SCÈNE IV
Les .Mêmes, excepté DANTEL, puis ALBERT et BONAPARTE.
M"1 PERMONT. Antoine , tu vas all^r surle-champ, rue du Mail,. à l'hôtel des Droits de l'Homme, tu demanderas un jeune officier n mme Bonaparte, et tu lui diras...
ALBERT , qui vient d'entrer. Eh ! ma mère, n'envoyez pas si loin; je vous l'amène.
Mmc PERMONT. Lui!
LAURETTE. C'est vrai, le voilà.
BONAPARTE, saluant. Madame.. . înademo selle Laure. ..
LAURETTE. Monsieur Napoléone, bonjour.
ALBERT. Je l'ai rencontré par basai d dans un cabinet de lecture, au Palais National.
Mme permont. Napoléone, ce n'est pas bien... je n'aurais jamais ou que tu oublierais l'amie de ta mère, la tienne. ..
BONAPARTE. Pardonnez- m i , signora, je ne suis pas ingrat ! autrefois j'ai trouvé ici une famille... enfant, j'ai partagé les jeux d'Albert, de mademoiselle Lauretle.
laurette. Oh! lesjeux! il était toujours sérieux... dans un petit coin, à pari...
Bonaparte , on s'assied. J'ignorais, madame, que vous fusiez revenue de Toulon,
et d'ailleurs, faut-il vous l'avouer ? j'aurais crains que nia présence ici ne déplût.
MiiK permont. Déplaire! et à qui donc?
Bonaparte. Mais... à certaines gens que vous aviez l'habitude de recevoir.
Mme permont. Ces gens-là, je le suppose, sent tes amis aussi bien que les miens.
Bonaparte. Et comptez- vous dans ce nombre notre cher compatriote? l'aliié de votre familie ?
Mme permont. Saîicetti ?
ALBERT. Ah ! ma mère, voila un nom qui attire tout de suite un nuage sur son front., il l'a prononcé devant moi deux ou trois fois avec un accent !...
; Mme pERMoNT. Est- il possible?
Bonaparte. Eh bien, oui... cet homme est mon mauvais génie... je l'ai rencontré partout en travers de ma route .. A Toulon, il fallut m'incliner devant la hauteur de son ignorance. Alors, j'é ais un suspect à s^s yeux, parce q< e j'avais horreur des proscriptions et des supplices !... Plus lard, à Nice, après thermidor, il m'a dénoncé comme terroriste!... Bref, j'ai été arrêté, cité à la barre de la Convention, gardé à vue comme un traître, et si j'ai échappé à la hache thermidorienne, c'e^t que mon étoile ne devait pas encore s'éteindre.. .
Mme permont. Ah; c'est affreux... Mais depuis ce temps n'a-t-il pas reconnu ses torts?
Bonaparte. Lui qui a provoqué ma destitution?
albert. Qu'entends-je !
Mnie permont. On t'a destitué ?
Bonaparte. Le citoyen Aubry, qui dirige le comité de la guerre, m'a retiré le commandement de l'artillerie à l'armée d'Italie, sous pr. texte que j'étais trop jeune ; en échange, il m'a offert une brigade d'infanterie dans ia Vendée. J'ai refusé !
Mme PERMONT, se levant. Pourquoi?
Bonaparte. La guerre civile ! ce n'est pas ma guerre, à moi.
Mme permont. Et maintenant, mon ami, quel parti vas-tu prendre ?
Bonaparte. Je n'en sais rien encore, ..
en attendant, je suis attaché comme copiste au bureau topographique... je destine des caries, des plans...
Mme permont. Toi! un général?
Bonaparte. Ex-géoéral, vous voulez dire... J'ai accepté un modeste emploi pour me faire vivre... Ne vaut-il pas mieux travailler obscurément que d'être à charge à ses amis? Vous me comprenez, maintenant, nia
bonne madame Permont . . l'isolement convient à ma for; une.
Mme permont. J'espère cependant que tu viendras passer la suirée avec nous.
Bonaparte. Vous aurez trop de monde... Salicelti peut-être?
M"1' permont. Non... il y a plus de trois mois que je ne l'ai vu: d'ailleurs, il est retenu à la Convention dont la séance menace d'être orageuse.
albert. On parle , en effet , de nouvelles arrestations à la suite de i'éehaull'ourée d'hier.
Mme permont. Quand donc tout cela finirai il?
BONAPARTE. Qu;md il se trouvera un homme pour diriger tous ces esprits ardents, tout ■■■:: ces passions aveugles, et les confondre dans un grand élan national! mai-;, cet homme, quand viendra-t-il ? Dieu le sait!.. .
Je veux voir une partie de la séance
m'accompagnerez-vous, Albert?
albert. Volontiers.
Mme permont, à Bonaparte. A ce soir, enfant prodigue...
Bonaparte, la saluant. A ce soir!...
[En sortant, Albert et Bonaparte rencontrent Mme Tallien et une autre dame.)
albert. Madame Tallien ! Ah ! madame, le désir de vous revoir abrégera mon absence. (Bonaparte la salue et sort avec Albert.)