‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 453 sur 1577 · BONAPARTE, JUNOT · texte numérisé non relu

BONAPARTE, JUNOT

JUNOT, retenant près de Bonaparte. Eh bien, mon pauvre commandant, tu n'as pas de chance...

Bonaparte. Ah ! c'est toi, mon ami !.. détruire ma batterie! et pourtant, Junot, la prise de Toulon, la déroute des Anglais, le salulde la France, tout est là !

JUNOT. Fais-leur donc ente- dre ça ! Ce qui m'étonne, ce n'est pas reniflement du général... c'est naturel chez les médecins; mais ce iialicetti!..

Bonaparte, posant la main sur le brus de Junot. Junot, n'as-tu pas pensé quelquefois que chaque homme a son étoile, m.i.s que le plus souvent cette étoile s'arrête dans son ours ci s éteint -ous une indue ncecontraire? bi je manque ma carrière, ce sera cel homme qui l'aura brisée.

junot. 11 paraît qu'il a des sujets d'inimitié contre toi... une Maine de famille corse... et d'autres motifs enoore.

bon A P-, rte. lesquels?

junot. Je ne Bats si je dois. ..

BONAPARTE. Parle...

jun'it. !■> bien, dernièrement ces MM. du génie voulaient faire abattre une petite inaisou derrière les remparts, tu t y e- nppo-é...

BONAPARTE. Celte maisoB ne gênait pas nos opérations.

junot. Et puis elle étaii Inbitéo par deux femmes, deux Italiennes, la mère g| la (die.

bon aparté. Fh bien ?

junot. Eh bien, depuis le commencement du siège, tu as rendu de fréquent, s •« isdes à ces dames... la jeune personne est charmante...

BONAPARTE, le regardant fixement. Ensui e?

junot. Ensuite. .. eh mais.. . c'e.st quel me amourette.

Bonaparte, brusquement. Non!..

JiNOT.Un amour sérieux ?.. Bonaparte

lîOMPARTE.

lui tourne le dos et va examiner ta batterie.) Écoute di. ne... on jase dans le camp.., le mystère qui entoure ces deux dames... la mère se dit veuve; je sais bien que ('ans ce temps de révolution, il y a <:< s nouis très-bonorables qu'un est obligé de cacher... niais d'un autre côté, Salicetii était amoureux de la jeune Naddi. .. Il a été repoussé ; pourquoi? Sans doute parce qu'elle t'aime.

Bonaparte. C'est possible.

JUNOT. Il peut croire que tu as profité. ..

BONAPARTE. Junot, tu as du cœur... Si une mère était venue te dire : je crains que mon enfant ne vous aime ; vous êtes officier, je me fie à vous, jurez- moi de la respecter ; qu'aurais-tu fait?

JUNOT. Moi?., mais...

BONAPARTE. Tu auraisjurésur ton épée...

connue moi...

junot. Et tu as tenu ton serment?

Bonaparte. Puisque je l'ai fait.

JUNOT. Et tu es bien sûr d'être toujours maître de toi?..

Bonaparte. Puisque jeleveux. [Il retourne dsa batterie.)

junot, à part. Singulier jeune homme!

SALICETTI entre avec ALBITTE et l'État- Major. [Rumeur générale. On entend crier au dehors: A l'eau l'espion, à l'eau! Le théâtre se remplit d'hommes et de soldats.)

SALICETTI. Quel est ce bruit ? que se passet-il?

le tambour. Citoyen représentant, c'est un particulierquia voulu uanchir nos lignes. .. il porte l'habit d'un marchand forrain, et dit qu'il est des environs; mais le tambour maître l'a vu sortir de Toulon ; c'estquelqueespion. . . tenez, on l'amène. [La foule arrive traînant un homme en désordre. )

plusieurs voix. A l'eau ! l'espion, à l'eau.

d'autres. Fusillé! fusillé!

d'autres. Non, pendu!..

d'autres. Lapidé!..

SALICETTI. Silence! (À l'homme.) Approche, malheureux ; qui es-tu?..

l'homme, parlant avec l'accent provençal. Un pauv'marchand. .. vous le voyez bien... dites-leur donc de m'iaisser.. .

SALICETTI. D'où viens-tu?

l'homme, D'au delà de Roquevaire.

voix dans la foule. Il ment! il ment!

salicetti. On t'a vu sortir de Toulon.

l'homme. Eh! on tache de vendre ses denrées.

le tambour. Aux Anglais ? c'est donc pour ça qu'on a trouvé sur toi des guinées?

salicetti. Destinées?

le tambour, Dix-neuf! rien ([no en. de monnaie!., pend ni que nous autres, nous trimons après notre sol e.i v •• . ; inniUs soldats.)

salicetti. Comment t'appelles-to?

l'homme. Jérôme Pigalou.

salicetti. As-tu des papiers 1

l'homme. Ce passe-port... qu'on voulait m'arraclier... tiens...

SALICETTI, regardant h possr-port.V.uu vais! Le commissaire qui l'a signé ri.

comme suspect... (Mouvement.) Et | dis-moi donc, pour un colporteur, lu as du linge bien blanc et desmànsbien propos.

la foule. A l'eau ! à l'e^u l'ai crate !... le royaliste!.. . (On entoure l'homme qui se débat et on le maltraitr.)

BONAPARTE, s1 élançant vers Salicetti et Albitlc .Représentants, c'est une honte: laisserez-vous déchirer cet homme sous vos yeux?

salicetti. De quoi te mêles-tu?... Apres tout, le conseil de guerre est là, et je m'y rends... Qu'on l'amène. (Salicetti sort.

l'homme, à Bonaparte. Merci, mon officier. (On emmène Cinconnu.)

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