‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 427 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les^Mèmes, LE COLONEL entrant à talons, une canne à la main.

le COLONEL. France !

le préfet. Je me retire.

France. Mon père?

le colonel. Tu causais avec monsieur le Préfet ?

FRANCE. Moi ! qui vous a dit cela?

le colonel. J'ai reconnu sa voix. Tu sais bien que par la bonté de la Providence, les autres sens héritent du sens que l'on a perdu ; j'ai reconnu la voix de monsieur le préfet. Où êtes-vous, Monsieur?

le préfet. Me voici, colonel.

le colonel. Oh ! je le savais bien. (A France.) Embrasse-moi, mon enfant, et laisse-nous.

France. Que je vous laisse. Et pourquoi, mon père ?

LE colonel. Mais parce que j'ai à parler d'affaires avec monsieur. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'un gouverneur militaire et un préfet confèrent ensemble sur les choses du département? Va, ma fille, va.

France. Je me retire, raon père, puisque vous le voulez. (Au Préfet.) Permettez-moi de rester, je suis trop inquiète. (Il fait un signa d'assentiment; France va à la porte, l'ouvre, la referme, mais reste en scène.)

• le colonel. J'allais vous faire prier de passer, monsieur le préfet.

LE PRÉFET. Moi, Monsieur?

le colonel. Oui; j'abuse de mon infirmité, n'est-ce pas? Eh 1 je voudrais bien pouvoir aller chez vous, moi ; mais revenons à ce que j'avais à vous dire. Comment, Sa Majesté l'Empereur va visiter notre département, et je n'en sais rien ! l'Empereur doit venir à Grenoble, et je n'en suis pas prévenu !

le PRÉFET. L'Empereur?

FRANCE. Mon Dieu !

LE colonel. Oui, c'était une surprise que l'on voulait me faire. Oh! j'ai de mauvais

yeux, mais j'ai de bonnes oreilles; je ne vois pas, mais j'entends.

le préfet. Vous entendez?

France. Qu'a-til entendu?

le colonel. Hier, Victor, Victor causait avec sa sœur et ne me voyait pau.

le préfet. Pardon, colonel ; mais ce que disait M. Victor à sa sœur était peut-être un secret, et je n'ai pas le droit , moi étranger...

le colonel. C'était un secret, mais un secret que nous devons savoir l'un et l'autre, vous comme officier civil, moi comme cornmandant militaire. Eh bien ! Victor disait à sa sœur que le printemps ne se passerait pas sans que l'Empereur fût ici... ici, à Grenoble.

France. Mon père!

le colonel. Ah ! tu es là, toi ? On me désobéit donc sous prétexte que je n'y vois pas? Vas-tu médire que j'ai mal entendu?

France. Oui, oui, vous avez mal entendu, mon père ; car ce que disait Victor, ce n'était qu'une probabilité, moirs qu'une probabilité, une supposition ; mou frère supposait...

le colonel. Il ne supposait pas, Mademoiselle, il disait: J'ai vu l'Empereur, et l'Empereur m'a dit...

France. Mon père! oh! silence! au nom du ciel ! Monsieur le préfet !

le préfet. Je le disais bien, Mademoiselle, que c'était un secret, un secret trèsgrave, et qui, par conséquent, doit rester dans la famille. Quant à moi, qui l'ai surpris sans vouloir le surprendre, je vous déclare, Mademoiselle, que c'est comme si je ne le connaissais pas. Au revoir, Mademoiselle ; adieu, colonel.

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