SCENE IV
Les Mêmes, moins MOISCEV, LE BOSSU.
bertaid. Allons, barrica lez-moi la porte vivement, mes enfants, vivement. Catherine, donne la goutte à tous ces gens-là, c'est moi qui paye.
Catherine. Oh! il n'y a pas besoin de cela, colonel. Ils savent bien que les jours de bataille c'est comme les jours de fête, distribution gratis! Buvez, mes enfants, buvez. (.1 Fortuné.) Éh bien! toi?
fortuné. Moi, je retiens le bidon. (// le prend et boit.) Bon, il n'y a plus seulement de quoi rafraîchir une poule dans ton baril.
VICTOR, allumant dès grenades à une mèche de canon et les lançant. Maudites
grenades, va!
UN AIDE DE CAMP DE LA GARDE NATIO- NALE. Qu'avez-vous après vos grenades?
VICTOR. J'ai, monsieur, (pie je ne sais pas ce qu'elles ont, mais tout à l'heure plus d'un tiers a raté. I! faut que quelqu'un trahisse pour nous donner de pareilles munitions.
l'aide de camp. Personne ne trahit, entendez-vous, monsieur! et si vos grenades ne partent pas, c'est que vous ne prenez pas le temps de les allumer.
\ M roi;. Je crois que vous vous trompez, monsieur; si les grenades ne partent pus, c'est qu'elles sont bourrées a\ec du sou et des cendres.
l'aide de camp. Si les grenades ne partent pas, monsieur, c'esi (pie vous les allumez mal.
victor. Et je les allume mal, parce que...
l'aide de camp. Parce que vous aviez peur qu'elles ne vous éclatassent dans les mains.
\icroR. Parce que j'aurais peur, ditesvous ?
bertaud. Hein? Qui est-ce qui a dit que Victor avait peur ?
Victor. Rien, mon père, rien. (Il descend, prend une grenade de chaque main, les allume et les met sous le nez de l'aide de camp.) Tenez, Monsieur, vous ne direz pas qu'elles sont mal allumées, n'est-ce pas? Eh bien ! sur deux, il n'y en aura peut-être qu'une qui éclatera.
l'aide de Camp. Que diable faites-vous?
Jetez donc ces grenades, jetez-les donc !
VICTOR. Dame! vous prétendez que j'ai peur. (L'aide de camp fait sauter les deux grenades en donnant un coup sur chaque main de Victor; sur les deux grenades, une seule éclate.) Eh bien ! quand je vous le disais.
bertaud, pâlissant. Oh! le malheureux !
l'aide de camp. Recevez mes excuses, Monsieur.
victor. Oh! il n'y a pas de quoi. (La fusillade se fait entendre dans la coulisse. On riposte par des coups de fusil. Une bombe tombe sur le théâtre.)
tous. Gare l'obus! (On se gare, on se jette à plat ventre ; la fusillade cesse.)
victor. Place ! (// s'élmce pour couper la mèche.)
bertaud, l'écartant. A mon tour un peu ! (L'obus éclate ; Bertaud porte les mains à son visage.)
VICTOR. Mon père !
Emmanuel. Mon oncle ! (Il écarte les mains de Bertaud.) De l'eau fraîche avec quelques gouttes d'eau-de-vie. Ce ne sera rien, il n'y a pas de blessure.
bertaud. Mais alors je puis rester à mon poste.
Emmanuel. Quand vous serez pansé, mon oncle (On entraine Bertaud dans une maison.)
victor. Ecoute, Catherine, rends-moi un grand service.
Catherine. Deux, monsieur Victor.
VICTOR. Cours josqa'à la rue du Ilclder; préviens ma sœur que mon père vient d'être blessé légèrement, entends-tu; ne l'effraye pas, je puis être entraîné ailleurs. Emmanuel a son service, mon père serait abandonné; qu'elle vienne le plus près qu'il sera possible avec une véline ; nous y ferons conduire mon père ; va.
CATHERINE. Fortuné, on te recommande l'enfant.
fortuné. Laisse donc; il est là comme dans sa bercelonnette. (La fusillade recommence: pteii les trompettes annoncent le parlementaire.)