FRANCE, LE PRÉFET
Franck. Pardon, Monsieur , mais à l'honneur que nous fuit votre visite, se mêle toujours, jusqu'à ce que vous nous ayez rassurés, une certaine inquiétude.
LE préfet. Et vous avez tort, Mademoiselle, car, je puis vous le dire, votre dévoûment fdial vous a fait de moi un ami. ' franci:. Monsieur...
le préfet. Et je viens vous donner une preuve de ce que j'avance , preuve irrécusable, Mademoiselle, car, si ce que je vais vous dire ne restait pas entre nous, je serais gravement compromis.
France. C'est mon silence que vous venez réclamer ?
le PRÉFET. Et j'ai le droit de le dem mder, de l'exigi r, même, e:) échange de services que je vieris vous rendre.
France. Parlez, Monsieur.
le préfet. Vous savez le motif de ma dernier»-, visite?
France. Oui, Monsieur, et je crovais vous avoir laissé convaincu.
LE PRÉFET. De l'ignorance et de la bonne foi du colonel, oui, Mademoiselle; je n'ai, à ce sujet conservé aucun doute, mais...
France. Mais?...
le préfet. Mais il n'en est pas ainsi à l'égard de votre frère.
France. De Victor?
le préfet. De monsieur Victor, oui.
France. Mon Dieu I vous m'effrayez ,
Monsieur, quoique nous t n'ayons aucun motif. . .
le préfet. Votre frère a fait un voyage?
France. Oui, Monsieur.
le préfet. Un voyage de deux mois.
France. De deux mois, oui. ,
le préfet. Il est parti pour ce voyage le jour même où je suis venu vous faire ma visite.
France. Je ne me rappelle plus... je crois...
le préfet. J'en suis sir, il est revenu il y a un mois.
FRANCE. Oui.
le préfet. Eh bien, un rapport m'a été fait de ce voyage, on m'a assuré que votre frère avait été chargé d'un message pour le roi de Naples.
francé. Oh! monsieur, je vous jure...
le préfet. Mademoiselle, j'ai l'honneur de vous le dire pour la seconde fois, ce n'est pas le préfet qui vient chez vous, c'est un ami qui craint pour votre famille. Tant que le préfet ne sera pas forcé de voir, il sera plus aveugle que le colonel ; mais songez-y bien, Mademoiselle, cet aveuglement poussé trop loin deviendrait de la trahison.
France. Enfin, M msieur, que voulezvous, que désirez-vous? hélas! je ne s'ds comment dire.
le préfet. Ce que je veux, ce que je désire, Mademoiselle, c'est que monsieur votre frère se tienne pour averti que sa conduite est suspecte, c'est qu'il sache que des dénonciations sont arrivéescontrelui. Je sais bie! qQll fout mépriser les dénonciations, et vous voyez que je fais plus que les mépriser puisque je dénonce les dénonciateurs ; mais si ces mêmes dénonciations ont été faites à Paris, si... si... je reçois un ordre, quelle que soit sa portée il faudra que je l'exécute. Une fois arrêté, votre frère ne m'appartient plus, il appartient à la loi; les tribunaux sont sévères dans nos temps de guerre civile... et...
France. Monsieur, oh ! je le reconnais, votre conduite vis-à-vis de nous est bien celle d'un ami. Eh bien, ce n'est pas tout ; nous ayant dit le danger vous devez nous indiquer le moyen de nous y soustraire. Mon frère arrêté! Victor devant un conseil de guerre 1 en vérité vous me rendez folle de terreur , Que faut-il qu'il fasse? que faut-il que nous fassions ? dites, dites.
le préfet Je vous le répète, je n'ai reçu aucun ordre officiel ; si jeu eusse reçu, je serais forcé d'y obéir. Eh bien, dans la liber é dation où je suis encore, le conseil
LA BARRIERE CUCHY.
que j'ai â donner à votre frère, conseil d'ami, conseil de père, c'est... c'est de partir à l'instant même, sans attendre la nuit, de quitter Grenoble ; il n'y a pas loin d'ici au pont de Beaavoisin et il connaît la route.
FRANCE. Monsieur...
LE PRÉFET. Songez que je ne puis rien dire, et que par conséquent je n'ai rien dit, quecVt vous, vous seule, dans votre sollicitude fraternelle, qui lui donnez cet avis ; songez...
frange. Silence, Monsieur, silence.