SCÈNE IV
LE COLONEL, FRANCE. (Elle court à une table et écrit.)
le colonel. Eh bien ! qu'a- 1 -il donc, notre préfet? Ah ! oui , je comprends; il ne savait pas non plus cette résolution de l'Empereur , de traverser le Dauphiné à son retour de la campagne , et je lui ai lâché ça comme un coup de pistolet à bout portant. Eh bien, où es-tu donc, France? Tu écris, je crois, à qui?
France. Non, mon père, je n'écris pas.
LE colonel. J'ai entendu crier la plume sur le papier.
FRANCE. Vous vous êtes trompé, mon père. (Elle donne la lettre à Fortuné, qui parait faire signe que oui, et sort.)
le colonel. C'est possible , mais je ne me trompe pas quand je crois m'apercevoir
qu'il se passe ici quelque chose d'étrange; ta voix est émue ; tiens , ta main tremble.
France. Oui, je songe à quel point va être désespéré Victor ; il voulait vous cacher cette nouvelle , du passage de l'Empereur à Grenoble. C'était un secret que l'Empereur l'avait prié de garder.
le colonel. Et pense-t-il que je garderai ce secret moins bien que toi? Pense-t-il que son père est moins discret que sa sœur?
France. Mon père , vous avez dit cette nouvelle au préfet. Eh bien! eh bien! ce secret n'en est plus un.
le colonel. Ah ! s'il en est ainsi , tu as raison, ma fille, oui, et c'est moi qui ai tort... Pourquoi aussi ne pas me dire cela à moi? Doute-t-on de mon dévouaient pour l'Empereur?
France. Oh ! non , non , mon père ; on sait au contraire que vous êtes prêt à mourir pour lui. On sait... Oh! sans cela
sans cela...
le colonel. Allons , allons! il paraît que j'ai commis une grosse balourdise.