‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 493 sur 1577 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Au changement, on entend la diane : les soldats se réveillent et rejettent, les uns des vieux manteaux, les autres divers vêtements en lambeaux dont its s'étaient couverts pour la nuit ; deux officiers supérieur* passent comme continuant une inspection, et s'avancent dans le camp gui semble se prolonger sur la colline. La musique accompagne ce jeu de scène, qui ne dure que quelques instants.

RAIMOND, ALBOISE, LE TAMBOUR- MAJOIL

Ai.noiSE. Dis donc, Raimond , messieurs

les officiers se mettent à faire des rondes, des

contre -rond s , comme s'ils avaient peur

qu'on n'emporte des sacsd'argenteldes man-

. br dés sur toutes les coulures...

BONAPARTE

raimond. C'est plutôt affaire de discipline et afin de voir si le camp est en bon état...

alboise. Le camp!... Il est propre, le camp!... Si jamais tu t'empares de quelque princesse étrangère, je t'engage à ne pas la conduire dans ce séjour,., il n'est pas de nature à lui fasciner l'œil... [Des soldats se s mt mis à brosser ou à nettoyer leurs armes ; d'autres rajustent grossièrement des morceaux déchirés de leurs vêtements. Alboise prend la moitié de son chapeau et se met à arranger une espèce de chaussure.

raimond. Qu'est-ce que tu fais donc , Alboise ? tu détruis ton chapeau ?

alboise. J'ai mon bonnet de police et je n'ai plus de souliers. Si tu veux que je marche sur la tête, arrange ça et montre-moi là manière de s'en servir.

raimond. Nom d'un diable , c'est dur à avaler, de voir que jusqu'au jour présent nous avançons en Italie, la victoire à la main, et que nous sommes ficelés à faire peur aux corbeaux, si on nous plan lait dans la campagne !

alboise. Avec ça que nous avons un géne'ral en chef qui m'a l'air de s'en inquiéter ni plus ni moins que si nous étions reluisants comme des archevêques.

raimond. Ah ça, le jour où il s'est m ■;rié a\ec madame de Bauharnais, on lui a donné le commandement en chef de l'armée d'Italie; mais, nous, lui donnons-nous le premier grade à ct'heure? le nommons-nous caporal ?

alboise. C'est une idée qu'on a eue, vu sa jeunesse, et qu'il est monté tout d'un coup en haut de l'échelle;.. Mais, voy z-vous, il faut être un peu plus dur à la délente que ces muscadins du Directoire; il faut voir si l'oiseau vole en l'air d'une manière suffisante... et soutenue.

raimond. Tu trouves donc qu'il n'a pas assez fait pour obtenir le premier galon?

alboise. Je trouve qu'il marche assez bien ; mais reste à savoir s'il n'a pas plus de chance qu'autre chose, et s'il mènera la contredanse jusqu'à la tin... Ma préopinion est qu'il faut attendre 1.. Voilà!..

raimond. Ce qu'il faut attendre aussi, c'est de quoi fricoiter... Avec ça que l'ordinaire ne sera pas plus flambant que d'habitude.

alboise. Oui... et si on avait le malheur de prendre au collet un canard égaré ou une poule en promenade , le général en chef en ferait des histoires à n'en plus finir... Quand on parle de maraude, ça le fait sauter comme un artifice!... Et, histoire d'en parler, où

est donc ce petit rafla qui disait hier soir qu'on aurait ce matin un déjeuner réjouissant ?

raimond. Il y a une heure qu'il a fdé... on ne sait où... Eh! tiens, justement le voilà qui vient par ici.

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