‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 461 sur 1577 · SCÈNE IIÏ · texte numérisé non relu

SCÈNE IIÏ

Les Mêmes, DANIEL.

DAMEE, un lorgnon à la main; il s'a-

vance en voltigeant. Madame, je vous présent'! mes très-humbles... {Trébuchant sur les pièces de bois) hommages.

I ANTOINE. Prenez garde, vous allez fai e un faux pas.

dantel. Merci; une autre fois, avertissezmoi donc plus tôt. (Il se frotte le genou.) Aie!

Antoine, lui montrant les morceaux de bois. Tenez , c'est ça qui vous a fait tomber. dantel. Eh ! c'est bon ! je le voi-> biea, à présent. (Antoine sort.) Excusez, belle dame... Aïe... les reins!... ça ne sera rien. LACRette. N'est-ce pas, monsieur Da tel, qu'aujourd'hui nous pourrons bien danser un peu ?

dantel. Comment donc! C'est moi qui me charge d'organiser ça... Voilà mes seuls

passe- temps, madame, hélas! Autrefois

premier danseur et chorégraphe du roi, la révolution m'a réformé... avec tant d'autres objets de luxe!... On m'a traité comme un abus rie l'ancien régime, moi, une célébrité européenne!... Et pourtant, J)ieu sak, la république n'avvit qu'à dire , j'aurais dansé pour elle comme pour les autres...

laurltte. Ce pauvre monsieur Dantel!

dantel. Je me dédommage parles succès de salon. Avez-vous beaucoup de monde, ce soir?

Iime PERMONT. Fo l peu, au contraire, quelques hommes de lettres, des artistes, des conventionnels.

dantel. Oh! oh! des hommes politiques ; on les voit quelquefois sauter, mais ils ne dansent jamais...

M'ne PERMONT. Mon fils nous amùneia quelques-uns de ses amis. (Elle s'assied.) A propos, vous a\ez connu, il y a quelques années, un jeune homme qui était reçu ici comme l'enfant de la maison, un Torse comme nous, q i était alors à l'Ecole Militaire... Vous l'avez vu, les jours de i-orlie, quand vous veniez donner des leçons à ma fille.

dantel. Qui ça? le jeune Bonaparte?

Mn,e PERMONT. Précisément. Je ne sais ce qu'il est devenu... Depuis nore retour à Paris, il n'est pas \ enu une seule fois nous rendre visite.

dantei,. Eh parbl u ! je puis vous en donner Si s nouvelles toutes fraîches. .. Je l'ai vu c^ matin.

LAURETTE. Ce IJKllil) ?

dantel. Depuis quelque temps, fêtais à

sa recherche. . car je m'attache à tous mes é èves... et autrefois à Valence je lui ai donné quelques leçon-, dont il a assez mal profite... pauvre garçon ! il n'a pas de ça (Montrant ses jambes , ni i e ça ( Montrant sa tête).

Mme PERMONT. Enfin, vous avez découvert sa demeure ?

Dantel. Hue du Mail, hôtel des Droits l'Homme : j'y vole, je trouve mon peut ( cier, il me reçoit très-bien , si ce n'est < ne me parle pas. .. Il se promenait en long cl en large; je le suivais pour entamer la conversation... Bref, comme j'ouvrais la bouche, il me prend par le bras, redescend l'escalier avec moi , et nie laisse poliment à la porte; puis, il se jette dans le premier cahriolet. .. Tout cela s'est faii. sans souffler mot, comme si nous avions joué une scène de pantomime.. .

M'"c PERMONT, se lève. Je vais envoyer chez lui... [Appelant.) Antoine! Quant à vous, Dantel, chargez-vous, s'il vous plaît, de commander les gâteaux, les glaces.

dantel. Et les bouquets... Zéphir est aux ordres des Grâces.

PapilloD, fils du d(isir, Prompt à cueillir la rose

E -lose, Je vole à l'appel du plaisir !

Il fait une pirouette ; en sortant, il se heurte contre Antoine.

Page 1