à Romainville. (Canon.) Entendez-vous?
c'est lui qui carillonne en ce moment-ci? Gare ! gare ! (Il sort. )
le paysan. Il ne nous manque plus que les invalides.
victor. Les voilà.
arthur. Bonjour, père Clopiu ! bonjour, père Clopant!
l'invalide. Bonjour, morveux.
arthur. Ah ! vous dites ça parce que vous ne vous mouchez pas du pied.
des voix. Ah ! la garde nationale ! Vive la garde nationale! (Pendant qu'on fraternise au premier plan, un régiment de ligne arrive )
VICTOR. La ligne!., la ligne!.. Ah! c'est toi, Lorrain. Mon père? où est mon père?
lorrain. Il y a plus de huit jours que
LA HARKIERE CUCIIY.
nous ne l'avons vu; il sera resté quelqn. • part, | auvrc colonel 1
VICTOR. Bt où ((la, mon imll i.opj'.ain. Dame! où sont res'és déjà les irois quaMs «lu régiment, où restera le dernier quart, couchas sur ce grand lit de camp qu'on appelle un ebamp de bataille.
\ ictor. Mort! mon père ! mort !
SCÈNK II.
LES Mîmes, FOKTl NK, C A 1 BERINE.
FOBTUNÉ. Vivant, et très-vivant, monsi ur A iclor, rassurez-vous.
vic.TOH. Ah! c'est loi, Fortuné?
fortuné. Oui, monsieur Victor, ei voilà ma sœur, Catherine Michelin, qui est de votre connaissan-e; de plus, mon n veu, Napoléon Michelin, que j'ai l'honneur de vous pré enter. (Il lui montre l'enfant ficelé sur ton sac.)
victor. Bonjour, ma bonne Catherine ; les affaires ont donc bien tourné?
CATHERINE. Oui, monsieur Victor, à merveille, comme vous voyez.
VICTOR. De sorte que l'enfant...
fortuné. L'enfant est reconnu, et la preuve c'est que je le porte sur mon dos pour qu'il ne fatigue pas trop Catherine.
VICTOR. iVaisdis donc, en retraite ça n'est pas très-prudent.
fortuné. C'est selon comme on bat en retraite, monsieur Victor. Or, comme ïiotis ne montrons jamais les épaules à l'ennemi, l'enfant est toujours garanti.
mctor. Brave Michelin! maintenant dismoi, mon père T..
fortuné. Attendez, le mouiard a soif.
Tiens, Catherine, cela ne me regarde plus, tu es chargée du département des liquides. (Il lui donne l'enfant.) Votre père, monsieur Victor; voilà ce que c'est, l'Empereur l'a chargé d'une mission secrète.
Victor. Pour qui?
fortuné. Pour Sa Majesté le roi Joseph.
victor. Ma;s il est donc à Paris?
rORTUNÉ. Il est Ù Pùl'i: ;.
VICTOR. Comment se fait-il que je ne l'aie pas vu?
FORTUNÉ. Depuis quand êtes-vous sorti de l'école?
\ [CTOR. Depuis une heure.
FORTUNÉ. Eh bien! voilà, voyez-vous, il aora été obligé de prendre la traverse et il ne sera arrivé qu'hier ou que ce niai in, les chemins ne sont pas sûrs. Et mademoi e le voire sœur?
^ ictor. Elle est en sùrelé chez ma tante; i ue du Hekler.
ii.uiAih, dan< In couliste. Le 2'i* de ligne? N'est-ce pas ici que se réunit le 24e de ligne?
victor. Je ne me trompe pas, c'est sa voix ! . Mon père ! mon père !